L'impôt sur les successions et donations (ISD) est l'un des impôts avec la plus grande disparité territoriale dans toute la fiscalité espagnole. Un enfant qui hérite de 500 000 euros en espèces et en actions peut pratiquement ne rien payer si sa mère résidait à Madrid, ou payer entre 25 000 et 40 000 euros si elle résidait en Catalogne ou en Aragon. Ce n'est pas de l'évasion fiscale : c'est la conséquence directe de la cession de la capacité normative aux Communautés Autonomes, qui depuis la Loi 22/2009 peuvent fixer leurs propres abattements, réductions et taux.
Ce guide recense les abattements en vigueur en 2026 pour toutes les CCAA, comprend des cas pratiques numériques comparatifs et explique les règles déterminant quelle région perçoit l’impôt.
Qu’est-ce que l’ISD et le cadre normatif de la cession autonomique
L’impôt sur les successions et donations est régi par la Loi 29/1987 du 18 décembre, et par le Règlement approuvé par le Décret Royal 1629/1991 du 8 novembre. C’est un impôt direct et personnel qui frappe les accroissements de patrimoine obtenus à titre gratuit par des personnes physiques, soit par héritage (mortis causa) soit par donation (inter vivos).
La cession aux communautés autonomes de régime commun a été consolidée par la Loi 22/2009 du 18 décembre, qui cède les recettes intégrales de l’ISD et la capacité normative pour réglementer les abattements, le barème et les réductions sur cotisation (l’instrument le plus utilisé en pratique).
Les CCAA de régime foral — Pays Basque et Navarre — ont une pleine autonomie en matière d’ISD, avec des systèmes propres qui diffèrent substantiellement du régime commun.
Les groupes de parenté : la clé pour comprendre les abattements
La Loi 29/1987 classe les bénéficiaires en quatre groupes :
| Groupe | Qui sont-ils | Réduction nationale de base |
|---|---|---|
| I | Descendants et adoptés de moins de 21 ans | 15 956,87 € + 3 990,72 € par année de moins de 21 ans |
| II | Conjoint, descendants et adoptés ≥21 ans, ascendants et adoptants | 15 956,87 € |
| III | Collatéraux de 2e et 3e degré, ascendants/descendants par alliance | 7 993,46 € |
| IV | Collatéraux de 4e degré ou plus, étrangers | Sans réduction nationale |
Tableau des abattements ISD par Communauté Autonome 2026
| Communauté Autonome | Groupes I et II | Groupes III et IV | Observations |
|---|---|---|---|
| Madrid | 99 % | Sans abattement | En vigueur depuis 2006, ininterrompu. |
| Andalousie | 99 % | Sans abattement | Approuvé en 2019, consolidé en 2021. |
| Galice | 99 % | Sans abattement | Abattement robuste, inclut conjoint et ascendants. |
| Murcie | 99 % | Sans abattement | S’applique aux Groupes I et II sur la cotisation intégrale. |
| Castille-et-León | 99 % (descendants) | Sans abattement | Atteint enfants et adoptés ; ascendants et conjoint avec abattement propre de 99 %. |
| La Rioja | 99 % | Sans abattement | Groupes I et II sans limitation de base. |
| Canaries | 99,9 % | Sans abattement | L’abattement le plus élevé du régime commun ; résulte en imposition quasi nulle. |
| Cantabrie | 100 % | Sans abattement | ISD éliminé de facto pour les Groupes I et II. |
| Asturies | 100 % jusqu’à 300 000 € ; progressif ensuite | Sans abattement | Gratuit jusqu’à 300 000 € par héritier ; au-delà, barème progressif. |
| Estrémadure | 99 % jusqu’à 300 000 € de base | Sans abattement | Limite quantitative. |
| Castille-La Mancha | 100 % jusqu’à 300 000 € | Sans abattement | Franchise effective de 300 000 € par héritier. |
| Baléares | 99 % Groupe I ; 100 % enfants jusqu’à 700 000 € | Sans abattement | Traitement différencié entre Groupe I et Groupe II ascendants/conjoint. |
| Valence | 99 % Groupe II | Sans abattement | Inclut conjoint, descendants adultes et ascendants. |
| Aragon | 65 % descendants | Sans abattement | Abattement le plus bas des CCAA qui l’appliquent. Conjoint : jusqu’à 99 % sous conditions. |
| Catalogne | Progressive : jusqu’à 99 % Groupe I ; décroissante Groupe II | Sans abattement | Système par tranches ; héritages moyens-élevés pour le Groupe II soumis à imposition significative. |
| Pays Basque | Barème foral : 1,5 %-4 % ligne directe | Barème foral propre | Pas d‘“abattement” mais taux structurellement réduit. |
| Navarre | Barème foral : 0,8 %-8 % ligne directe | Barème foral propre | Régime foral propre ; taux très bas pour la ligne directe. |
Coefficients multiplicateurs par patrimoine préexistant
La Loi 29/1987 prévoit que la cotisation résultant de l’application du barème soit multipliée par un coefficient variant selon le groupe de parenté et le patrimoine préexistant de l’héritier.
