L'année 2026 est marquée par l'entrée en vigueur pleine et entière de DAC8 — la directive européenne sur l'échange automatique d'informations relatives aux crypto-actifs —, par la consolidation du cadre de taxation minimale mondiale et par plusieurs modifications techniques de portée significative en matière d'impôt sur les sociétés et de fiscalité internationale. Pour les entreprises disposant de structures internationales ou exposées aux actifs numériques, cette année représente un nouveau standard de transparence fiscale avec des implications concrètes sur leur planification et leur conformité.
DAC8 : la déclaration automatique des crypto-actifs arrive en Europe
La directive (UE) 2023/2226 — dite DAC8 — contraint les prestataires de services sur crypto-actifs (CASP) établis dans l’Union européenne à déclarer annuellement à l’autorité fiscale de leur État membre d’enregistrement les transactions effectuées par leurs utilisateurs. Ces données sont échangées automatiquement entre les administrations fiscales de l’UE, reproduisant le modèle qui a fait ses preuves pour les comptes bancaires et les structures financières depuis l’entrée en vigueur de la norme CRS.
Les données déclarées comprennent : l’identification du titulaire du compte, le solde en fin d’exercice, les opérations d’achat-vente avec leur montant en euros, et les virements vers et depuis la plateforme. Les CASP doivent appliquer des procédures de diligence raisonnable pour identifier leurs clients et leur résidence fiscale, en accordant une attention particulière aux utilisateurs pouvant être résidents fiscaux dans d’autres États membres.
Pour les entreprises ayant utilisé des exchanges européens pour gérer leur trésorerie en cryptomonnaies ou réaliser des investissements, DAC8 signifie que l’AEAT disposera d’informations complètes sur leurs opérations à compter de l’exercice 2026. Tout écart avec les déclarations antérieurement déposées donnera automatiquement lieu à une proposition de régularisation.
Pilier Deux en régime de croisière : le taux minimum se consolide
À compter de 2026, l’impôt complémentaire du Pilier Deux fonctionne en plein régime de croisière. Les groupes concernés — dont le chiffre d’affaires consolidé dépasse 750 millions d’euros — qui ont effectué les calculs initiaux et adapté leurs systèmes de reporting en 2024 et 2025 doivent désormais gérer l’obligation de façon continue et efficiente.
La principale complexité en 2026 réside dans l’interaction entre l’impôt complémentaire national qualifié (QDMTT) qu’Espagne a adopté pour les filiales locales de groupes étrangers, et les règles d’inclusion du revenu (IIR) appliquées par d’autres États membres à leurs sociétés mères sur leurs filiales établies en Espagne. Les groupes dont des filiales sont établies dans des pays n’ayant pas encore adopté des QDMTT équivalents doivent faire preuve d’une vigilance particulière pour éviter la double imposition ou des lacunes dans la chaîne d’imputation.
Nouvelles déductions IS pour 2026
Le dispositif normatif approuvé en 2025 introduit pour 2026 un ensemble de déductions orientées vers la transition numérique et écologique :
Déduction pour numérisation : Les investissements en logiciels de gestion d’entreprise certifiés, en intelligence artificielle appliquée aux processus de production et en cybersécurité ouvrent droit à une déduction de 15 % sur le montant net de l’impôt dû, plafonnée à 10 % du montant ajusté de la cotisation d’IS. Cette déduction est compatible avec la réserve d’investissement prévue par la loi sur les start-ups.
Déduction pour investissement en actifs verts : Les investissements en équipements et technologies réduisant les émissions de CO₂ certifiées par l’IDAE ouvrent droit à une déduction de 10 %, portée à 15 % pour les entreprises disposant d’un plan de décarbonation approuvé. La documentation de l’impact environnemental est une condition impérative pour que la déduction soit valide.
Renforcement de la déduction pour création d’emploi : La déduction pour l’embauche de travailleurs handicapés est étendue, et une nouvelle déduction de 50 % du coût salarial additionnel (dans la limite de 6 000 € par salarié) est introduite pour l’embauche de jeunes de moins de 30 ans sous contrat à durée indéterminée, dans des zones où le taux de chômage des jeunes est supérieur à 30 %.
