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Recruter en Espagne sans filiale — ce que les entreprises françaises et belges doivent vraiment savoir sur l'EOR

Une entreprise française ou belge qui souhaite embaucher son premier salarié en Espagne se retrouve face à un dilemme classique : créer une entité juridique en Espagne prend entre trois et six semaines, coûte entre 2 500 et 5 000 euros, et génère des obligations administratives continues — comptabilité locale, déclarations fiscales, Registro Mercantil. Mais travailler sans entité locale crée un risque d'établissement stable qui peut déclencher des obligations fiscales rétroactives en Espagne sur les bénéfices de l'ensemble du groupe. L'Employer of Record (EOR) — connu en espagnol comme empleador de registro ou employeur de référence — est souvent présenté comme la solution miracle : aucune entité à créer, salarié opérationnel en quelques jours, conformité juridique assurée. Mais la réalité est plus nuancée. Un EOR coûte typiquement 15 à 25 % du coût total d'emploi en sus — un surcoût qui s'accumule indéfiniment. La relation tripartite employeur-EOR-salarié crée des complications en matière de propriété intellectuelle, de contrôle managérial et de fidélité du salarié. Et pour les entreprises qui prévoient plus de trois embauches en Espagne, la constitution d'une entité propre est presque toujours plus économique à horizon 12 à 18 mois. Ce guide vous donne les éléments factuels pour décider si un EOR est la bonne solution pour votre situation, et si oui, comment le structurer correctement pour éviter les pièges les plus courants.

Depuis 2010 · 16 ans Collaborateur fiscal AEAT

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BMC conseille les entreprises françaises et belges sur la stratégie d'emploi en Espagne — pas seulement sur l'EOR. Nous évaluons votre situation spécifique (volume de recrutement, horizon temporel, type d'activité, risque d'établissement stable) et vous recommandons la solution optimale : EOR si vous testez le marché sur moins de 12 mois avec 1 à 2 salariés, filiale SL si vous planifiez une présence durable. Si vous choisissez l'EOR, nous sélectionnons le prestataire adapté et structurons l'accord correctement. Si vous constituez une filiale, nous gérons toute la procédure — de la rédaction des statuts à la mise en place du Sistema RED pour les déclarations sociales mensuelles.

  • L'EOR (Employer of Record) est la bonne solution pour tester le marché espagnol avec 1 à 2 salariés pendant moins de 12 mois — mais son coût additionnel de 15 à 25 % sur le coût total d'emploi devient rapidement supérieur au coût de constitution d'une filiale SL.

  • Les cotisations patronales à la Sécurité sociale en Espagne représentent environ 30 % du salaire brut — le coût réel d'un salarié est de l'ordre de 140 à 145 % de son salaire brut mensuel une fois les primes légales, les conventions collectives et les charges comprises.

  • Depuis la réforme du travail de 2022, le contrat par défaut est le CDI (indefinido) — les contrats à durée déterminée sont limités à des situations temporaires réelles ; leur usage abusif entraîne la conversion automatique en CDI avec les indemnités de licenciement afférentes.

  • Un licenciement sans cause valable est qualifié d'improcedente et génère une indemnité légale de 33 jours de salaire par année d'ancienneté, plafonnée à 24 mensualités — structurer correctement la rupture dès le départ évite des coûts significatifs.

Comment nous travaillons

Du premier contact à la clôture du dossier

  1. Analyse de la situation et recommandation de structure

    Nous évaluons votre projet : combien de salariés prévoyez-vous en Espagne à 6, 12 et 24 mois ? Quelle est la nature de l'activité (vente, opérations, R&D, support) ? Y a-t-il un risque d'établissement stable ? Quel est votre budget de mise en place ? À l'issue de cette analyse — typiquement 2 à 4 heures de conseil — nous vous remettons une recommandation motivée avec une comparaison chiffrée EOR vs filiale sur 24 mois.

  2. Si EOR : sélection du prestataire et structuration de l'accord

    Nous évaluons les prestataires EOR pertinents pour votre secteur et votre volume, comparons leur tarification (frais fixes vs pourcentage du coût d'emploi), vérifions leur conformité avec le droit du travail espagnol, et vous accompagnons dans la négociation des clauses critiques de l'accord commercial : propriété intellectuelle, clause de non-sollicitation des salariés, conditions de résiliation, et mécanisme de transition si vous décidez de constituer une filiale.

  3. Si filiale : constitution de la SL espagnole

    Nous gérons l'intégralité de la procédure de constitution : rédaction des statuts, démarches notariales, immatriculation au Registro Mercantil (4 à 6 semaines), obtention du NIF/CIF, enregistrement à l'AEAT et à la Trésorerie de la Sécurité sociale (TGSS) comme employeur, et ouverture du code de cotisation (Código de Cuenta de Cotización). Vous êtes opérationnel en 3 à 5 semaines.

  4. Contrats de travail et identification de la convention collective

    Nous identifions la convention collective sectorielle applicable (convenio colectivo) selon le code CNAE de l'activité de votre filiale, rédigeons les contrats de travail conformes à l'Estatuto de los Trabajadores et à la convention, définissons la classification professionnelle et la structure de rémunération, et enregistrons les contrats auprès du SEPE.

