De nombreuses sociétés françaises qui souhaitent installer des salariés en Espagne sans y créer d'entité juridique immédiatement se tournent vers les solutions Employer of Record (EOR). La question qui se pose systématiquement : ce montage permet-il au salarié de bénéficier de la loi Beckham ? La réponse est nuancée et dépend d'un test de substance que l'AEAT applique de façon croissante.
Qu’est-ce qu’un Employer of Record (EOR) ?
Un Employer of Record est une entité tierce qui devient l’employeur légal d’un salarié dans le pays cible, sans que la société cliente (ici, le groupe français) ait besoin de créer sa propre entité locale. L’EOR :
- Signe le contrat de travail avec le salarié
- Gère la paie et les bulletins de salaire espagnols
- S’acquitte des cotisations de Sécurité Sociale espagnoles
- Assume les obligations légales d’employeur au titre du droit du travail espagnol
En contrepartie, la société cliente règle une redevance mensuelle à l’EOR et conserve le contrôle opérationnel du travail du salarié.
La loi Beckham est-elle compatible avec un montage EOR ?
La condition formelle : satisfaite
L’Art. 93 LIRPF exige pour la voie « travailleur déplacé » une relation de travail avec une entité espagnole. Un EOR disposant d’une Sociedad Limitada espagnole satisfait cette exigence formelle : le contrat de travail est espagnol, l’employeur légal est espagnol, l’inscription à la Sécurité Sociale est gérée en Espagne.
Le test de substance AEAT : le vrai enjeu
L’AEAT ne s’arrête pas à la forme contractuelle. Son analyse porte sur la réalité économique du montage : l’EOR exerce-t-il une véritable fonction d’employeur, ou n’est-il qu’un sous-traitant administratif masquant que le véritable employeur est la société française ?
Les cinq indicateurs examinés :
| Indicateur | EOR robuste | EOR administratif |
|---|---|---|
| Définition du périmètre du poste | Participatif (EOR + client) | Uniquement le client étranger |
| Supervision quotidienne | Partagée ou EOR | Entièrement le client étranger |
| Autorité de sanction/licenciement | EOR (avec accord client) | Uniquement le client étranger |
| Nécessité de la présence en Espagne | Documentée | Non justifiée |
| Capacité opérationnelle propre | Personnel RH espagnol, clients multiples | Aucune activité hors paie |
Un EOR dont toutes les décisions d’employeur remontent au client français risque que l’AEAT requalifie le montage et dénie le bénéfice du régime Beckham rétroactivement.
Conséquences du refus en cas d’audit
Si l’AEAT conclut lors d’un audit que l’EOR manquait de substance :
- Le régime Beckham est nié rétroactivement pour toutes les années contrôlées
- Des rappels d’imposition sont émis : différence entre 24% appliqué et IRPF progressif réel (jusqu’à 47%)
- Des intérêts de retard s’ajoutent (actuellement ~4,06% par an)
- Des pénalités peuvent s’appliquer (généralement 15% à 50% du différentiel d’impôt)
Pour un salarié gagnant 200 000 € par an, l’exposition sur 3 exercices peut dépasser 100 000 €.
La voie nomade numérique : une alternative structurellement plus propre
Pour les travailleurs à distance dont au moins 80% des revenus proviennent de clients ou employeurs étrangers, la voie nomade numérique (Art. 93.1.d LIRPF) évite entièrement la question de substance EOR. Le salarié conserve son contrat avec la société française, obtient le visa nomade numérique en Espagne, et bénéficie du régime Beckham via cette voie spécifique.
Avantages de la voie nomade numérique vs EOR :
- Pas de coût d’EOR
- Pas de risque de substance
- Relation contractuelle directe avec la société française préservée
Contrainte : le seuil de 80% de revenus non-espagnols doit être maintenu pendant toute la durée du régime.
Checklist due diligence EOR — questions à poser avant de s’engager
Avant de souscrire à un service EOR dans le cadre d’un projet de relocalisation sous régime Beckham, BMC recommande de poser les questions suivantes :
- L’EOR dispose-t-il d’une Sociedad Limitada espagnole enregistrée (pas juste un bureau de représentation) ?
- Le contrat de travail désigne-t-il l’EOR comme employeur (pas la société cliente) ?
- L’EOR a-t-il des consultants RH basés en Espagne qui participent aux décisions d’emploi ?
- L’EOR sert-il d’autres clients au-delà du vôtre ? (indicateur de capacité économique indépendante)
- Peut-il démontrer sa capacité à exercer une autorité disciplinaire indépendante ?
- A-t-il une expérience spécifique dans la gestion des Formulaires 149 et l’application du régime Beckham ?
- Est-il prêt à émettre un avis juridique sur la substance de l’emploi pour les besoins d’un éventuel audit AEAT ?
BMC évalue les fournisseurs EOR dans le cadre de ses missions de relocalisation et peut recommander des prestataires dont la structure répond aux critères de substance AEAT.
Synthèse
L’EOR et la loi Beckham sont compatibles — mais uniquement si l’EOR est structuré pour exercer une véritable fonction d’employeur, pas pour être un sous-traitant de paie transparent. Avant de valider un montage EOR dans ce contexte, BMC recommande un audit de substance systématique pour éviter des corrections rétroactives coûteuses.