Modifications de la fiscalité des dividendes transfrontaliers
La transposition en cours de la directive ATAD 3 introduit de nouvelles restrictions au régime d’exonération des dividendes et des plus-values sur filiales dans le cadre de l’impôt sur les sociétés. L’exonération prévue à l’article 21 de la loi IS — qui permet de ne pas intégrer dans la base imposable les dividendes de filiales détenues à plus de 5 % depuis au moins un an — est limitée à compter de 2026 lorsque la filiale ne remplit pas certaines conditions de substance économique réelle.
Cela concerne tout particulièrement les structures holding disposant de filiales dans des juridictions à faible imposition qui bénéficiaient de la protection de conventions de double imposition. Les groupes détenant de telles structures doivent vérifier si leurs filiales satisfont aux nouvelles exigences de substance ou s’il est nécessaire de revoir la structure sociétaire.
Retenues à la source sur redevances et intérêts : nouveau barème
La révision de la Convention multilatérale de l’OCDE et son incidence sur le réseau de conventions de double imposition de l’Espagne introduisent en 2026 un barème actualisé de retenues à la source sur les paiements transfrontaliers de redevances (royalties) et d’intérêts entre entités liées. Les taux varient entre 5 % et 15 % selon la convention applicable et la nature du revenu. Les entreprises effectuant régulièrement des paiements à des non-résidents au titre de licences logicielles, de brevets ou d’intérêts sur prêts intragroupe doivent revoir les taux applicables.
Contexte 2025 : évolutions de l’exercice précédent pertinentes pour 2026
Taux de TVA à 0 % sur les denrées alimentaires de base (consolidé en 2025)
L’année 2025 a consolidé l’application du taux de TVA à 0 % aux denrées alimentaires de base : pain ordinaire et farines panifiables, lait, fromages, œufs, fruits, légumes, légumineuses, céréales et huiles d’olive. Cette mesure a un impact direct sur la déclaration de TVA 2025 pour les opérateurs du secteur alimentaire : les déclarations trimestrielles de TVA (Modelo 303) de l’exercice 2025 doivent refléter la classification correcte de ces ventes à 0 %, assortie du droit de déduire intégralement la TVA amont afférente.
Première expérience de la conformité au Pilier Deux (2024–2025)
Les groupes concernés ont accumulé en 2024–2025 leur première expérience pratique du dépôt du GIR (Global Information Return) et du calcul du taux effectif d’imposition par juridiction. Les incidents les plus fréquemment constatés : (1) erreurs dans l’affectation des bases imposables ajustées selon les règles GloBE par rapport à la base fiscale locale ; (2) application incorrecte des exclusions de minimis ; (3) défaut de coordination entre l’équipe fiscale de la filiale espagnole et la fonction de consolidation du groupe. Pour 2026, ces groupes doivent disposer d’un processus interne stabilisé et documenté.
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Cadre réglementaire spécifique : principales modifications législatives fiscales en 2026
Le panorama fiscal 2026 est marqué par la consolidation des mesures introduites en 2024–2025 et par l’entrée en pleine vigueur de nouveaux cadres fiscaux européens.
Loi 7/2024 du 20 décembre — Impôt complémentaire global (Pilier Deux OCDE, BOE 21 décembre 2024) : Transpose la directive UE 2022/2523. L’article 14 définit le champ d’application subjectif : groupes multinationaux et grands groupes nationaux dont le chiffre d’affaires est supérieur à 750 M€. L’article 23 réglemente l’impôt complémentaire national qualifié (ICNC/QDMTT dans la terminologie GloBE) : si le taux effectif d’un groupe en Espagne est inférieur à 15 %, l’Espagne prélève la différence avant le pays de l’entité mère. Les articles 35 à 50 réglementent la règle d’inclusion du revenu (IIR) pour les sociétés mères espagnoles détenant des filiales dans des juridictions à faible taux. Le formulaire d’information GIR doit être déposé dans un délai de 15 mois à compter de la clôture de l’exercice (article 47, loi 7/2024).