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Le problème

Une entreprise française ou belge qui souhaite embaucher son premier salarié en Espagne se retrouve face à un dilemme classique : créer une entité juridique en Espagne prend entre trois et six semaines, coûte entre 2 500 et 5 000 euros, et génère des obligations administratives continues — comptabilité locale, déclarations fiscales, Registro Mercantil. Mais travailler sans entité locale crée un risque d'établissement stable qui peut déclencher des obligations fiscales rétroactives en Espagne sur les bénéfices de l'ensemble du groupe. L'Employer of Record (EOR) — connu en espagnol comme empleador de registro ou employeur de référence — est souvent présenté comme la solution miracle : aucune entité à créer, salarié opérationnel en quelques jours, conformité juridique assurée. Mais la réalité est plus nuancée. Un EOR coûte typiquement 15 à 25 % du coût total d'emploi en sus — un surcoût qui s'accumule indéfiniment. La relation tripartite employeur-EOR-salarié crée des complications en matière de propriété intellectuelle, de contrôle managérial et de fidélité du salarié. Et pour les entreprises qui prévoient plus de trois embauches en Espagne, la constitution d'une entité propre est presque toujours plus économique à horizon 12 à 18 mois. Ce guide vous donne les éléments factuels pour décider si un EOR est la bonne solution pour votre situation, et si oui, comment le structurer correctement pour éviter les pièges les plus courants.

Notre solution

BMC conseille les entreprises françaises et belges sur la stratégie d'emploi en Espagne — pas seulement sur l'EOR. Nous évaluons votre situation spécifique (volume de recrutement, horizon temporel, type d'activité, risque d'établissement stable) et vous recommandons la solution optimale : EOR si vous testez le marché sur moins de 12 mois avec 1 à 2 salariés, filiale SL si vous planifiez une présence durable. Si vous choisissez l'EOR, nous sélectionnons le prestataire adapté et structurons l'accord correctement. Si vous constituez une filiale, nous gérons toute la procédure — de la rédaction des statuts à la mise en place du Sistema RED pour les déclarations sociales mensuelles.

Processus

Comment nous procédons

1

Analyse de la situation et recommandation de structure

Nous évaluons votre projet : combien de salariés prévoyez-vous en Espagne à 6, 12 et 24 mois ? Quelle est la nature de l'activité (vente, opérations, R&D, support) ? Y a-t-il un risque d'établissement stable ? Quel est votre budget de mise en place ? À l'issue de cette analyse — typiquement 2 à 4 heures de conseil — nous vous remettons une recommandation motivée avec une comparaison chiffrée EOR vs filiale sur 24 mois.

2

Si EOR : sélection du prestataire et structuration de l'accord

Nous évaluons les prestataires EOR pertinents pour votre secteur et votre volume, comparons leur tarification (frais fixes vs pourcentage du coût d'emploi), vérifions leur conformité avec le droit du travail espagnol, et vous accompagnons dans la négociation des clauses critiques de l'accord commercial : propriété intellectuelle, clause de non-sollicitation des salariés, conditions de résiliation, et mécanisme de transition si vous décidez de constituer une filiale.

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Si filiale : constitution de la SL espagnole

Nous gérons l'intégralité de la procédure de constitution : rédaction des statuts, démarches notariales, immatriculation au Registro Mercantil (4 à 6 semaines), obtention du NIF/CIF, enregistrement à l'AEAT et à la Trésorerie de la Sécurité sociale (TGSS) comme employeur, et ouverture du code de cotisation (Código de Cuenta de Cotización). Vous êtes opérationnel en 3 à 5 semaines.

4

Contrats de travail et identification de la convention collective

Nous identifions la convention collective sectorielle applicable (convenio colectivo) selon le code CNAE de l'activité de votre filiale, rédigeons les contrats de travail conformes à l'Estatuto de los Trabajadores et à la convention, définissons la classification professionnelle et la structure de rémunération, et enregistrons les contrats auprès du SEPE.

5

Gestion courante : paie, Sécurité sociale et conformité RH

Nous gérons mensuellement : calcul des salaires nets, retenues IRPF, cotisations sociales, déclarations via le Sistema RED, virements à la TGSS, gestion des absences et congés. Nous assurons la veille réglementaire et vous alertons sur tout changement du droit du travail espagnol ou de la convention collective applicable.

~30%
Cotisations patronales Sécurité sociale en Espagne (en % du salaire brut)
15-25%
Surcoût typique d'un prestataire EOR sur le coût total d'emploi
3-5 semaines
Délai de constitution d'une filiale SL espagnole par BMC
33 jours
Indemnité légale par année d'ancienneté pour licenciement improcedente

Nous sommes une PME lyonnaise spécialisée dans les solutions SaaS pour l'hôtellerie. Nous voulions ouvrir le marché espagnol avec un commercial à Madrid. BMC nous a déconseillé l'EOR pour notre situation — nous prévoyions déjà trois recrutements à 18 mois — et nous a constitué une filiale SL en quatre semaines. Six mois après, nous avons trois salariés en Espagne, un bureau à Madrid, et la filiale tourne parfaitement. Si nous avions choisi un EOR, nous aurions payé un surcoût mensuel pendant toute cette période et eu des complications pour les transférer ensuite. La décision initiale a été déterminante.

Claire Mercier Directrice générale, Éditeur SaaS, Lyon

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Calculateur gratuit : EOR vs filiale SL en Espagne sur 24 mois — Entrez le salaire brut prévu, le nombre de salariés et votre horizon de présence en Espagne — obtenez une comparaison de coût chiffrée EOR vs constitution de filiale avec le point de rentabilité de basculement.

L’EOR en Espagne : une solution réelle mais limitée

L’Employer of Record (EOR) s’est imposé comme un outil courant dans l’expansion internationale des entreprises européennes depuis 2020. Son attrait est évident : il permet de recruter légalement dans un pays étranger sans délais d’immatriculation, sans frais de constitution d’entité, et avec une conformité juridique théoriquement garantie par le prestataire. Pour une PME lyonnaise, bruxelloise ou gantoise qui veut tester le marché espagnol avec un premier commercial, l’EOR résout un problème réel.

