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Fiscal Mise à jour réglementaire

Gibraltar retiré de la liste des paradis fiscaux 2026

L'Espagne retire Gibraltar de sa liste des juridictions non coopératives (arrêté HAC/649/2026) : effets pour les frontaliers, l'exonération 7.p et les entreprises.

10 min de lecture

Sujet: Gibraltar retiré liste paradis fiscaux Espagne 2026

Le samedi 27 juin 2026, le Journal officiel espagnol (BOE) a publié l'arrêté HAC/649/2026 du 21 juin, qui retire Gibraltar de la liste espagnole des juridictions non coopératives, les anciens paradis fiscaux. Il met fin à une inscription qui remontait à 1991. La décision entraîne des conséquences fiscales très concrètes pour les plus de dix mille travailleurs espagnols qui franchissent chaque jour la frontière et pour toute entreprise ayant des intérêts sur le Rocher. Le point essentiel, que presque aucun titre n'explique, réside dans les dates d'effet : pour la plupart, rien ne change en 2026.

Ce que le gouvernement a approuvé

L’arrêté HAC/649/2026 modifie l’arrêté HFP/115/2023, qui fixe la liste des juridictions non coopératives en application de la première disposition additionnelle de la loi 36/2006. Le nouvel arrêté fait deux choses :

  • Il retire de la liste Gibraltar, la Barbade, la Dominique, les Samoa (pour ce qui concerne leur régime dommageable offshore), les Seychelles et Trinité-et-Tobago.
  • Il ajoute la Fédération de Russie, pour son régime fiscal dommageable applicable aux sociétés de holding internationales.

La notion de « paradis fiscal » a été remplacée en 2021 par celle de « juridiction non coopérative », avec des critères plus larges : transparence fiscale, échange effectif de renseignements et existence d’une imposition faible ou nulle. Sortir de la liste suppose de remplir ces critères ; y entrer suppose d’en méconnaître un ou de maintenir un régime fiscal dommageable.

Une décision qui fait suite à des années de normalisation

Gibraltar ne quitte pas la liste du jour au lendemain. C’est la dernière étape d’un long processus :

  • 1991. Gibraltar est inscrit sur la première liste espagnole des paradis fiscaux (Décret royal 1080/1991).
  • 2019. L’Espagne et le Royaume-Uni signent l’Accord international en matière de fiscalité et de protection des intérêts financiers concernant Gibraltar, premier instrument bilatéral organisant la résidence fiscale et l’échange de renseignements.
  • 2021. Cet accord entre en vigueur et produit un échange effectif de données.
  • 2025. Le traité entre l’Union européenne et le Royaume-Uni sur Gibraltar est rendu public, normalisant la frontière et la mobilité.
  • 2026. Le respect des critères étant constaté, le ministère des Finances retire Gibraltar de la liste, conformément à son adhésion au cadre inclusif de l’OCDE et à la norme d’imposition minimale du Pilier Deux.

Le retrait n’est donc pas une concession politique, mais la constatation que Gibraltar coopère effectivement en matière fiscale.

La nuance décisive : à partir de quand

C’est ce qui distingue une lecture rigoureuse du titre. L’arrêté est entré en vigueur le 28 juin 2026, le lendemain de sa publication, mais son application n’est pas uniforme. La disposition transitoire est catégorique : pour les impôts dont la période d’imposition n’était pas close à cette date, la liste antérieure demeure applicable pour toute cette période.

ImpôtTypeGibraltar cesse d’être non coopératifPremière déclaration concernée
Impôt sur le revenu (IRPF)Avec période d’impositionPériode débutant le 1er janv. 2027Déclaration 2027 (en 2028)
Impôt sur les sociétés (IS)Avec période d’impositionPériode débutant le 1er janv. 2027IS 2027
IRNR sans établissement stableSans période d’imposition28 juin 2026Fait générateur dès le 28 juin 2026
Successions et donationsSans période d’imposition28 juin 2026Fait générateur dès le 28 juin 2026
Droits de mutation (ITP)Sans période d’imposition28 juin 2026Fait générateur dès le 28 juin 2026

En pratique : la première déclaration de revenus dans laquelle un travailleur pourra invoquer le retrait de Gibraltar est celle de l’exercice 2027, déposée en 2028. Dans la déclaration 2026, déposée en 2027, Gibraltar figure encore comme juridiction non coopérative. En revanche, une succession qui s’ouvre, ou une opération soumise à l’IRNR sans établissement stable qui se réalise, après le 28 juin 2026 bénéficie déjà du nouveau traitement.