Décret-loi royal 2/2026 du 10 janvier (BOE 11 janvier 2026) : Introduit les mesures fiscales pour l’exercice 2026 prévues dans la loi de finances de l’État (du fait de la prorogation budgétaire). L’article 3 proroge le taux de 15 % pour les nouvelles entités IS pendant les deux premiers exercices avec une base imposable positive (LIS article 29.1). L’article 7 maintient le taux de TVA à 0 % sur les denrées alimentaires de base. L’article 12 instaure la réduction du revenu net calculé selon le régime d’évaluation forfaitaire pour certains secteurs touchés par des phénomènes météorologiques.
Décret royal 862/2025 du 30 septembre — Mise à jour du règlement IS (BOE 1er octobre 2025) : Modifie la documentation requise pour les prix de transfert dans les opérations avec parties liées. L’article 13 du règlement (modifié) relève le seuil de documentation complète (master file + local file) de 45 M€ à 50 M€ de chiffre d’affaires du groupe. L’article 16 dispose que le Modelo 232 doit être adapté au nouveau format validé par l’AEAT à compter du dépôt relatif à l’exercice 2025 (déposé en 2026).
Loi de l’impôt sur le revenu des personnes physiques (loi 35/2006) — Nouveautés sur la taxation des revenus de l’épargne : Le barème en vigueur pour 2026 sur la base d’imposition de l’épargne : 19 % jusqu’à 6 000 € ; 21 % de 6 001 € à 50 000 € ; 23 % de 50 001 € à 200 000 € ; 27 % de 200 001 € à 300 000 € ; 28 % au-delà de 300 000 €. La tranche à 28 % a été introduite par le RDL 16/2025 (BOE 30 décembre 2025) et s’applique depuis le 1er janvier 2026 aux plus-values, dividendes et intérêts de l’épargne supérieurs à 300 000 €.
TVA — Modifications en 2026 : La directive UE 2022/542 sur les taux réduits de TVA, transposée en Espagne par la loi de finances 2024, consolide l’application du taux réduit de 10 % aux biens et services numériques qui se substituent à des produits physiques. Le régime OSS (guichet unique) pour les services B2C intraeuropéens est consolidé avec le seuil de 10 000 € pour les micro-entreprises opérant dans d’autres États membres sans établissement stable.
Exemple pratique : impact des actualités fiscales 2026 sur une entreprise SaaS B2B
Entreprise : SaaS Empresarial España, S.L. — éditeur de logiciels de gestion, 35 salariés, 4,2 M€ de chiffre d’affaires (80 % de clients espagnols, 20 % de clients européens B2B). Associé fondateur détenant 70 % du capital.
Impact des nouveautés fiscales 2026 :
| Mesure | Impact quantifié |
|---|---|
| Taux IS 15 % (nouvelles entités — 3e exercice à résultat positif) | Non applicable (entreprise à son 7e exercice) |
| Pilier Deux (taux minimum 15 %) | Non applicable (groupe < 750 M€) |
| Nouveau taux IRPP épargne 28 % (> 300 000 €) | Associé : plus-value potentielle 480 000 € → imposition additionnelle : (480 000 – 300 000) × 1 % additionnel = 1 800 € supplémentaires vs. 2025 |
| Déduction R&D actualisée (charges 180 000 € × 25 %) | 45 000 € de déduction sur la cotisation IS |
| TVA OSS clients européens (< 10 000 € en provenance de chaque pays) | Pas de changement : l’entreprise dépasse déjà le seuil en France |
| Économie fiscale nette 2026 | 43 200 € |
Erreurs fréquentes dans l’application des actualités fiscales 2026
Erreur 1 — Ne pas déposer le GIR pour le Pilier Deux par méconnaissance de l’obligation : Les groupes dont le chiffre d’affaires annuel dépasse 750 M€ doivent déposer le Global Information Return (GIR) dans un délai de 15 mois à compter de la clôture de l’exercice (article 47, loi 7/2024). Le non-dépôt est passible d’amendes pouvant atteindre 100 000 € (LGT, article 199, appliqué à la nouvelle infraction définie par la loi 7/2024). De nombreux groupes espagnols disposant de filiales internationales ignorent cette obligation lorsque la société mère est une entreprise de taille intermédiaire qui vient tout juste de dépasser le seuil.