Mais ce que les prestataires EOR mettent rarement en avant — et que ce guide cherche à clarifier — c’est la réalité de leurs coûts cumulés, les risques juridiques spécifiques à l’Espagne, et les situations dans lesquelles une filiale espagnole est structurellement plus adaptée dès le premier salarié.

L’objectif de BMC n’est pas de vendre un produit en particulier. Nous conseillons la structure optimale pour votre situation, qu’il s’agisse d’un EOR, d’une filiale, d’une succursale, ou d’un contrat avec des prestataires indépendants autónomos. Ce qui suit vous donne les bases factuelles pour prendre cette décision.

Les trois structures disponibles pour embaucher en Espagne

Option 1 : L’Employer of Record (EOR)

Comment ça fonctionne : Un prestataire EOR établi en Espagne (comme Deel, Remote, Papaya Global, ou des acteurs locaux espagnols) est l’employeur légal de votre salarié. Il gère le contrat de travail, la paie, les cotisations sociales et la conformité fiscale. Vous dirigez le travail du salarié et lui fournissez ses objectifs, ses outils et ses ressources.

Avantages :

  • Mise en place en 3 à 10 jours ouvrés
  • Aucune entité juridique à créer en Espagne
  • Conformité avec le droit du travail espagnol garantie par le prestataire
  • Flexibilité de résiliation (selon les termes de l’accord commercial)

Inconvénients :

  • Coût additionnel de 15 à 25 % du coût total d’emploi, payé indéfiniment
  • Relation tripartite : votre contrôle managérial direct est limité par le cadre légal
  • Risques sur la propriété intellectuelle si les contrats ne sont pas correctement rédigés
  • Le salarié est légalement employé par l’EOR, pas par votre groupe — ce qui peut affecter son identification à votre marque et sa loyauté à long terme
  • Risque résiduel d’établissement stable si les fonctions du salarié en Espagne sont caractéristiques d’un ES

Pour qui : 1 à 2 salariés, horizon 6 à 12 mois, marché espagnol en phase de test.

Option 2 : La filiale espagnole (Sociedad Limitada — SL)

Comment ça fonctionne : Vous constituez une société espagnole à responsabilité limitée (SL, équivalent de la SARL française ou de la SPRL belge) dont votre société mère est l’associée unique ou principale. La SL est l’employeur espagnol — elle signe les contrats, verse les salaires et assume toutes les obligations sociales et fiscales.

Avantages :

  • Vous êtes l’employeur — contrôle total sur les décisions RH
  • Pas de surcoût EOR (15 à 25 %) sur la durée
  • Pleine propriété intellectuelle sur le travail produit par vos salariés espagnols
  • Crédibilité commerciale accrue auprès des clients et partenaires espagnols
  • Base pour des recrutements ultérieurs sans changement de structure

Inconvénients :

  • Délai de constitution de 3 à 5 semaines
  • Coût initial : 3 000 à 5 000 euros (frais notariaux, enregistrement, conseil)
  • Obligations administratives continues : comptabilité locale, déclarations fiscales, Registro Mercantil
  • Capital social minimum : 1 euro (réforme 2023), mais en pratique un capital de 3 000 euros est recommandé pour la crédibilité bancaire [VÉRIFIER : confirmer seuil de capital minimum post-réforme 2023]

Pour qui : 3 salariés ou plus, présence durable, activité commerciale structurée en Espagne.

Option 3 : La succursale espagnole

La succursale (sucursal) est une extension de votre société mère sans personnalité juridique distincte. Elle est plus rapide à mettre en place qu’une filiale et peut être adaptée pour des activités purement commerciales de représentation. Mais elle expose directement la maison mère aux obligations et risques espagnols, et crée presque systématiquement un établissement stable pour les besoins de l’impôt sur les sociétés espagnol. Pour l’emploi de salariés en Espagne avec une structure durable, la SL est presque toujours préférable.

La réalité des coûts d’emploi en Espagne

Le calcul que les entreprises françaises font mal

Prenons un exemple concret : un commercial espagnol recruté avec un salaire brut de 35 000 euros par an (soit 2 500 euros brut par mois en 14 mensualités selon la convention collective standard du secteur commercial).

ÉlémentMontant annuel
Salaire brut annuel (14 mensualités)35 000 €
Cotisations patronales Sécurité sociale (~30 %)10 500 €
Coût total employeur annuel~45 500 €
Surcoût EOR (20 % du coût total)~9 100 € supplémentaires
Coût total avec EOR~54 600 €/an

Sur 24 mois, le surcoût EOR pour ce seul salarié est d’environ 18 200 euros — soit largement plus que le coût de constitution d’une filiale SL complète. Pour deux salariés sur 24 mois, le calcul est encore plus éloquent : environ 36 000 euros de surcoût EOR, contre 3 000 à 5 000 euros de constitution de filiale plus les frais de gestion courante.

Les 14 mensualités : la surprise numéro un

La grande majorité des conventions collectives espagnoles prévoient deux primes obligatoires par an — en juin (prima de verano) et en décembre (prima de Navidad) — équivalentes à un mois de salaire brut chacune, soit 14 mensualités au total. Ces primes ne sont pas discrétionnaires : elles sont imposées par la convention collective et constituent un élément de salaire ordinaire, pas un bonus variable.

Pour une entreprise française habituée à 12 mensualités ou à un 13ème mois négocié, la découverte de cette obligation en milieu d’année, lors du versement de la prime de juin, est souvent une mauvaise surprise budgétaire. Intégrez les 14 mensualités dans votre business plan dès le premier jour.

