Le régime spécial des impatriés, connu sous le nom de loi Beckham (art. 93 de la Loi 35/2006 sur l'Impôt sur le revenu des personnes physiques), s'est consolidé en 2026 comme l'un des outils de compétitivité fiscale les plus puissants pour attirer les talents internationaux en Espagne. Les améliorations introduites par la Loi 28/2022, du 21 décembre (Loi Startups), et développées par des règlements d'application, ont élargi historiquement l'éventail des bénéficiaires éligibles.
Évolutions 2026 : qui peut désormais en bénéficier
Avant (jusqu’en 2022)
Seuls les salariés détachés en Espagne par leur employeur ou ayant conclu un contrat de travail avec une entreprise espagnole pouvaient accéder au régime des impatriés.
Maintenant (depuis la Loi Startups, consolidée en 2026)
| Profil | Accès au régime |
|---|---|
| Salariés | Oui (comme auparavant) |
| Freelances qualifiés / travailleurs indépendants | Oui (nouveau) |
| Entrepreneurs établissant leur base en Espagne | Oui (nouveau) |
| Administrateurs d’entités (détenant ≤ 25 % du capital) | Oui |
| Télétravailleurs internationaux (visa nomade numérique) | Oui |
| Professionnels hautement qualifiés en startups | Oui |
Conditions générales
- Ne pas avoir été résident fiscal en Espagne au cours des 5 années fiscales précédant le déménagement.
- Relocalisation en territoire espagnol : que ce soit dans le cadre d’un contrat de travail, au démarrage d’une activité économique ou à l’acquisition du statut d’administrateur.
- Dépôt de l’option auprès de l’AEAT via le Formulaire 149 dans les 6 mois suivant l’inscription à la Sécurité sociale ou au registre IAE.
Conditions spécifiques pour les freelances
Les professionnels indépendants doivent démontrer que :
- Ils fournissent des services principalement à des entreprises non-résidentes ou à des entreprises résidentes non liées.
- Ou leur activité relève de l’une des activités entrepreneuriales et d’innovation reconnues par la Loi 28/2022.
Conditions spécifiques pour les entrepreneurs
Les entrepreneurs doivent :
- Établir ou diriger une entreprise émergente certifiée par l’ENISA en vertu de la Loi 28/2022.
- Établir leur base d’opérations en Espagne.
Régime fiscal
| Concept | Régime impatrié | IRPF ordinaire |
|---|---|---|
| Revenus d’emploi/d’activité en Espagne (jusqu’à 600 000 €) | 24 % | 19–47 % (progressif) |
| Revenus d’emploi/d’activité en Espagne (> 600 000 €) | 47 % | 47 % |
| Dividendes et intérêts de sources espagnoles | 19 % | 19–28 % |
| Plus-values de sources espagnoles | 19 % | 19–28 % |
| Revenus de sources étrangères | Exonérés (sauf emploi) | Imposition mondiale |
| Actifs détenus à l’étranger | Exonérés de l’Impôt sur la fortune | Imposition mondiale |
| Obligation de déclaration Formulaire 720 | Non | Oui |
| Durée | 6 années fiscales | — |
Exemple pratique
Un ingénieur logiciel ayant vécu aux États-Unis pendant 10 ans s’installe en Espagne pour travailler pour une fintech espagnole avec un salaire de 150 000 € par an. Sous le régime IRPF général, le montant total d’impôt sur 150 000 € serait d’environ 55 000 € (taux Madrid). Sous la loi Beckham, le montant dû est de 36 000 € (24 %). Économie annuelle : environ 19 000 €. Sur 6 ans, l’économie cumulée dépasse 100 000 €.
Un freelance qualifié fournissant des services de développement logiciel à des clients américains s’installe en Espagne. Facturation annuelle : 200 000 €, entièrement de clients non-résidents. Sous le régime IRPF général, l’impôt sur 200 000 € de revenu net serait d’environ 80 000 €. Sous la loi Beckham, l’impôt sur le même revenu brut est de 48 000 € (24 %). Économie annuelle : environ 32 000 €.