| Patrimoine préexistant de l’héritier | Groupes I et II | Groupe III | Groupe IV |
|---|---|---|---|
| Jusqu’à 402 678 € | 1,0000 | 1,5882 | 2,0000 |
| Entre 402 678 € et 2 007 380 € | 1,0500 | 1,6676 | 2,1000 |
| Entre 2 007 380 € et 4 020 771 € | 1,1000 | 1,7471 | 2,2000 |
| Plus de 4 020 771 € | 1,2000 | 1,9059 | 2,4000 |
Donations inter vivos : l’asymétrie par rapport aux héritages
Les donations (transmissions gratuites du vivant) sont soumises au même impôt (ISD) mais sous des règles propres et, en général, avec des abattements autonomiques moins généreux.
| Communauté Autonome | Abattement donations (Groupes I et II) | Différence vs. successions |
|---|---|---|
| Madrid | 99 % | Équivalent aux successions |
| Andalousie | Réduction propre jusqu’à 1 000 000 € par donateur-donataire | Favorable mais avec limite |
| Canaries | 99,9 % | Équivalent |
| Catalogne | Réduction autonomique limitée ; taux moyens-élevés | Moins favorable que l’héritage |
| Pays Basque | Barème foral réduit | Système propre ; faible imposition |
| Aragon | Sans abattement spécial générique | Moins favorable que l’héritage |
Cas pratiques numériques
Cas 1 — Héritage de 500 000 € à un enfant (Groupe II, 45 ans, patrimoine préexistant < 402 000 €)
Base imposable : 500 000 € Réduction nationale Groupe II : 15 957 € → Base liquidable : 484 043 €
Appliquant le barème national à 484 043 €, la cotisation brute est d’environ 88 520 €. Coefficient multiplicateur Groupe II patrimoine faible : 1,00.
| CCAA | Abattement | Cotisation effective approximative |
|---|---|---|
| Madrid | 99 % | ~885 € |
| Andalousie | 99 % | ~885 € |
| Canaries | 99,9 % | ~88 € |
| Cantabrie | 100 % | 0 € |
| Asturies | 100 % jusqu’à 300K€, barème ensuite | ~6 500 € (seulement sur l’excédent de 300K€) |
| Aragon | 65 % | ~30 900 € |
| Catalogne | Progressive décroissante Groupe II | ~28 000-35 000 € |
| Pays Basque (Gipuzkoa) | Barème foral ~3 % | ~15 000 € |
Planification fiscale : résidence du défunt et règle des 5 ans
La CCAA qui perçoit l’ISD est celle de la résidence habituelle du défunt pendant la période de plus longue durée des cinq années immédiatement précédant le décès (art. 28.1.1.ª Loi 22/2009).
Pour une planification légitime : Si un contribuable ayant un patrimoine significatif change sa résidence effective à Madrid ou aux Canaries avec au moins cinq ans d’avance et maintient cette résidence de façon réelle, l’héritage sera imposé avec les abattements de la nouvelle région. Il n’y a aucun obstacle légal à changer de résidence pour des raisons fiscales si le changement est réel.
Pour éviter la fraude : L’administration fiscale contrôle l’effectivité du changement de résidence via l’analyse de la consommation électrique, du dossier médical, de la domiciliation bancaire, des déplacements et de l’enregistrement à l’état civil.
Les non-résidents face à l’ISD espagnol
Les héritiers non-résidents en Espagne qui reçoivent des biens de défunts espagnols ou des biens situés en Espagne sont également soumis à l’ISD. Depuis la réforme introduite par la Loi 26/2014 :
- Les résidents dans l’UE/EEE peuvent opter pour la réglementation de la CCAA où se trouvent les biens de plus grande valeur, celle du domicile du défunt, ou celle du patrimoine le plus important de l’héritier.
- Les résidents hors UE/EEE restent soumis à la réglementation nationale sans option autonomique.
Orientation BMC pour la planification successorale
L’ISD est l’un des impôts avec le plus grand potentiel de planification légale en Espagne. La différence entre un héritage bien structuré et un autre qui ne l’est pas peut s’élever à des centaines de milliers d’euros pour les patrimoines moyens-élevés. Les leviers principaux sont le choix de résidence du défunt, la structure préalable des actifs (entreprise familiale, société patrimoniale, immeubles affectés), la temporalisation des donations du vivant et la rédaction du testament.
Chez BMC, le département fiscal conseille en planification successorale intégrale : analyse de la situation patrimoniale, simulation du coût de l’ISD dans différents scénarios, structuration de l’entreprise familiale pour appliquer la réduction de 95 % de l’art. 20.2.c de la Loi 29/1987, et coordination avec l’équipe juridique pour la rédaction du testament. Consultez nos services de planification fiscale.