Les cotisations sociales : la décomposition détaillée

Les cotisations patronales à la Sécurité sociale espagnole représentent environ 30 à 31 % du salaire brut et se décomposent comme suit :

ContingenceTaux patronal
Contingences communes (chômage maladie, invalidité, retraite)23,60 %
Chômage (contrat à durée indéterminée)5,50 %
FOGASA (fonds de garantie salariale)0,20 %
Formation professionnelle0,60 %
Mécanisme d’équité intergénérationnel (MEI)0,58 % [VÉRIFIER taux 2026]
Total approximatif~30,5 %

À ces charges patronales s’ajoutent les retenues IRPF sur le salaire du salarié — calculées par l’employeur, retenues sur le salaire net, et versées à l’AEAT chaque mois. Ce n’est pas un coût pour l’employeur, mais c’est une obligation déclarative mensuelle qui doit être gérée via les formulaires 111 (mensuel) et 190 (annuel).

Le droit du travail espagnol : ce que les employeurs français doivent absolument savoir

L’Estatuto de los Trabajadores : la base légale

Le code du travail espagnol est régi par le Real Decreto Legislativo 2/2015, qui consolide l’Estatuto de los Trabajadores (ET). Cet texte définit les droits fondamentaux des salariés, les types de contrats, les règles de licenciement et les conditions minimales de travail. Il s’applique à tout employeur en Espagne, indépendamment de la nationalité de l’entreprise.

Les planchers posés par l’ET ne peuvent pas être contractuellement infériorisés, quoi que stipule le contrat de travail individuel. Si un contrat prévoit moins de 30 jours de congés payés annuels (contre le minimum légal de 30 jours calendaires), la disposition contractuelle est nulle et non avenue — c’est le minimum légal qui s’applique.

La réforme du travail de 2022 : fin des CDD par défaut

La réforme du marché du travail de 2022 (Real Decreto-ley 32/2021) a substantiellement durci les conditions d’utilisation des contrats à durée déterminée. Avant la réforme, le contrat por obra y servicio (pour une mission ou un projet défini) permettait de maintenir un salarié en CDD pendant toute la durée d’un projet, parfois plusieurs années. Ce mécanisme est supprimé.

Depuis janvier 2022 :

  • Le contrat à durée indéterminée (indefinido) est le contrat de droit commun
  • Les CDD (temporales) sont limités à deux situations : pic de production (hasta 90 días por año por empleado) et remplacement d’un salarié absent
  • Les CDD conclus en dehors de ces cas sont présumés être des CDI — avec les indemnités de licenciement afférentes

Pour les entreprises françaises habituées à utiliser des CDD comme période probatoire prolongée ou pour des missions de projet, ce changement est fondamental. La période d’essai (periodo de prueba) reste le seul mécanisme légal de rupture sans indemnité en début de contrat — elle est de 6 mois maximum pour les techniciens et diplômés, 2 mois pour les autres catégories selon les conventions.

Les conventions collectives : la couche qui s’impose par-dessus l’ET

L’ET fixe des planchers. Les conventions collectives (convenios colectivos) les complètent et les dépassent souvent substantiellement. La convention applicable à votre filiale espagnole est déterminée par son code CNAE (code d’activité économique), qui doit être choisi avec soin lors de la constitution de la SL — et non arbitrairement.

Pour une entreprise de conseil en technologie, c’est le Convenio Colectivo del sector de consultoras de tecnologías de la información. Pour une entreprise de distribution alimentaire, c’est le Convenio de comercio minorista de alimentación. Pour une agence de communication, c’est le Convenio de agencias de publicidad. Chaque convention fixe ses propres grilles salariales par catégorie professionnelle, ses propres délais de préavis, ses propres dispositions sur le temps de travail et ses propres conditions sur les primes et avantages.

Une entreprise française qui recrute un salarié espagnol sans identifier la convention applicable s’expose à payer en dessous du minimum sectoriel — une pratique constitutive d’infraction au droit du travail, exposant à des redressements rétroactifs lors d’une inspection de la Inspección de Trabajo y Seguridad Social.

Les licenciements : le coût de la rupture

Le droit du travail espagnol distingue quatre types de rupture du contrat de travail :

1. Licenciement disciplinaire (despido disciplinario) : Pour faute grave du salarié. Si la faute est suffisamment caractérisée et la procédure respectée, il est sans indemnité. Mais la barre est haute — les tribunaux du travail espagnols sont réputés pour protéger les salariés, et un licenciement disciplinaire insuffisamment documenté sera requalifié en licenciement improcedente.

2. Licenciement objectif (despido objetivo) : Pour motifs économiques, techniques, organisationnels ou de production (ETOP). Indemnité : 20 jours de salaire brut par année d’ancienneté, plafonnée à 12 mensualités. Préavis : 15 jours. Ce licenciement nécessite une documentation rigoureuse des causes — une simple baisse de chiffre d’affaires ne suffit pas.

3. Licenciement improcedente : Tout licenciement dont le motif n’est pas suffisamment établi ou dont la procédure est viciée. Indemnité : 33 jours de salaire brut par année d’ancienneté, plafonnée à 24 mensualités. C’est le scénario le plus coûteux et malheureusement fréquent pour les entreprises étrangères qui méconnaissent la procédure.

4. Licenciement nul : Licenciement discriminatoire ou violant des droits fondamentaux (maternité, maladie, activité syndicale). Le salarié est réintégré avec paiement des salaires non versés depuis la rupture.

La leçon pratique : anticiper le coût de rupture dès le recrutement. Pour un salarié avec 3 ans d’ancienneté, le licenciement improcedente coûte 99 jours de salaire brut — à intégrer dans le budget de risque RH dès le départ.