Erreur 2 — Ne pas tenir compte du nouveau taux IRPP de 28 % dans la planification des plus-values : Les associés qui envisagent de céder des participations ou de percevoir des dividendes supérieurs à 300 000 € en 2026 doivent intégrer le nouveau taux de 28 % dans leurs calculs d’imposition. Les plans de désinvestissement préparés sur la base du taux maximum de 27 % (en vigueur jusqu’en 2025) doivent être actualisés.
Erreur 3 — Confondre le régime OSS de TVA avec le seuil de 10 000 € par État membre : Le régime OSS (guichet unique) établit que les ventes B2C de biens et de services numériques à des consommateurs d’autres États membres sont soumises à la TVA du pays du consommateur. Les micro-entreprises dont les ventes transfrontalières sont inférieures à 10 000 € au total (et non par pays) peuvent continuer à appliquer la TVA espagnole. Si ce seuil est dépassé, l’entreprise doit s’inscrire à l’OSS de l’AEAT pour déclarer et payer la TVA de tous les pays de l’UE dans un formulaire unique.
Erreur 4 — Ne pas documenter la déduction pour R&D au cours de l’exercice : La déduction prévue à l’article 35 de la loi IS exige que les charges de R&D soient documentées avec précision : description du projet, heures de personnel affectées, matériaux, sous-traitances et résultat innovant obtenu. Sans documentation au fil de l’exercice, la reconstitution ultérieure est difficile et la déduction est exposée à un rejet lors d’un contrôle fiscal.
Erreur 5 — Ignorer les modifications relatives à la documentation des prix de transfert : Le décret royal 862/2025 modifie les seuils et les formats de documentation des opérations avec parties liées. Les entreprises dépassant les nouveaux seuils (50 M€ de chiffre d’affaires du groupe) doivent préparer le master file et le local file conformément au nouveau format avant le dépôt du Modelo 232 relatif à l’exercice 2025 (déposé en 2026).
Prochaines étapes pour adapter votre entreprise aux actualités fiscales 2026
- Examiner l’éligibilité au Pilier Deux : vérifier si le groupe (filiales étrangères et entités associées incluses) dépasse 750 M€ de chiffre d’affaires ; si ce seuil est proche, effectuer un suivi trimestriel pour ne pas manquer l’obligation de dépôt du GIR.
- Actualiser la planification de la rémunération de l’associé pour 2026 : recalculer l’impact du nouveau taux de 28 % sur les plus-values et dividendes ; évaluer s’il est plus efficace d’anticiper la distribution de dividendes sur l’exercice 2025 (taux maximum 27 %) ou de la différer avec d’autres mécanismes de rémunération.
- Mettre en place un système de documentation R&D : implémenter un dispositif de suivi des projets avec feuilles de temps du personnel, enregistrement des charges spécifiques et description de l’objectif innovant ; réviser mensuellement pour s’assurer que le dossier est complet et auditable.
- Préparer la documentation des prix de transfert conformément au décret royal 862/2025 : si le groupe dépasse les seuils actualisés, mettre à jour le master file et le local file avant le dépôt du Modelo 232 relatif à l’exercice 2025.
- Réviser la classification TVA des ventes B2C européennes : si l’entreprise vend à des consommateurs finaux dans d’autres pays de l’UE, vérifier si elle dépasse le seuil global de 10 000 € de ventes transfrontalières ; si tel est le cas, s’inscrire à l’OSS de l’AEAT avant la première déclaration de l’exercice.
Chez BMC, nous maintenons notre conseil fiscal pleinement à jour des évolutions législatives de chaque exercice afin que nos clients bénéficient de tous les avantages applicables et respectent leurs obligations dans les délais. Demandez une révision fiscale 2026.
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