La Loi 36/2011, du 10 octobre, Régulatrice de la Juridiction Sociale (Ley Reguladora de la Jurisdicción Social, LRJS) est la norme procédurale qui régit toutes les procédures devant les juridictions et tribunaux de l'ordre social en Espagne. Lorsqu'un salarié conteste un licenciement, lorsqu'une entreprise défend la légalité d'un ERE (expediente de regulación de empleo), lorsqu'un syndicat engage un conflit collectif ou lorsqu'on discute de la reconnaissance d'une prestation de la Sécurité sociale, c'est la LRJS qui dicte les règles du procès. Sa connaissance est indispensable pour toute entreprise employant des salariés en Espagne, car les délais dans la procédure du travail sont très brefs et leur non-respect entraîne souvent des conséquences définitives.
Champ d’application et compétence de la juridiction sociale
La LRJS a élargi significativement le champ de la juridiction sociale par rapport à son prédécesseur, la Loi de Procédure du Travail de 1995. L’article 1 LRJS déclare que les organes juridictionnels de l’ordre social connaissent des prétentions formées dans la branche sociale du droit, tant dans les conflits individuels que collectifs.
Matières relevant de la juridiction sociale
L’article 2 LRJS énumère les matières de compétence de l’ordre social :
- Contrat de travail : naissance, modification, suspension et extinction.
- Sécurité sociale : reconnaissance et refus de prestations, cotisations, infractions patronales.
- Prévention des risques professionnels : majorations de prestations, responsabilité patronale lors d’accidents du travail et de maladies professionnelles.
- Conventions collectives : contestation et interprétation.
- Conflits collectifs.
- Tutelle des droits fondamentaux et libertés publiques dans le cadre de la relation de travail.
- Réclamations contre le Fondo de Garantía Salarial (FOGASA — équivalent de l’AGS française).
- Contestation de sanctions administratives en matière de travail et de prévention des risques.
La procédure ordinaire du travail : articles 80 à 101 LRJS
La procédure ordinaire est la voie générale pour résoudre les réclamations individuelles de travail sans procédure spéciale propre.
La demande
La demande (demanda, art. 80 LRJS) doit être présentée par écrit devant le tribunal du travail et doit contenir :
- Désignation du tribunal compétent.
- Données d’identification du demandeur et du défendeur.
- Exposé des faits sur lesquels se fonde la prétention.
- Énumération et description des moyens de preuve à administrer.
- Pétition précise de ce qui est demandé.
L’audience
L’audience (art. 82-97 LRJS) est la pièce centrale de la procédure du travail. Elle se tient en une seule session où sont concentrés tous les actes procéduraux :
- Le demandeur ratifie ou complète la demande.
- Le défendeur répond oralement sans avoir besoin d’écrit préalable.
- La preuve est administrée : documentaire, testimoniale, interrogatoire des parties, expertise.
- Les parties formulent leurs conclusions orales.
- Le juge peut rendre le jugement oralement ou se réserver le délai de cinq jours ouvrables.
La procédure de licenciement : articles 103 à 113 LRJS
Délai de forclusion
L’article 103 LRJS établit que l’action en contestation du licenciement doit être exercée dans le délai de forclusion de vingt jours ouvrables à compter du jour suivant celui du licenciement. La présentation de la convocation à la conciliation devant le SMAC suspend le délai de forclusion depuis son dépôt jusqu’à la tenue de l’acte ou jusqu’à ce que quinze jours ouvrables se soient écoulés sans qu’il ait eu lieu.
Effets du jugement de licenciement (art. 108-110 LRJS)
Le jugement peut qualifier le licenciement de :
- Régulier (procedente) : le licenciement est valide, aucune indemnité supplémentaire.
- Abusif (improcedente) : l’employeur doit opter entre réintégrer le salarié avec paiement des salaires de traitement ou verser l’indemnité légale (33 jours par an, maximum 24 mensualités). Si le salarié est représentant légal des travailleurs, l’option appartient au salarié.
- Nul : lorsqu’il viole des droits fondamentaux ou survient dans certaines circonstances de protection spéciale (grossesse, allaitement, congés maladie). La conséquence est la réintégration obligatoire avec paiement des salaires de traitement.
Conflits collectifs : articles 153-162 LRJS
La procédure de conflit collectif permet de résoudre de manière unitaire et avec effet erga omnes les litiges affectant un groupe indéterminé de salariés ou l’ensemble d’une masse salariale.
Parties ayant qualité pour agir
Ont qualité pour initier le conflit collectif (art. 155 LRJS) : les syndicats implantés dans le champ du conflit, les associations patronales lorsqu’il s’agit d’interpréter une convention collective supra-entreprise, les comités d’entreprise et délégués du personnel, et la représentation patronale lorsqu’il s’agit d’interpréter une convention.
Traitement préférentiel et effets
La procédure de conflit collectif est déclarée urgente et préférentielle par l’article 157 LRJS. Le jugement rendu dans la procédure de conflit collectif produit autorité de chose jugée sur les procédures individuelles pendantes et futures portant sur le même objet.
Le recours en suplication : article 191 LRJS
Le recours en suplication est le recours dévolutif ordinaire dans la juridiction sociale.
Cas dans lesquels il est possible
L’article 191 LRJS établit que le recours en suplication est possible contre les jugements de première instance lorsque :
- Le montant du litige dépasse 3 000 euros.
- Le jugement a statué sur un licenciement ou une extinction du contrat.
- Le jugement statue sur une classification professionnelle, une modification substantielle ou une mobilité géographique.
- Le jugement a été rendu dans une procédure de Sécurité sociale dont le montant dépasse le seuil établi.
Motifs du recours
L’article 193 LRJS établit que le recours en suplication ne peut être fondé que sur trois motifs :
- Méconnaissance des formes essentielles du procès par violation des normes régissant le jugement.
- Révision des faits déclarés prouvés, au vu des preuves documentaires et d’expertise administrées.
- Violation des normes de l’ordonnancement juridique ou de la jurisprudence applicables à l’espèce.
Dépôt et consignation pour former le recours
L’entreprise qui souhaite former un recours en suplication doit, avant sa présentation (art. 229 LRJS) : déposer 300 euros sur le compte du tribunal et, si le jugement la condamne au paiement d’une somme, consigner ladite somme en totalité.
Comment nous pouvons vous aider
La procédure du travail exige d’agir dans des délais très brefs. Un licenciement non contesté dans les vingt jours ouvrables est un licenciement définitif. En BMC, notre équipe de droit du travail gère la défense des entreprises dans toutes les instances de la juridiction sociale.
Nos services de droit du travail, licenciement abusif et ERE et licenciement collectif couvrent depuis la rédaction de la lettre de licenciement et la stratégie processuelle à l’audience, jusqu’à l’introduction du recours en suplication devant le TSJ et, le cas échéant, le recours en cassation pour l’unification de doctrine devant le Tribunal Suprême.