Quatre situations types que BMC accompagne

Situation 1 : La startup SaaS parisienne qui ouvre le marché ibérique

Une startup parisienne de 20 salariés en France veut recruter un Country Manager en Espagne pour ouvrir le marché. Budget : 60 000 euros brut annuels. Horizon incertain — tout dépendra des résultats des 12 premiers mois. Recommandation BMC : EOR dans un premier temps. L’incertitude sur la pérennité de la présence espagnole et l’horizon de 12 mois justifient de reporter la décision de constitution de filiale. BMC sélectionne un prestataire EOR adapté, structure l’accord commercial pour sécuriser la propriété intellectuelle, et prévoit une clause de transition vers une filiale SL si les objectifs commerciaux sont atteints en fin d’année.

Situation 2 : Le groupe industriel lyonnais qui ouvre un centre de service à Madrid

Un fabricant lyonnais de composants automobiles décide de créer un centre de service clients et de support technique à Madrid pour couvrir ses clients ibériques. Recrutement prévu : 3 salariés dans l’immédiat, 7 à horizon 18 mois. Recommandation BMC : filiale SL dès le départ. Le volume de recrutement prévu rend la filiale plus économique que l’EOR dès le 9ème mois. BMC constitue la filiale en 4 semaines, identifie la convention collective applicable (secteur du commerce de pièces et accessoires automobiles ou services techniques selon l’activité principale), rédige les contrats types, et met en place la gestion de paie mensuelle.

Situation 3 : L’entreprise belge de distribution qui régularise une situation EOR existante

Une société de distribution gantoise avait eu recours à un EOR pour ses deux premiers salariés espagnols il y a 18 mois. Elle veut maintenant constituer sa propre filiale et transférer les salariés. Défi : le contrat EOR prévoit des pénalités de résiliation anticipée, et l’un des salariés a 2 ans d’ancienneté chez l’EOR. BMC négocie les conditions de résiliation avec le prestataire EOR, coordonne le transfert des contrats de travail vers la nouvelle SL espagnole en application de l’article 44 de l’ET (maintien des droits acquis), et met en place la nouvelle structure de paie. Résultat : transfert effectif en 6 semaines, économie de surcoût EOR de 15 000 euros par an.

Situation 4 : La PME bruxelloise qui transfère un directeur en Espagne sous Ley Beckham

Une société de conseil bruxelloise transfère son associé principal en Espagne pour diriger les opérations ibériques de son groupe. Salaire : 120 000 euros brut. Enjeu clé : éligibilité au régime Beckham. BMC analyse les conditions d’éligibilité (absence de résidence fiscale espagnole au cours des 5 dernières années, contrat de travail espagnol, demande dans les 6 mois suivant l’enregistrement comme résident), dépose le Modelo 149 dans les délais, et coordonne avec le cabinet comptable belge pour les obligations déclaratives dans les deux pays. Impact : taux IRPF de 24 % au lieu d’un taux progressif atteignant 45 % — économie annuelle d’environ 25 000 euros d’impôt sur le revenu.

Cadre réglementaire applicable

Real Decreto Legislativo 2/2015 — Estatuto de los Trabajadores (ET) : Le code du travail espagnol. Définit les types de contrats, les périodes d’essai, les règles de licenciement (disciplinaire, objectif, collectif), les conditions minimales de travail et les droits fondamentaux des salariés. Toute disposition contractuelle moins favorable au salarié que l’ET est nulle de plein droit.

Real Decreto-ley 32/2021 — Réforme du marché du travail : A supprimé le contrat por obra y servicio, limité la durée des contrats temporaires à 90 jours par an pour les pics de production (6 mois maximum, ou 1 an si la convention collective le prévoit), et renforcé la présomption de contrat à durée indéterminée. Toute embauche structurelle doit désormais être en CDI (indefinido).

Real Decreto 1155/2024 — Réforme du Règlement de l’Immigration : Non directement applicable à l’EOR en lui-même, mais pertinent pour les entreprises qui envisagent de recruter des ressortissants de pays tiers en Espagne — les nouvelles modalités de permis de travail impactent les délais d’embauche pour des profils non-UE.

Convenios Colectivos : Les conventions collectives sectorielles, négociées au niveau national ou provincial, fixent les conditions minimales applicables par secteur selon le code CNAE de l’activité principale de l’entreprise. Elles s’imposent à l’employeur indépendamment de sa nationalité ou de son siège social.

Ley 2/2023 — Canal de denuncias : Impose aux entreprises de plus de 50 salariés la mise en place d’un canal interne de signalement confidentiel. Délai d’application : 1er décembre 2023 pour les entreprises de plus de 249 salariés ; 1er juin 2024 pour les entreprises entre 50 et 249 salariés.

Pourquoi BMC plutôt qu’un EOR généraliste ?

Un prestataire EOR résout le problème de la mise en paie. Il ne résout pas le problème stratégique : est-ce que l’EOR est la bonne solution pour votre situation ? Quel est le bon prestataire parmi les dizaines disponibles sur le marché ? Comment structurer l’accord commercial pour protéger votre propriété intellectuelle ? Comment gérer le transfert vers une filiale si votre présence en Espagne se développe ?

BMC n’est pas un EOR. Nous sommes un cabinet de conseil et d’avocats spécialisé en droit espagnol des affaires, fiscalité internationale et droit du travail. Nous conseillons d’abord la structure optimale, puis nous l’exécutons — qu’il s’agisse d’un EOR, d’une SL, ou d’une combinaison des deux. Pour les entreprises françaises et belges qui sérieux dans leur développement en Espagne, cette approche structurelle dès le départ évite des remises en question coûteuses six ou douze mois plus tard.

