L'argument le plus fréquent pour choisir — ou rejeter — le régime Beckham est l'économie fiscale en euros concrets. La discussion abstraite sur les taux d'imposition a peu de valeur sans un comparatif de caisse réel. Cet article calcule, avec les chiffres de 2026, la différence en cotisation totale entre le régime Beckham (article 93 de la LIRPF) et le régime général de l'IRPF (article 65 LIRPF et barème général) pour quatre profils de dirigeants internationaux.
Les calculs utilisent Madrid comme référence pour le régime général (taux régionaux de la Communauté de Madrid) car c’est la communauté avec le barème régional le plus bas des grandes villes espagnoles. Pour la Catalogne, le Pays Basque (régime foral), Valence ou l’Andalousie, les résultats du régime général seraient différents — dans la plupart des cas, encore plus favorables au régime Beckham.
Quand Beckham est avantageux — et quand il ne l’est pas
Le régime Beckham applique un taux fixe de 24 % sur les revenus du travail en Espagne jusqu’à 600 000 € et de 47 % sur l’excédent (art. 93.2.a LIRPF, en concordance avec l’art. 25.1.a LIRNR). Il n’existe pas de minimum personnel ni familial, ni de réductions pour revenus du travail, ni de déductions régionales.
Le régime général de l’IRPF applique un barème progressif combiné (État + région). Pour 2026, les tranches nationales sont :
| Base imposable | Taux national |
|---|---|
| Jusqu’à 12 450 € | 9,50 % |
| 12 450 – 20 200 € | 12,00 % |
| 20 200 – 35 200 € | 15,00 % |
| 35 200 – 60 000 € | 18,50 % |
| 60 000 – 300 000 € | 22,50 % |
| Plus de 300 000 € | 24,50 % |
Les taux régionaux de Madrid oscillent entre 9,50 % (première tranche) et 20,50 % (taux maximum régional), avec un taux maximum combiné de 45 % pour les revenus supérieurs à 300 000 €. Certaines communautés comme la Catalogne ou l’Estrémadure atteignent 47,5 %–50 % dans les tranches supérieures.
L’avantage du régime Beckham apparaît à partir d’un salaire brut d’environ 60 000–70 000 € (selon la communauté) et croît de façon significative à mesure que la base imposable entre dans les tranches de 30 %, 37 % et 45 %+ de l’IRPF général.
Tableau comparatif : quatre scénarios 2026
Les calculs supposent : uniquement des revenus du travail, sans autres revenus, résidence à Madrid, sans charges familiales supplémentaires, cotisation à payer (hors Sécurité Sociale à la charge du salarié). Les chiffres sont indicatifs et approximatifs ; le calcul exact nécessite une analyse individualisée.
Scénario 1 : Directeur de zone — 120 000 € bruts
| Élément | Régime général (Madrid) | Régime Beckham |
|---|---|---|
| Base imposable | 120 000 € | 120 000 € |
| Réduction revenus travail | – 2 000 € | N/A |
| Minimum personnel | – 5 550 € | N/A |
| Base liquidable approx. | 112 450 € | 120 000 € |
| Cotisation totale (État + région) | ≈ 36 500 € | 28 800 € |
| Différence (économie Beckham) | — | ≈ 7 700 €/an |
| Taux effectif réel | ≈ 30,4 % | 24 % |
Scénario 2 : C-suite — 250 000 € bruts
| Élément | Régime général (Madrid) | Régime Beckham |
|---|---|---|
| Base imposable | 250 000 € | 250 000 € |
| Réduction/minimum personnel | – 7 550 € approx. | N/A |
| Base liquidable approx. | 242 450 € | 250 000 € |
| Cotisation totale (État + région) | ≈ 97 000 € | 60 000 € |
| Différence (économie Beckham) | — | ≈ 37 000 €/an |
| Taux effectif réel | ≈ 38,8 % | 24 % |
Scénario 3 : Senior executive — 400 000 € bruts
| Élément | Régime général (Madrid) | Régime Beckham |
|---|---|---|
| Base imposable | 400 000 € | 400 000 € |
| Réduction/minimum (effet minimal) | – 7 550 € approx. | N/A |
| Base liquidable approx. | 392 450 € | 400 000 € |
| Cotisation totale (État + région) | ≈ 171 000 € | 96 000 € |
| Différence (économie Beckham) | — | ≈ 75 000 €/an |
| Taux effectif réel | ≈ 42,8 % | 24 % |
Scénario 4 : VIP / au-dessus du seuil — 700 000 € bruts
Ce scénario est pertinent car la limite de 600 000 € crée une structure à deux tranches sous le régime Beckham.
| Élément | Régime général (Madrid) | Régime Beckham |
|---|---|---|
| Base imposable | 700 000 € | 700 000 € |
| Cotisation sur 600 000 € | — | 144 000 € (24 %) |
| Cotisation sur excédent 100 000 € | — | 47 000 € (47 %) |
| Cotisation Beckham totale | — | 191 000 € |
| Cotisation régime général (Madrid) | ≈ 315 000 € | — |
| Différence (économie Beckham) | — | ≈ 124 000 €/an |
| Taux effectif réel | ≈ 45 % | ≈ 27,3 % |
L’économie dans le scénario de 700 K€ reste très significative car le régime général soumet une grande partie de la base au taux de 45 % combiné (Madrid), tandis que le taux de 47 % Beckham ne s’applique que sur les 100 000 € d’excédent.