Frontaliers : l’article 7.p et 60 100 euros exonérés

Fin 2025, 15 509 personnes travaillaient à Gibraltar en franchissant chaque jour la frontière, un record historique ; 10 859 d’entre elles sont espagnoles, soit 70 % du total et la moitié de l’ensemble des effectifs du Rocher. Pour ce groupe, le retrait de la liste ouvre un levier fiscal de premier ordre : l’exonération de l’article 7.p de la loi sur l’IRPF.

L’article 7.p déclare exonérés les revenus du travail issus de travaux effectivement réalisés à l’étranger, dans la limite de 60 100 euros par an, lorsque deux conditions sont réunies :

  1. Les travaux sont réalisés pour une entreprise ou une entité non résidente en Espagne, ou pour un établissement stable situé à l’étranger.
  2. Le territoire où ils sont réalisés applique un impôt de nature identique ou analogue à l’IRPF et n’est pas une juridiction non coopérative.

Gibraltar dispose de son propre impôt sur le revenu : le premier obstacle n’a donc jamais été là, le problème était la seconde condition. Tant que Gibraltar figurait sur la liste, le résident fiscal espagnol qui y travaillait ne pouvait pas appliquer l’exonération. Une fois retiré, cette porte s’ouvre, avec effet pour l’exercice 2027 de l’IRPF.

Comment le calcul change : du crédit à l’exonération

Jusqu’à présent, le frontalier évitait la double imposition au moyen du crédit pour double imposition internationale : il déclarait le salaire en Espagne et imputait l’impôt payé à Gibraltar, dans la limite de ce que ce salaire paierait en Espagne. Le résultat correspondait au plus élevé des deux impôts.

L’exonération 7.p fonctionne autrement et est généralement plus avantageuse : elle laisse hors de l’imposition espagnole le revenu lui-même, et non l’impôt dû, jusqu’à 60 100 euros. À titre d’illustration, un travailleur résidant à La Línea avec un salaire de 45 000 euros, perçu d’une entreprise gibraltarienne et pour des journées travaillées entièrement à Gibraltar, verrait ce salaire entièrement exonéré dans son IRPF à partir de 2027 (étant inférieur au plafond), sans préjudice de l’impôt acquitté à Gibraltar. L’économie réelle dépend du salaire, de la communauté autonome de résidence et des autres revenus du contribuable, et doit donc être calculée dans chaque cas.

Deux précisions s’imposent. L’exonération et le crédit ne se cumulent pas sur un même revenu : si le salaire est exonéré, il ne peut pas en outre être imputé. Et l’article 7.p est incompatible avec le régime des excédents (régimen de excesos) du règlement de l’IRPF ; on applique l’option la plus favorable. Comme toute exonération, il exige de justifier le respect des conditions et les jours travaillés à l’étranger, de sorte que la documentation de l’employeur est essentielle.

Entreprises et groupes : la fin du traitement aggravé

Pour les sociétés, le statut de juridiction non coopérative déclenchait un régime fiscal hostile qui cesse désormais de s’appliquer à Gibraltar, avec effet pour l’impôt sur les sociétés à partir de 2027 :

