La facturation électronique obligatoire entre entreprises et professionnels en Espagne, instaurée par la Loi 18/2022 sur la création et la croissance des entreprises (la « Ley Crea y Crece »), constitue un changement fondamental dans la gestion administrative des entreprises. Le règlement d'application, en attente d'approbation définitive courant 2023, précisera les délais et les exigences techniques de mise en œuvre.
Calendriers prévisionnels et état réglementaire actuel
Selon les prévisions réglementaires, les grandes entreprises (chiffre d’affaires supérieur à huit millions d’euros) disposeront d’un an à compter de l’approbation du règlement pour s’adapter. Les PME et les travailleurs indépendants disposeront de deux ans. L’objectif est que l’ensemble des transactions B2B en Espagne soient réalisées par facture électronique d’ici 2025-2026.
Contrairement à l’obligation de facturation électronique avec l’Administration publique (en vigueur depuis la Loi 25/2013 pour les contrats supérieurs à 5 000 €), qui utilise la plateforme FACe et le format Facturae, la nouvelle obligation B2B introduit le système VERI*FACTU. Celui-ci ajoute une couche supplémentaire de contrôle fiscal grâce à la transmission automatique, en quasi-temps réel, des enregistrements de facturation à l’AEAT.
Exigences techniques du système VERI*FACTU
Les factures électroniques doivent être émises dans un format structuré (XML/Facturae ou UBL) et respecter les exigences du système VERI*FACTU afin de garantir l’intégrité des données. Le système transmettra automatiquement les enregistrements de facturation à l’AEAT, rapprochant ainsi l’Espagne du modèle de déclaration en temps réel déjà opérationnel dans des pays tels que l’Italie (système SDI) et le Mexique (CFDI).
Les exigences techniques essentielles du système VERI*FACTU comprennent : la génération d’un hash ou empreinte numérique de chaque enregistrement de facturation pour en garantir l’intégrité ; la signature électronique des factures émises ; la transmission sécurisée à l’AEAT via les services web habilités ; et la tenue d’un journal d’événements documentant toute modification ou annulation.
Les logiciels de facturation utilisés par les entreprises doivent être homologués par l’AEAT pour satisfaire à ces exigences techniques. Cela signifie que tout programme de gestion ou tableur ne sera pas nécessairement adapté à l’émission de factures dans le cadre du nouveau système.
Différences avec le SII (Suministro Inmediato de Información)
Il est important de distinguer le système VERI*FACTU du SII, déjà en vigueur pour les entreprises dont le volume d’opérations dépasse six millions d’euros et celles inscrites au Registre de remboursement mensuel de la TVA. Les deux systèmes partagent l’objectif d’améliorer la capacité de contrôle fiscal de l’AEAT, mais selon des approches différentes.
Le SII exige la fourniture des livres de registre de TVA (factures émises, factures reçues, biens d’investissement) dans un délai de quatre jours ouvrables suivant l’opération. Le VERI*FACTU, en revanche, intervient au moment de l’émission de la facture, créant une copie inaltérable auprès de l’AEAT. Les entreprises déjà assujetties au SII bénéficieront d’un régime transitoire spécifique afin d’éviter une duplication des obligations.
Étapes de préparation
Les entreprises doivent auditer leurs systèmes de gestion actuels afin de déterminer leur compatibilité avec les formats requis. En cas d’incompatibilité, elles devront choisir entre la mise à jour du logiciel existant, la souscription d’une solution SaaS de facturation électronique ou l’intégration avec un prestataire de services de facturation électronique (PSE).
Le processus de préparation doit suivre les étapes suivantes : premièrement, un inventaire des systèmes de gestion actuels générant des factures (ERP, logiciel comptable, CRM avec module de facturation) et l’évaluation de leur compatibilité avec les nouvelles exigences ; deuxièmement, la sélection du logiciel homologué ou du PSE le plus adapté en fonction du volume de factures et de la complexité des processus ; troisièmement, l’adaptation des flux de travail internes pour intégrer les nouvelles étapes de signature électronique et de transmission ; et quatrièmement, la formation du personnel impliqué dans les processus de facturation.
Les entreprises à fort volume de factures (plus de 500 par mois) tireront particulièrement profit de l’automatisation grâce à une solution intégrée à leur ERP. Les PME à volumes plus faibles peuvent opter pour des solutions SaaS de facturation électronique dédiées, dont le coût se situe généralement entre 30 € et 80 € par mois selon le volume de factures et les fonctionnalités incluses.
Obligations du destinataire : pas seulement l’émission
Un aspect fréquemment négligé est que la Ley Crea y Crece n’oblige pas uniquement les entreprises à émettre des factures électroniques — elle exige également qu’elles soient en mesure de les recevoir et de les traiter. Cela implique que les entreprises doivent disposer d’une boîte de réception électronique pour la réception des factures, de processus internes pour leur validation et leur comptabilisation automatique, ainsi que de systèmes d’archivage conformes aux exigences légales de conservation (au minimum quatre ans en format électronique).
L’obligation d’accepter les factures électroniques des fournisseurs a des implications pour les services achats et comptabilité fournisseurs, qui doivent adapter leurs flux d’approbation et de paiement au traitement de documents en format structuré plutôt que de PDF ou de documents papier.
Les opportunités de la numérisation
Une préparation anticipée permet de tirer parti de la numérisation pour automatiser les processus de rapprochement, réduire les erreurs et améliorer le contrôle de la trésorerie. Les entreprises ayant adopté la facturation électronique avant l’obligation constatent une réduction moyenne de 60 à 80 % du temps consacré à la gestion des factures, grâce à l’élimination de tâches manuelles telles que l’impression, l’envoi postal, l’archivage physique et la saisie manuelle des données dans le système comptable.
Par ailleurs, l’accès en temps réel au statut de chaque facture — émise, reçue, acceptée, payée — permet une gestion du besoin en fonds de roulement nettement plus efficace et réduit le délai moyen d’encaissement. Pour une entreprise dont la facturation mensuelle s’élève à 100 000 €, la réduction du délai moyen d’encaissement de 45 à 30 jours libère environ 50 000 € de trésorerie, avec les économies financières correspondantes.
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