Autres facteurs : imposition territoriale vs mondiale
Le tableau ci-dessus prend en compte uniquement les revenus du travail. Mais une partie importante de l’avantage du régime Beckham provient de l’imposition territoriale : l’impatrié est imposé en Espagne uniquement sur ses revenus de source espagnole. Les revenus étrangers — dividendes de portefeuilles internationaux, loyers d’immobiliers à l’étranger, plus-values de fonds d’investissement domiciliés au Luxembourg ou en Irlande, revenus de comptes à l’étranger — ne sont pas imposables en Espagne sous le régime Beckham.
Pour un dirigeant disposant d’un patrimoine financier préexistant de, par exemple, 1 000 000 € en fonds d’actions internationales générant des rendements de 5 % par an (50 000 €), l’économie supplémentaire due à la non-imposition de ces 50 000 € en Espagne est de 9 500 € (à 19 %) à 14 000 € (à 28 %) par an, selon la tranche de la base d’épargne dans laquelle ils tomberaient dans l’IRPF général.
Cette composante territoriale est particulièrement précieuse pour les dirigeants disposant de :
- Plans de retraite ou fonds de pension dans les pays d’origine.
- Participations dans des fonds de private equity ou venture capital étrangers.
- Dividendes d’actions de sociétés cotées internationales.
- Héritages ou donations en attente de biens à l’étranger.
Patrimoine : non-obligation du Formulaire 720 et incidence sur les successions
Sous le régime Beckham, le contribuable est imposé comme non-résident aux fins de l’IRPF. Cela implique :
Formulaire 720 (biens à l’étranger) : La question de l’obligation de déposer le formulaire 720 pour les impatriés sous régime Beckham est techniquement complexe. La Loi 11/2021 a supprimé les sanctions disproportionnées (que la CJUE avait déjà invalidées en 2022), mais l’obligation déclarative subsiste pour les résidents. Il est recommandé de consulter un conseiller fiscal spécialisé pour déterminer votre situation individuelle.
Impôt sur la Fortune : L’impatrié est imposé à l’IP uniquement sur les biens et droits situés en territoire espagnol (obligation réelle), et non sur son patrimoine mondial. Pour les patrimoines à forte proportion d’actifs étrangers, cela peut représenter une différence très significative.
Impôt sur les Successions et Donations : Si l’impatrié décède pendant les années d’application du régime, ses héritiers seront imposés en Espagne uniquement sur les biens situés en Espagne (sauf si les héritiers sont résidents en Espagne, auquel cas l’ISD s’applique sur tous les biens reçus du défunt, y compris les étrangers). La planification successorale pendant la période Beckham doit tenir compte de cette asymétrie.
Pertes et compensation : limitations sous le régime Beckham
Le régime IRNR (auquel s’assimile le régime Beckham) ne permet pas l’intégration et la compensation de revenus négatifs de la même façon que l’IRPF :
- Les pertes patrimoniales ne peuvent pas être compensées avec des gains d’autres catégories de revenus, ni être reportées sur des exercices futurs.
- Il n’existe pas de base imposable de l’épargne avec son intégration entre revenus du capital mobilier et gains/pertes patrimoniales. Chaque source de revenu espagnole est imposée de façon indépendante au taux qui lui correspond dans l’IRNR.
- Les fonds d’investissement en Espagne qui génèrent des pertes au cours d’un exercice ne permettent pas de reporter cette perte sur des gains ultérieurs dans le régime Beckham.
Pour un dirigeant disposant d’un portefeuille d’investissement actif en Espagne, avec une volatilité de plus-values et moins-values, cette limitation peut constituer un argument pour ne pas adhérer au régime, ou pour maintenir les investissements dans des véhicules étrangers pendant la période Beckham.
Quand quitter volontairement le régime
La renonciation volontaire au régime Beckham est réglementée à l’article 93.4 LIRPF et dans le Règlement de l’IRPF. La procédure est simple : communication à l’AEAT au cours des deux premiers mois de l’année civile au cours de laquelle on souhaite quitter le régime.
Trois scénarios rationnels pour renoncer :
Baisse des revenus en dessous de 60 000–70 000 €. Si le dirigeant passe en situation de disponibilité, réduction du temps de travail ou ne perçoit que des prestations de Sécurité Sociale, le régime général peut être plus avantageux.
Cession d’actifs avec pertes en Espagne. Si une moins-value importante est prévue (par exemple, sortie d’une startup avec pertes), l’IRPF général permet de la compenser avec des gains présents ou futurs. Sous le régime Beckham, il n’y a pas de compensation.
Déménagement au Pays Basque ou en Navarre. Ces territoires foraux disposent de régimes fiscaux propres avec des taux et incitations différents. Certaines situations rendent le régime foral général plus avantageux que le Beckham national.
La renonciation est irrévocable : une fois renoncé, on ne peut pas revenir au régime même s’il reste des exercices disponibles et que les conditions continuent d’être remplies.
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