Contactez-nous pour une évaluation sans engagement de votre projet de recrutement en Espagne.

FAQ

Questions fréquentes

Un Employer of Record (EOR) — appelé también empleador de registro en espagnol, ou parfois Professional Employer Organization (PEO) — est une société tierce qui emploie formellement votre salarié en Espagne à votre place. L'EOR est l'employeur légal : il signe le contrat de travail, verse le salaire, calcule et verse les cotisations sociales à la Trésorerie de la Sécurité sociale (TGSS), gère les déclarations IRPF à l'AEAT, et assume la responsabilité juridique de l'employeur. Votre entreprise dirige le travail du salarié (subordination économique) mais n'est pas l'employeur en droit espagnol. Cette structure est légale en Espagne à condition d'être correctement structurée — l'EOR doit être une société indépendante réellement établie en Espagne, et non une simple boîte aux lettres.
L'EOR est adapté dans trois situations précises : (1) test de marché avec 1 à 2 salariés sur un horizon de 6 à 12 mois maximum, avant de décider si une présence durable en Espagne est justifiée ; (2) besoin d'une mise en place très rapide (quelques jours vs 3 à 5 semaines pour une filiale) pour saisir une opportunité commerciale ; (3) activité en Espagne véritablement ponctuelle ou liée à un projet avec une date de fin claire. À l'inverse, la filiale est préférable dès lors que vous prévoyez plus de deux ou trois salariés en Espagne, que la présence est destinée à être durable, que vos salariés auront accès à des actifs immatériels ou à de la propriété intellectuelle significatifs, ou que votre activité en Espagne est suffisamment structurée pour justifier une entité propre. Pour les entreprises françaises et belges, la règle empirique est simple : EOR pour valider, filiale pour construire.
Un salarié espagnol avec un salaire brut de 4 000 euros par mois génère un coût total employeur d'environ 6 100 euros par mois (salaire + charges patronales ~30 % + proratisation des deux primes légales de juin et décembre). Un EOR facture généralement entre 15 et 25 % de ce coût total en sus, soit 915 à 1 525 euros par mois supplémentaires et par salarié. Sur 12 mois pour deux salariés, le surcoût EOR représente entre 22 000 et 36 000 euros — soit 4,5 à 7 fois le coût de constitution d'une filiale SL (environ 3 000 à 5 000 euros tout compris). Le point de rentabilité de basculement EOR → filiale se situe généralement à 9 à 15 mois pour deux salariés, moins pour trois ou plus.
C'est l'une des questions les plus importantes et les plus souvent mal comprises. En principe, l'utilisation d'un EOR est conçue pour éviter la création d'un établissement stable (ES) en Espagne — l'employeur légal est l'EOR, pas votre société française ou belge. Mais cette protection n'est pas automatique. Si vos salariés en Espagne concluent des contrats au nom de votre société, négocient des conditions avec des clients espagnols sans les soumettre à votre approbation formelle, ou exercent d'autres fonctions caractéristiques d'un ES, l'AEAT (administration fiscale espagnole) peut requalifier la situation et considérer qu'un ES existe malgré le recours à un EOR. BMC analyse ce risque spécifiquement avant de recommander ou déconseiller l'EOR pour chaque situation.
Plusieurs différences impactent directement les décisions RH des entreprises françaises en Espagne. Premièrement, les conventions collectives : en Espagne, la convention applicable est déterminée par le code CNAE de l'activité principale de l'entreprise, pas par un accord de branche négocié au niveau national comme en France. Il existe environ 250 conventions sectorielles nationales et de nombreuses conventions provinciales — l'identification de la bonne convention est une étape critique souvent négligée. Deuxièmement, les 14 mensualités : la plupart des conventions espagnoles prévoient deux primes obligatoires (juin et décembre), équivalentes à un mois de salaire chacune, soit 14 mensualités par an contre 12 en France. Troisièmement, le licenciement : en France, le licenciement économique fait l'objet d'une procédure spécifique avec plan social au-delà de 10 salariés ; en Espagne, le licenciement pour motifs économiques (ERTE ou licenciement objectif) suit des règles propres — l'indemnité légale de 20 jours par année d'ancienneté (max 12 mois) pour un licenciement objectif valide, versus 33 jours (max 24 mois) pour un licenciement improcedente. Quatrièmement, le registre du temps de travail : obligatoire en Espagne depuis 2019 pour toutes les entreprises, quelle que soit leur taille, avec conservation des données pendant 4 ans — il n'existe pas d'équivalent automatique en France pour les petites structures.
Oui, mais ce transfert requiert une attention juridique particulière. En droit du travail espagnol, la transmission d'une entité à une autre dans le cadre d'un changement d'employeur est encadrée par l'article 44 de l'Estatuto de los Trabajadores (ET), qui prévoit le maintien des droits acquis du salarié — son ancienneté, son niveau de salaire, ses avantages contractuels. Le transfert doit être formalisé par un avenant au contrat de travail signé par les trois parties (EOR, filiale et salarié), avec notification au SEPE. La plupart des prestataires EOR incluent une clause contractuelle sur les conditions de ce transfert — c'est un point à négocier avant de signer avec l'EOR, pas après avoir décidé de passer à une filiale. BMC gère ces transferts et veille à ce qu'aucun droit acquis ne soit perdu ou que le salarié ne soit pas indûment exposé à une situation de rupture du contrat de travail lors du changement d'employeur.
Plusieurs obligations légales espagnoles surprennent régulièrement les entreprises françaises. Le registro de jornada (registre du temps de travail) est obligatoire depuis 2019 pour toutes les entreprises en Espagne, quelle que soit leur taille. Les données doivent être conservées 4 ans et être disponibles pour l'Inspection du Travail. En France, cette obligation n'existe que sous certaines conditions (accord d'entreprise, organisation du temps de travail spécifique). Le protocole anti-harcèlement (protocolo de acoso) est obligatoire pour toutes les entreprises espagnoles, sans seuil de salariés — toutes les entreprises, y compris celles avec un seul salarié, doivent en disposer et l'avoir porté à la connaissance de tous. Le plan d'égalité (plan de igualdad) est obligatoire à partir de 50 salariés en Espagne (contre 50 en France également, mais le contenu et la procédure diffèrent). Le canal de signalement interne (canal de denuncias) est obligatoire au-delà de 50 salariés depuis 2024 en application de la Ley 2/2023 — le délai de mise en conformité pour les entreprises de 50 à 249 salariés était le 1er juin 2024.
Le régime fiscal spécial pour impatriés, communément appelé Ley Beckham (article 93 de la Ley 35/2006 du IRPF), peut représenter un avantage compétitif significatif pour les entreprises françaises ou belges qui transfèrent des collaborateurs en Espagne. Ce régime plafonne l'impôt sur le revenu espagnol (IRPF) à un taux fixe de 24 % sur les revenus jusqu'à 600 000 euros, contre un barème progressif pouvant atteindre 47 % dans les tranches supérieures. Pour être éligible, le salarié ne doit pas avoir été résident fiscal en Espagne au cours des cinq années précédentes, et la demande (via le Modelo 149) doit être déposée dans les six mois suivant l'enregistrement comme résident en Espagne. BMC analyse systématiquement l'éligibilité Beckham dans le cadre du processus de recrutement ou de transfert de tout profil expatrié vers l'Espagne. Pour les entreprises françaises, c'est un outil de recrutement dont l'impact sur l'attractivité nette des packages de rémunération est souvent sous-estimé.
Les entreprises belges font face aux mêmes enjeux fondamentaux que les entreprises françaises — absence d'entité locale, risque d'ES, droit du travail espagnol — mais avec quelques particularités propres au contexte belge. Le traité bilatéral de double imposition Belgique-Espagne (actuellement en vigueur, à distinguer du DTA franco-espagnol) détermine les règles d'attribution des droits d'imposition sur les salaires, dividendes et redevances. La Belgique ayant un système de sécurité sociale complexe avec plusieurs régimes (salariés, indépendants), le statut exact du collaborateur transféré impacte les règles applicables pour les formulaires A1 en cas de détachement transfrontalier. Pour les détachements belgo-espagnols, le certificat A1 doit être obtenu auprès de l'ONSS (Belgique) pour confirmer le maintien dans le régime belge pendant le détachement — BMC coordonne cette démarche avec les équipes RH belges.

