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Différence entre compliance pénale et conformité normative

Sujet: différence entre compliance pénale conformité normative

Explication claire des différences entre le compliance pénale (responsabilité pénale de la personne morale) et la conformité normative générale : périmètre, caractère obligatoire, conséquences du manquement et comment intégrer les deux dans un système unifié.

7 min de lecture

Dans l'univers du droit des affaires, les termes « compliance pénale » et « conformité normative » sont souvent confondus, utilisés indifféremment ou regroupés sous la même étiquette. Cette confusion est coûteuse : elle conduit des entreprises à croire qu'elles sont protégées pénalement parce qu'elles disposent d'un manuel RGPD et d'un plan de prévention des risques professionnels, alors que ces instruments ne produisent aucun effet sur leur responsabilité pénale au titre de l'article 31 bis du Code pénal espagnol.

Définitions : deux concepts distincts sous un même chapeau

Conformité normative (compliance général)

La conformité normative — ou compliance dans son acception générale — désigne l’ensemble des politiques, procédures et contrôles qu’une organisation met en place pour s’assurer qu’elle respecte l’ensemble des lois, règlements et normes applicables à son activité. Son périmètre est aussi vaste que celui du cadre légal dans lequel l’entreprise opère.

Les disciplines les plus fréquentes relevant de la conformité normative générale sont : la protection des données personnelles (RGPD, LOPDGDD), la prévention du blanchiment et du financement du terrorisme (PBC/FT), le droit du travail et la prévention des risques professionnels, la réglementation fiscale, le droit de la concurrence, la réglementation sectorielle (financière, alimentaire, pharmaceutique, environnementale), la protection des consommateurs et la réglementation douanière.

Compliance pénale

Le compliance pénale est une discipline spécifique à l’intérieur du compliance général : il s’occupe exclusivement de la prévention des comportements susceptibles de constituer des infractions imputables à l’entreprise en tant que personne morale au titre de l’article 31 bis du Code pénal espagnol.

Sa particularité est que son respect produit des effets juridiques directs en procédure pénale : un modèle d’organisation et de gestion conforme aux six conditions de l’article 31 bis.5 CP peut exonérer entièrement l’entreprise de responsabilité pénale, même si l’un de ses dirigeants ou salariés a commis une infraction en son nom.

Les différences clés

DimensionConformité normativeCompliance pénale
PérimètreToutes les obligations légales applicablesExclusivement les infractions du catalogue art. 31 bis CP
Fondement légalChaque discipline a son propre texteArt. 31 bis à 31 quater et 33 CP
Caractère obligatoireDépend de chaque réglementationPas d’obligation légale générale, mais indispensable pour l’exonération pénale
Conséquences du manquementSanctions administratives, civilesResponsabilité pénale de l’entreprise (amendes, dissolution, interdiction)
Organisme de contrôleAutorités sectorielles (AEPD, CNMV, Banque d’Espagne…)Ministère public, juridictions pénales
Effet d’un programme efficaceRéduction du risque de sanction administrativeExonération ou atténuation de la responsabilité pénale

Comment intégrer les deux dans un système unifié

La tendance des grandes entreprises et des ETI est de construire un système de gestion de la conformité intégré qui couvre à la fois le compliance pénale et les autres obligations normatives. Cette approche est efficiente parce que plusieurs éléments sont communs : le canal d’alerte, la cartographie des risques, le code éthique, la formation et les procédures disciplinaires.

L’intégration requiert toutefois de maintenir clairement distingués les deux niveaux : le module de compliance pénale doit satisfaire aux conditions spécifiques de l’article 31 bis CP, indépendamment des autres modules de conformité normative. Une cartographie des risques RGPD n’est pas une cartographie des risques pénaux.

Quelle priorité pour votre entreprise ?

La priorité entre conformité normative générale et compliance pénale dépend du profil de risque de l’entreprise. Les entreprises opérant dans des secteurs fortement réglementés (finance, pharmacie, alimentation) doivent investir dans les deux. Les entreprises exposées à des risques de corruption, de blanchiment ou de fraude fiscale devraient prioritairement disposer d’un programme de compliance pénale. Les PME de moins de 50 salariés peuvent aborder le compliance pénale via le régime simplifié, mais doivent en tout état de cause satisfaire aux obligations normatives applicables à leur secteur.


Bárbara Botía Espín est avocate spécialisée en compliance pénale et en responsabilité pénale des personnes morales au sein de BMC.