  • Dividendes et plus-values. L’exonération de 95 % de l’article 21 de la loi sur l’IS, qui évite la double imposition des bénéfices des filiales, n’atteignait pas les participations dans les juridictions non coopératives. À partir de 2027, une société mère espagnole pourra l’appliquer à sa filiale gibraltarienne si elle remplit les conditions générales : une participation d’au moins 5 % ou une valeur d’acquisition supérieure à 20 millions d’euros, détenue un an, et une filiale soumise à un taux nominal minimal de 10 %. Gibraltar est imposé à l’IS à 15 % depuis juillet 2024, au-dessus de ce seuil.
  • Charges déductibles. Les charges de services avec des juridictions non coopératives étaient soumises à des restrictions et à une charge de la preuve renforcée. Leur déductibilité est normalisée.
  • Transparence fiscale internationale. Les présomptions renforcées et les règles aggravées d’attribution des revenus prévues pour les juridictions non coopératives (article 100 de la loi sur l’IS et article 91 de la loi sur l’IRPF) cessent de s’appliquer à Gibraltar. Le taux de 15 % de Gibraltar restant inférieur au seuil de 18,75 % (75 % du taux espagnol de l’IS), une analyse de fond de transparence fiscale internationale peut toutefois rester nécessaire.
  • Présomption de résidence. La présomption de résidence en Espagne des entités situées dans une juridiction non coopérative dont les principaux actifs ou l’activité se trouvent en Espagne tombe.
  • Retenues et obligations déclaratives. Les exonérations d’IRNR exclues pour les résidents de territoires non coopératifs redeviennent disponibles, dès le 28 juin 2026 pour les impôts sans période d’imposition, et la charge déclarative liée aux opérations avec le Rocher est allégée.

Le résultat est une normalisation qui facilite l’investissement transfrontalier légitime entre l’Espagne et Gibraltar et réduit la surimposition qui pénalisait les structures présentes sur le territoire.

Travail et sécurité sociale : ce qui ne change pas

Il convient de ne pas confondre les plans. Le retrait de la liste est une mesure strictement fiscale. Le régime du travail et de la sécurité sociale des travailleurs frontaliers ne dépend pas de cette liste, mais de l’accord de retrait du Royaume-Uni de l’Union européenne, des instruments bilatéraux de coordination de la sécurité sociale et du traité entre l’Union européenne et le Royaume-Uni sur Gibraltar, dont le texte a été rendu public en 2025 et qui organise la mobilité et le franchissement de la frontière. Le retrait de la liste améliore la fiscalité personnelle du travailleur, par la voie du 7.p et de la double imposition, mais ne modifie pas en soi son affiliation ni ses cotisations. L’effet sur l’emploi est indirect : un revenu net disponible accru pour près de onze mille travailleurs espagnols et un cadre plus stable pour l’embauche transfrontalière dans le Campo de Gibraltar.

La Russie entre : l’autre face de l’arrêté

Le même arrêté ajoute la Russie, au numéro 25 de la liste, pour son régime dommageable applicable aux sociétés de holding internationales. Dans ce cas, l’arrêté lui-même diffère l’entrée en vigueur de six mois à compter de la publication, de sorte que le durcissement sur les opérations concernées s’appliquera plus tard. Les entreprises liées à ces régimes devront réévaluer leur exposition à l’avance.

Les autres territoires qui sortent

La révision ne se limite pas à Gibraltar. La Barbade, la Dominique, les Samoa (pour leur régime offshore), les Seychelles et Trinité-et-Tobago quittent également la liste, toutes pour avoir démontré des progrès en matière de transparence et d’échange d’informations. La liste des juridictions non coopératives est, par conception, dynamique : elle est révisée périodiquement pour refléter l’évolution réelle de chaque territoire, de sorte que le statut de non-coopératif peut s’acquérir ou se perdre avec le temps.

Que faut-il faire maintenant

Pour les entreprises ayant des filiales, des financements ou des actifs à Gibraltar, le moment d’agir est la clôture 2026 et la préparation de 2027 : réévaluer la structure des participations, la politique de dividendes et la documentation, afin de mobiliser l’exonération de l’article 21 dès le premier exercice où elle s’applique, et vérifier les seuils de participation, de durée de détention et d’imposition minimale. Pour les travailleurs frontaliers, le travail consiste à préparer la documentation de l’employeur et le relevé des jours à l’étranger, et à tenir prête l’application de l’article 7.p pour la déclaration 2027, en évaluant si elle est plus favorable que le crédit pour double imposition.

BMC analyse l’exposition de chaque client à Gibraltar et la meilleure voie pour intégrer ces changements, tant dans la fiscalité des personnes que dans celle des sociétés du groupe.

Cet article présente des informations générales arrêtées au 30 juin 2026 et ne constitue pas un conseil pour un cas particulier. L’application de chaque mesure dépend des circonstances propres à chacun et doit être confirmée avec un conseiller.

bm.consulting

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