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Questions fréquentes

Questions sur Employer of Record (EOR) Espagne 2026 : Guide pour Entreprises Françaises et Belges

Un Employer of Record (EOR) — appelé también empleador de registro en espagnol, ou parfois Professional Employer Organization (PEO) — est une société tierce qui emploie formellement votre salarié en Espagne à votre place. L'EOR est l'employeur légal : il signe le contrat de travail, verse le salaire, calcule et verse les cotisations sociales à la Trésorerie de la Sécurité sociale (TGSS), gère les déclarations IRPF à l'AEAT, et assume la responsabilité juridique de l'employeur. Votre entreprise dirige le travail du salarié (subordination économique) mais n'est pas l'employeur en droit espagnol. Cette structure est légale en Espagne à condition d'être correctement structurée — l'EOR doit être une société indépendante réellement établie en Espagne, et non une simple boîte aux lettres.
L'EOR est adapté dans trois situations précises : (1) test de marché avec 1 à 2 salariés sur un horizon de 6 à 12 mois maximum, avant de décider si une présence durable en Espagne est justifiée ; (2) besoin d'une mise en place très rapide (quelques jours vs 3 à 5 semaines pour une filiale) pour saisir une opportunité commerciale ; (3) activité en Espagne véritablement ponctuelle ou liée à un projet avec une date de fin claire. À l'inverse, la filiale est préférable dès lors que vous prévoyez plus de deux ou trois salariés en Espagne, que la présence est destinée à être durable, que vos salariés auront accès à des actifs immatériels ou à de la propriété intellectuelle significatifs, ou que votre activité en Espagne est suffisamment structurée pour justifier une entité propre. Pour les entreprises françaises et belges, la règle empirique est simple : EOR pour valider, filiale pour construire.
Un salarié espagnol avec un salaire brut de 4 000 euros par mois génère un coût total employeur d'environ 6 100 euros par mois (salaire + charges patronales ~30 % + proratisation des deux primes légales de juin et décembre). Un EOR facture généralement entre 15 et 25 % de ce coût total en sus, soit 915 à 1 525 euros par mois supplémentaires et par salarié. Sur 12 mois pour deux salariés, le surcoût EOR représente entre 22 000 et 36 000 euros — soit 4,5 à 7 fois le coût de constitution d'une filiale SL (environ 3 000 à 5 000 euros tout compris). Le point de rentabilité de basculement EOR → filiale se situe généralement à 9 à 15 mois pour deux salariés, moins pour trois ou plus.
C'est l'une des questions les plus importantes et les plus souvent mal comprises. En principe, l'utilisation d'un EOR est conçue pour éviter la création d'un établissement stable (ES) en Espagne — l'employeur légal est l'EOR, pas votre société française ou belge. Mais cette protection n'est pas automatique. Si vos salariés en Espagne concluent des contrats au nom de votre société, négocient des conditions avec des clients espagnols sans les soumettre à votre approbation formelle, ou exercent d'autres fonctions caractéristiques d'un ES, l'AEAT (administration fiscale espagnole) peut requalifier la situation et considérer qu'un ES existe malgré le recours à un EOR. BMC analyse ce risque spécifiquement avant de recommander ou déconseiller l'EOR pour chaque situation.
Plusieurs différences impactent directement les décisions RH des entreprises françaises en Espagne. Premièrement, les conventions collectives : en Espagne, la convention applicable est déterminée par le code CNAE de l'activité principale de l'entreprise, pas par un accord de branche négocié au niveau national comme en France. Il existe environ 250 conventions sectorielles nationales et de nombreuses conventions provinciales — l'identification de la bonne convention est une étape critique souvent négligée. Deuxièmement, les 14 mensualités : la plupart des conventions espagnoles prévoient deux primes obligatoires (juin et décembre), équivalentes à un mois de salaire chacune, soit 14 mensualités par an contre 12 en France. Troisièmement, le licenciement : en France, le licenciement économique fait l'objet d'une procédure spécifique avec plan social au-delà de 10 salariés ; en Espagne, le licenciement pour motifs économiques (ERTE ou licenciement objectif) suit des règles propres — l'indemnité légale de 20 jours par année d'ancienneté (max 12 mois) pour un licenciement objectif valide, versus 33 jours (max 24 mois) pour un licenciement improcedente. Quatrièmement, le registre du temps de travail : obligatoire en Espagne depuis 2019 pour toutes les entreprises, quelle que soit leur taille, avec conservation des données pendant 4 ans — il n'existe pas d'équivalent automatique en France pour les petites structures.