Pourquoi la distinction est essentielle pour les entreprises espagnoles

En droit espagnol, la Ley Orgánica 1/2015 de réforme du Code pénal a introduit la responsabilité pénale des personnes morales pour un catalogue limité d’infractions. Le compliance pénal s’attache précisément à prévenir ces infractions et à démontrer que l’entreprise a mis en place des systèmes de contrôle adéquats — ce qui constitue, selon l’article 31 bis du Code pénal, une cause d’exonération ou d’atténuation de la responsabilité pénale.

La conformité normative, en revanche, couvre un spectre bien plus large : protection des données (RGPD, LOPDGDD), droit du travail, réglementations sectorielles (alimentaire, pharmaceutique, financière), normes anti-blanchiment, réglementations environnementales. Ne pas distinguer les deux disciplines conduit souvent à sous-estimer la gravité du risque pénal ou à surdimensionner certains programmes au détriment d’autres.

Les sept infractions du catalogue pénal espagnol

La responsabilité pénale des personnes morales en Espagne est limitée aux infractions prévues à l’article 31 bis CP et à celles expressément mentionnées dans le Code pénal. En 2026, le catalogue comprend principalement :

  1. Corruption entre particuliers (art. 286 bis CP) — notamment les pratiques commerciales déloyales entre entreprises.
  2. Corruption d’agents publics nationaux et étrangers (art. 424 CP, Convention OCDE).
  3. Financement illicite des partis politiques (art. 304 bis CP).
  4. Blanchiment de capitaux (art. 301 CP).
  5. Financement du terrorisme (art. 576 CP).
  6. Fraude fiscale supérieure à 120 000 € (art. 305 CP).
  7. Infractions contre la Sécurité sociale (art. 307 CP).
  8. Fraude aux subventions et aides publiques (art. 308 CP).
  9. Délits environnementaux (art. 325-327 CP).
  10. Délits informatiques (art. 264-264 ter CP).

Pour chacune de ces infractions, le programme de compliance pénal doit comporter une analyse de risque spécifique, des contrôles préventifs et des protocoles de détection.

Le modèle de compliance pénal en Espagne

Depuis la réforme de 2015, le modèle de référence pour les programmes de compliance pénal en Espagne est la norme UNE 19601 — équivalent espagnol de l’ISO 37001 pour la lutte anti-corruption, mais couvrant l’ensemble du risque pénal. Un programme conforme à l’UNE 19601 comprend six éléments fondamentaux :

  • Analyse de risques pénal : cartographie des expositions de l’entreprise aux infractions du catalogue.
  • Canal de signalement : système confidentiel permettant aux employés et tiers de signaler des violations potentielles (obligatoire depuis la Loi 2/2023 pour les entreprises de plus de 50 salariés).
  • Code de conduite : règles comportementales contraignantes pour tous les collaborateurs.
  • Formation : programme de formation adapté au niveau de risque de chaque fonction.
  • Responsable de compliance (CCO ou Chief Compliance Officer) : personne désignée avec autorité et ressources suffisantes.
  • Audits et révisions périodiques : contrôle indépendant de l’efficacité du programme.

La certification UNE 19601 par un organisme accrédité renforce significativement la valeur exonératoire du programme devant les tribunaux pénaux espagnols.

Indicateurs pour évaluer la maturité des programmes

Pour mesurer objectivement la maturité d’un programme de compliance, les entreprises utilisent généralement une échelle à cinq niveaux :

  • Niveau 1 (Inexistant) : absence de politiques formalisées.
  • Niveau 2 (Initial) : politiques documentées mais non systématiquement appliquées.
  • Niveau 3 (Défini) : processus standardisés, formation de base, canal de signalement opérationnel.
  • Niveau 4 (Géré) : métriques de suivi, audits internes réguliers, intégration dans les processus métier.
  • Niveau 5 (Optimisé) : amélioration continue, certification externe, benchmark sectoriel.

La plupart des PME espagnoles se situent entre les niveaux 2 et 3 pour le compliance normatif, et entre 1 et 2 pour le compliance pénal — d’où l’importance de prioriser les investissements en fonction du profil de risque réel de chaque entreprise.

BMC accompagne les entreprises espagnoles dans la conception et la mise en œuvre de programmes de compliance adaptés à leur taille et à leur secteur. Voir nos services de compliance.

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