La facturation électronique est devenue une obligation légale progressive en Espagne. Deux initiatives législatives convergentes s'imposent aux entreprises : le système Verifactu (registre et transmission en temps réel des données de facturation à l'AEAT) et l'obligation de facturation électronique inter-entreprises (B2B) issue de la Loi Créa y Crece. Les entreprises qui n'anticipent pas cette transition risquent des sanctions et des perturbations opérationnelles.
Le cadre légal : deux obligations distinctes
Verifactu : enregistrement et transmission à l’AEAT
Le système Verifactu, régi par le Règlement royal 1007/2023, impose aux entreprises et aux travailleurs indépendants dotés d’un logiciel de facturation d’utiliser un logiciel qui :
- Enregistre chaque facture émise dans un registre infalsifiable (technologie de chaîne de blocs ou mécanisme équivalent)
- Génère un code QR unique pour chaque facture, permettant sa vérification par l’AEAT et par l’acheteur
- Transmet les données de facturation à l’AEAT en temps réel (modalité Verifactu) ou les conserve disponibles pour consultation (modalité non-Verifactu)
La modalité Verifactu (transmission en temps réel) présente l’avantage d’une présomption de conformité et d’une dispense de présentation de certains livres-registres de TVA.
Facturation électronique B2B (Loi Créa y Crece)
La Loi 18/2022, du 28 septembre, dite Loi Créa y Crece, impose que les factures entre entreprises soient émises et reçues en format électronique structuré (généralement XML ou formats dérivés). L’objectif est d’éliminer la facture papier dans les transactions B2B et de réduire les délais de paiement.
Les délais prévus sont progressifs selon la taille de l’entreprise :
- Grandes entreprises (CA supérieur à 8 millions d’euros) : obligation en premier
- PME et travailleurs indépendants : délai supplémentaire après la publication du règlement de développement
Les étapes de la transition
Étape 1 — Audit de votre situation actuelle. Identifiez le logiciel de facturation que vous utilisez, son statut de conformité Verifactu et votre volume mensuel de factures. Si vous émettez moins de 100 factures par mois, la transition est peu complexe. Au-delà, la gestion des flux entrants et sortants doit être anticipée.
Étape 2 — Choisir un logiciel homologué. L’AEAT publie une liste des logiciels de facturation qui satisfont aux exigences Verifactu. Les critères de choix incluent : le coût (abonnement mensuel vs licence), l’intégration avec votre logiciel comptable actuel, les formats de sortie pris en charge (Facturae, UBL, Peppol) et le support technique en Espagne.
Étape 3 — Former vos équipes. Les personnes chargées de la facturation doivent être formées au nouveau processus : émission en format structuré, transmission à l’AEAT, gestion des factures rectificatives et conservation des fichiers électroniques.
Étape 4 — Adapter votre processus de réception des factures. La facturation électronique B2B implique également de recevoir les factures de vos fournisseurs en format électronique. Votre système comptable doit être capable de traiter ces formats.
Étape 5 — Vérifier l’archivage électronique. Les factures électroniques doivent être conservées pendant la même durée que les factures papier (4 ans pour les obligations fiscales, selon le droit espagnol). L’archivage doit garantir l’intégrité, la lisibilité et l’authenticité des documents.
Opportunités de la transition
La facturation électronique obligatoire représente une contrainte à court terme, mais offre des opportunités réelles à moyen terme : réduction des coûts d’impression et d’affranchissement, accélération du traitement des factures et de la comptabilisation, diminution des erreurs de saisie, amélioration de la gestion du poste client et accès facilité aux financements de créances commerciales (affacturage, financement de factures).
Les PME qui anticipent la transition dès maintenant pourront bénéficier de ces gains opérationnels avant que l’obligation légale ne soit effective.
BMC accompagne les PME dans la mise en conformité avec les nouvelles obligations de facturation électronique en Espagne. Consultez-nous pour un diagnostic de votre situation actuelle.
Cadre réglementaire : les instruments normatifs de la facturation électronique obligatoire en Espagne
Loi 18/2022 du 28 septembre (Crea y Crece), article 12 : Cette loi constitue la base légale principale de l’obligation de facturation électronique B2B en Espagne. L’article 12 impose à tous les entrepreneurs et professionnels — quelle que soit leur taille — d’émettre et d’accepter des factures électroniques dans leurs relations commerciales B2B. La mise en œuvre progressive est définie par décret d’application : les entreprises avec un chiffre d’affaires annuel supérieur à 8 millions d’euros seront soumises en premier, suivies par toutes les autres entreprises et travailleurs indépendants un an plus tard. La loi mandate l’utilisation de formats standardisés et d’opérateurs de facturation accrédités.
Décret Royal 1007/2023 du 5 décembre (Règlement de facturation électronique) : Ce règlement d’application précise les obligations de la loi 18/2022. Il définit les formats conformes — UBL (Universal Business Language) et Facturae — comme formats obligatoires pour les factures électroniques B2B. Il établit le processus d’accréditation des solutions de facturation électronique et des opérateurs de réseau (PEPPOL ou équivalent espagnol), et fixe les sanctions pour non-conformité : jusqu’à 10 000 euros pour les PME et jusqu’à 1 % du chiffre d’affaires annuel pour les grandes entreprises qui n’émettent pas de factures électroniques conformes. Le règlement impose également des statuts de facture (accusé de réception, acceptation, rejet, paiement) que les destinataires doivent renvoyer dans des délais définis.
Obligation B2G existante : Loi 25/2013 : L’obligation de facturation électronique dans les relations avec les administrations publiques (B2G) existe en Espagne depuis 2015 pour les factures supérieures à 5 000 euros, et depuis 2017 sans seuil pour tous les fournisseurs de l’administration. La nouvelle obligation B2B de la loi 18/2022 est une extension aux relations commerciales privées, utilisant les mêmes formats techniques (Facturae, UBL). Les entreprises qui ont déjà une expérience B2G bénéficient d’un avantage dans la mise en oeuvre B2B.
Erreurs fréquentes dans la préparation à la facturation électronique obligatoire
Erreur 1 : Choisir un logiciel de facturation non encore accrédité. Le règlement 1007/2023 prévoit que les solutions de facturation et les opérateurs de réseau doivent obtenir une accréditation officielle. Les entreprises qui acquièrent des solutions non encore accréditées risquent de devoir changer de logiciel ultérieurement — avec les coûts de migration de données et d’intégration que cela implique. Avant tout achat ou abonnement, il convient de vérifier si le fournisseur a obtenu ou est en cours d’obtention de l’accréditation requise par le règlement.
Erreur 2 : Traiter la facturation électronique comme un projet informatique uniquement. La mise en conformité avec la facturation électronique obligatoire n’est pas seulement une question technique : elle implique une révision des processus de gestion des comptes clients, de validation des factures, de traitement des statuts de facture reçus et d’intégration avec la comptabilité. Les entreprises qui délèguent le projet uniquement à leur équipe informatique sans impliquer les équipes financières et comptables échouent souvent à couvrir toutes les dimensions de conformité, notamment le traitement des statuts de réception obligatoires et la conservation des factures dans les délais légaux.
Erreur 3 : Ne pas informer les clients et fournisseurs des nouvelles modalités d’émission et de réception. La facturation électronique est un processus bilatéral : l’émetteur doit s’assurer que le destinataire est en mesure de recevoir et de traiter des factures électroniques dans les formats conformes. Les entreprises qui mettent en conformité leurs systèmes d’émission sans communiquer à leurs clients et fournisseurs les nouvelles modalités et calendriers risquent des rejets de factures, des retards de paiement et des perturbations dans leur cycle financier.
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