Oui, mais ce transfert requiert une attention juridique particulière. En droit du travail espagnol, la transmission d'une entité à une autre dans le cadre d'un changement d'employeur est encadrée par l'article 44 de l'Estatuto de los Trabajadores (ET), qui prévoit le maintien des droits acquis du salarié — son ancienneté, son niveau de salaire, ses avantages contractuels. Le transfert doit être formalisé par un avenant au contrat de travail signé par les trois parties (EOR, filiale et salarié), avec notification au SEPE. La plupart des prestataires EOR incluent une clause contractuelle sur les conditions de ce transfert — c'est un point à négocier avant de signer avec l'EOR, pas après avoir décidé de passer à une filiale. BMC gère ces transferts et veille à ce qu'aucun droit acquis ne soit perdu ou que le salarié ne soit pas indûment exposé à une situation de rupture du contrat de travail lors du changement d'employeur.
Plusieurs obligations légales espagnoles surprennent régulièrement les entreprises françaises. Le registro de jornada (registre du temps de travail) est obligatoire depuis 2019 pour toutes les entreprises en Espagne, quelle que soit leur taille. Les données doivent être conservées 4 ans et être disponibles pour l'Inspection du Travail. En France, cette obligation n'existe que sous certaines conditions (accord d'entreprise, organisation du temps de travail spécifique). Le protocole anti-harcèlement (protocolo de acoso) est obligatoire pour toutes les entreprises espagnoles, sans seuil de salariés — toutes les entreprises, y compris celles avec un seul salarié, doivent en disposer et l'avoir porté à la connaissance de tous. Le plan d'égalité (plan de igualdad) est obligatoire à partir de 50 salariés en Espagne (contre 50 en France également, mais le contenu et la procédure diffèrent). Le canal de signalement interne (canal de denuncias) est obligatoire au-delà de 50 salariés depuis 2024 en application de la Ley 2/2023 — le délai de mise en conformité pour les entreprises de 50 à 249 salariés était le 1er juin 2024.
Le régime fiscal spécial pour impatriés, communément appelé Ley Beckham (article 93 de la Ley 35/2006 du IRPF), peut représenter un avantage compétitif significatif pour les entreprises françaises ou belges qui transfèrent des collaborateurs en Espagne. Ce régime plafonne l'impôt sur le revenu espagnol (IRPF) à un taux fixe de 24 % sur les revenus jusqu'à 600 000 euros, contre un barème progressif pouvant atteindre 47 % dans les tranches supérieures. Pour être éligible, le salarié ne doit pas avoir été résident fiscal en Espagne au cours des cinq années précédentes, et la demande (via le Modelo 149) doit être déposée dans les six mois suivant l'enregistrement comme résident en Espagne. BMC analyse systématiquement l'éligibilité Beckham dans le cadre du processus de recrutement ou de transfert de tout profil expatrié vers l'Espagne. Pour les entreprises françaises, c'est un outil de recrutement dont l'impact sur l'attractivité nette des packages de rémunération est souvent sous-estimé.
Les entreprises belges font face aux mêmes enjeux fondamentaux que les entreprises françaises — absence d'entité locale, risque d'ES, droit du travail espagnol — mais avec quelques particularités propres au contexte belge. Le traité bilatéral de double imposition Belgique-Espagne (actuellement en vigueur, à distinguer du DTA franco-espagnol) détermine les règles d'attribution des droits d'imposition sur les salaires, dividendes et redevances. La Belgique ayant un système de sécurité sociale complexe avec plusieurs régimes (salariés, indépendants), le statut exact du collaborateur transféré impacte les règles applicables pour les formulaires A1 en cas de détachement transfrontalier. Pour les détachements belgo-espagnols, le certificat A1 doit être obtenu auprès de l'ONSS (Belgique) pour confirmer le maintien dans le régime belge pendant le détachement — BMC coordonne cette démarche avec les équipes RH belges.
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