Visa de nomade numérique
La Loi Startups a créé un visa spécifique pour les nomades numériques permettant à son titulaire de résider et de travailler en Espagne jusqu’à 5 ans. Les nomades numériques peuvent simultanément accéder au régime des impatriés, en combinant :
- Résidence légale en Espagne (visa nomade numérique).
- Imposition préférentielle (loi Beckham, taux fixe 24 %).
- Exonération sur les revenus de sources étrangères.
Le visa de nomade numérique requiert de justifier qu’au moins 80 % des revenus proviennent de clients ou employeurs non espagnols.
Interaction avec les conventions fiscales bilatérales
Les impatriés qui ont opté pour le régime spécial sont imposés en tant que non-résidents pour les besoins de l’IRPF espagnol, mais ils sont résidents fiscaux en Espagne aux fins des conventions de double imposition (CDI). Cela leur permet de :
- Obtenir un certificat de résidence fiscale en Espagne délivré par l’AEAT.
- Appliquer les CDI pour éviter la double imposition sur les revenus de sources étrangères.
- Bénéficier des taux réduits prévus par les CDI sur les dividendes, intérêts et redevances.
Pour les résidents fiscaux français envisageant une relocalisation, la Convention fiscale franco-espagnole du 10 octobre 1995 régit les règles de résidence (art. 4), l’imposition des revenus d’emploi (art. 15), des dividendes (art. 10), des intérêts (art. 11) et des redevances (art. 12), ainsi que les mécanismes d’élimination de la double imposition (art. 24).
Erreur fréquente : délai du Formulaire 149
La raison la plus fréquente de perte du bénéfice de la loi Beckham est le dépassement du délai de dépôt du Formulaire 149. L’option doit être déposée dans les 6 mois suivant la date d’inscription à la Sécurité sociale (pour les salariés et travailleurs indépendants) ou au registre IAE (pour les entrepreneurs). C’est l’étape la plus critique dans le temps.
Une fois la fenêtre de 6 mois écoulée, l’option ne peut plus être exercée pour cette année fiscale — il n’existe aucun recours pour dépôt tardif.
Impôt sur la fortune et Formulaire 720
Pendant les années d’application du régime des impatriés :
- Aucune obligation d’Impôt sur la fortune sur les actifs situés hors d’Espagne. Seuls les actifs de source espagnole (comptes bancaires espagnols, immobilier espagnol, actions de sociétés espagnoles) sont soumis à l’Impôt sur la fortune. Pour les professionnels disposant de portefeuilles d’investissement internationaux importants, cela peut générer des économies annuelles substantielles.
- Aucune obligation de dépôt du Formulaire 720. Le Formulaire 720 oblige les résidents fiscaux espagnols à déclarer les avoirs étrangers supérieurs à 50 000 € par catégorie. Les impatriés en sont exonérés pendant toute la durée du régime.
Recommandations
- Freelances internationaux : évaluer leur éligibilité au régime avant d’établir leur résidence fiscale en Espagne. Consulter un conseil fiscal espagnol avant le déménagement.
- Entrepreneurs : obtenir la certification d’entreprise émergente ENISA en étape préalable.
- Nomades numériques : traiter le visa spécifique et déposer l’option du régime des impatriés dans les 6 mois (Formulaire 149).
- Planification patrimoniale : tirer parti de l’exonération d’Impôt sur la fortune sur les actifs étrangers et de l’absence d’obligation de Formulaire 720 pendant les 6 ans d’application.
- Coordination avec le pays d’origine : vérifier la situation fiscale dans le pays d’origine pour éviter les conflits de résidence — la Convention franco-espagnole de 1995 est le texte de référence pour les ressortissants et résidents fiscaux français.
BMC est spécialisé dans le régime des impatriés et la planification fiscale internationale pour professionnels et entrepreneurs. En savoir plus sur nos services loi Beckham.