Pour les ressortissants français qui envisagent de s'installer en Espagne pour entreprendre ou travailler à distance, deux visas dominent la question : le visa entrepreneur (Ley 14/2013) et le visa nomade numérique (Art. 61 bis LOEx, introduit par la Ley 28/2022). Les deux sont compatibles avec le régime Beckham, mais ils ciblent des profils radicalement différents.
La distinction fondamentale : créer vs exercer
La différence entre les deux visas se ramène à une question simple :
- Vous avez déjà une activité (clients ou employeur) et vous voulez la continuer depuis l’Espagne ? → Visa nomade numérique
- Vous voulez créer une nouvelle entreprise en Espagne ? → Visa entrepreneur
Cette distinction semble évidente, mais de nombreux demandeurs font l’erreur inverse — utiliser le visa nomade numérique pour lancer une startup espagnole, ou tenter le visa entrepreneur sans projet réellement validable.
Visa entrepreneur : pour les fondateurs qui créent en Espagne
Conditions principales
Le visa entrepreneur (Ley 14/2013, Arts. 67-69) est conçu pour les ressortissants non-UE qui souhaitent créer et développer une activité entrepreneuriale innovante ou d’intérêt économique particulier pour l’Espagne.
Exigences clés :
- Rapport ENISA obligatoire : Le projet fait l’objet d’un rapport d’ENISA, sollicité d’office par l’UGE-CE et non demandé par le candidat. L’appréciation porte sur le profil et l’implication de chaque associé, le plan d’affaires y compris l’investissement requis et ses sources, et la valeur ajoutée pour l’Espagne. L’art. 70.1 retient le caractère innovant et/ou l’intérêt économique particulier pour l’Espagne : ce sont deux voies indépendantes.
- Pas de seuil de revenus minimum : Contrairement au nomade numérique, pas de barème de revenus fixes. Des moyens économiques suffisants pour s’établir doivent être prouvés.
- Pas d’obligation de 80% de revenus étrangers : L’entrepreneur peut cibler le marché espagnol dès le départ.
- Extrait de casier judiciaire vierge des 5 dernières années de résidence.
Le processus ENISA
La validation ENISA est l’étape distinctive du visa entrepreneur. Elle comprend :
- Dépôt du plan d’affaires sur la plateforme ENISA
- Analyse du dossier par ENISA, sollicitée d’office par l’UGE-CE (dix jours ouvrables, art. 70.1)
- Entretien éventuel avec les équipes ENISA
- Délivrance du rapport de validation (favorable ou défavorable)
- Dépôt de la demande de visa auprès du consulat espagnol ou de l’UGE (si déjà en Espagne)
ENISA évalue principalement : le caractère innovant du projet, la compétence entrepreneuriale du fondateur, le potentiel de marché (espagnol et international), et le potentiel de création d’emploi ou de valeur ajoutée.
Interaction avec le régime Beckham
Le visa entrepreneur ouvre la voie au régime Beckham via la route Art. 93.1.c LIRPF (entrepreneurs innovants certifiés). Cette route est distincte de la route nomade numérique et n’impose pas de condition de 80% de revenus étrangers.
Visa nomade numérique : pour les télétravailleurs
Conditions principales
Le visa de télétravailleurs internationaux (Art. 61 bis LOEx, Ley 28/2022) est destiné aux ressortissants non-UE qui travaillent à distance pour des entreprises ou clients établis en dehors de l’Espagne.
Exigences clés :
- 80% de revenus provenant de sources non-espagnoles : Condition maintenue pendant toute la durée du visa et du régime Beckham.
- Revenus minimum : 200% du SMI mensuel (environ 2 368 € par mois en 2026).
- Contrat de travail ou preuve d’activité à l’étranger : Contrat de travail avec un employeur étranger, ou preuves de contrats avec des clients non-espagnols (si travailleur indépendant).
- Pas de validation ENISA requise.
Avantages vs visa entrepreneur
| Critère | Visa nomade numérique | Visa entrepreneur |
|---|---|---|
| Délai d’obtention | 1-2 mois | 3-5 mois |
| Rapport préalable | Aucun | Rapport ENISA, sollicité d’office |
| Seuil de revenus | 200% SMI (prouvé) | Pas de minimum fixe |
| Clientèle cible | Non-espagnole à 80% | Espagnole et internationale |
| Phase pré-revenus | Non adapté | Adapté |
Route Beckham : Art. 93.1.d LIRPF
Le visa nomade numérique accède au régime Beckham via la route télétravailleurs internationaux (Art. 93.1.d LIRPF). La condition des 80% de revenus non-espagnols s’applique non seulement au visa mais aussi à cette route fiscale.
Qui doit choisir quoi ?
Profil nomade numérique idéal
- Développeur freelance avec clients européens ou américains
- Salarié d’une entreprise étrangère passant à 100% remote
- Consultant spécialisé avec clientèle internationale établie
- Ce qui ne fonctionne pas : Fondateur d’une startup ciblant le marché espagnol, prestataire principalement pour des clients espagnols
Profil visa entrepreneur idéal
- Fondateur de startup tech avec un projet innovant validable
- Entrepreneur qui veut créer une société espagnole (SL) et embaucher en Espagne
- Personne souhaitant lancer une activité en Espagne sans revenus externes initiaux
- Ce qui ne fonctionne pas : Télétravailleurs pour entreprise étrangère sans projet de création d’entreprise espagnole
La double erreur la plus coûteuse
Erreur 1 : Visa nomade numérique pour une startup espagnole
Un fondateur français qui développe une app ciblant le marché espagnol et utilise le visa nomade numérique pour couvrir son activité risque :
- De ne pas remplir la condition des 80% de revenus étrangers dès que l’app génère des revenus en Espagne
- De perdre le régime Beckham si l’AEAT considère que l’activité principale est espagnole
- De se retrouver en situation irrégulière si le visa est contesté
Erreur 2 : Visa entrepreneur sans projet validable
Un télétravailleur qui tente d’obtenir le visa entrepreneur pour contourner la condition des 80% du nomade numérique, en présentant un projet peu convaincant, s’expose à un rapport défavorable et à un refus motivé. La perte n’est pas seulement de temps : elle oblige à repartir sur un dossier reconstruit, alors que le recours d’alzada court sur un mois.
BMC accompagne ce choix dès la phase de structuration du projet, en analysant le profil d’activité et en recommandant la voie optimale (visa, structure juridique, régime fiscal) avant toute démarche administrative.
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