Le 31 décembre 2026 constitue la date limite définitive pour s'inscrire à la Zona Especial Canaria (ZEC) — le régime fiscal le plus avantageux d'Espagne pour les entreprises des secteurs industriel, technologique et des services. Passée cette date, seules les entités déjà inscrites continueront de bénéficier du taux d'impôt sur les sociétés de 4 % jusqu'à l'expiration de l'autorisation du régime en 2027. Les entreprises qui ne seront pas inscrites avant la fin de l'année 2026 auront définitivement manqué cette opportunité.
Qu’est-ce que la ZEC et quel est son fondement juridique ?
La Zona Especial Canaria a été créée par la Loi 19/1994 du 6 juillet, modifiant le Régime économique et fiscal des Canaries, dans le cadre des incitations que l’UE autorise pour ses régions ultrapériphériques en vertu de l’article 349 du Traité sur le fonctionnement de l’Union européenne. La Commission européenne a autorisé le régime ZEC par la Décision C(2000)1840 et ses renouvellements successifs ; l’autorisation actuelle couvre les nouvelles inscriptions jusqu’au 31 décembre 2026 et l’activité des entités inscrites jusqu’au 31 décembre 2027.
Le régime est régi par les articles 28 à 50 de la Loi 19/1994 et mis en œuvre par le Décret royal 1758/2007, qui établit le Consortium ZEC en tant qu’organisme gestionnaire et définit la procédure d’inscription et de suivi.
Le taux de 4 % : quelle base imposable couvre-t-il ?
Le taux d’impôt sur les sociétés de 4 % ne s’applique pas à l’intégralité de la base imposable de l’entité, mais uniquement à la fraction correspondant aux opérations réalisées physiquement aux Canaries, dans la limite d’un plafond proportionnel au nombre d’emplois locaux, conformément à l’article 43 de la Loi 19/1994 :
| Emplois aux Canaries | Base maximale imposée à 4 % |
|---|---|
| 5 - 8 salariés | 1 800 000 € |
| 9 - 11 salariés | 2 500 000 € |
| 12 - 14 salariés | 3 100 000 € |
| 15 - 17 salariés | 3 600 000 € |
| 18 - 20 salariés | 4 200 000 € |
| 21 - 24 salariés | 4 900 000 € |
| 25+ salariés | 5 400 000 € + 485 000 € par emploi supplémentaire |
La base imposable excédant le plafond est soumise au taux standard de 25 % (ou de 15 % pour les sociétés nouvellement créées au cours de leurs deux premiers exercices bénéficiaires). Pour une entreprise disposant d’un million d’euros de bénéfices attribuables à la ZEC et de 5 salariés, l’économie fiscale par rapport au régime de droit commun dépasse 210 000 € par an.
Conditions d’inscription : ce que la ZEC exige réellement
Pour s’inscrire au Registre officiel des entités de la ZEC, une entreprise doit satisfaire simultanément aux conditions suivantes et les maintenir tout au long de son appartenance au régime :
Siège social et direction effective aux Canaries. L’entité doit avoir son siège social et son domicile fiscal aux Canaries, et la direction et le contrôle effectifs de l’activité doivent être exercés depuis l’archipel. Cela implique que les dirigeants et administrateurs résident ou exercent leur activité réelle dans les îles.
Emploi minimum avec contrats de travail. Au moins 5 salariés dans les îles majeures (Gran Canaria ou Tenerife) ou 3 dans les îles mineures (Lanzarote, Fuerteventura, La Palma, La Gomera, El Hierro). Ces postes doivent être pourvus dans la première année d’activité et maintenus pendant toute la durée du régime.
Investissement minimum en actifs fixes. 100 000 € en actifs fixes situés aux Canaries (équipements, installations, biens immobiliers) pour les entités établies dans les îles majeures, ou 50 000 € dans les îles mineures, dans la première année.
Activités éligibles. Toutes les activités économiques ne sont pas éligibles à la ZEC. La Loi 19/1994 énumère les activités autorisées, qui comprennent l’industrie manufacturière, la technologie (développement de logiciels, services informatiques, télécommunications), les activités environnementales, le transport maritime et certains services aux entreprises. Les activités exclues comprennent les services financiers, l’immobilier généraliste, le commerce de détail aux consommateurs finaux et la construction résidentielle.
La procédure d’inscription : phases et délais
L’inscription à la ZEC nécessite de suivre une procédure formelle auprès du Consortium ZEC et de l’Agence fiscale (AEAT) :
Phase 1 : rapport préalable du Consortium ZEC. La première étape consiste à soumettre au Consortium un mémoire descriptif de l’activité, incluant le projet d’activité, le plan d’investissement, le plan d’emploi et les documents de la société. Le Consortium émet un avis obligatoire (bien que non contraignant pour l’AEAT) sur l’éligibilité de l’activité. Cette étape prend généralement de 4 à 8 semaines.
Phase 2 : constitution ou adaptation de la société. Les nouvelles sociétés doivent être constituées sous forme de SA ou SL espagnole avec un siège social aux Canaries. Si une société espagnole continentale existante souhaite accéder au régime, l’approche standard consiste à constituer une filiale canarienne ou à transférer le siège social, ce qui requiert une substance économique réelle dans les îles afin d’éviter que l’AEAT ne traite l’entité comme un établissement stable sans activité locale effective.
Phase 3 : demande formelle auprès de la Délégation spéciale de l’AEAT aux Canaries. La demande formelle est déposée auprès de la Délégation spéciale de l’AEAT aux Canaries, accompagnée du rapport du Consortium, de l’acte constitutif, des justificatifs de résidence des salariés et de la documentation relative à l’investissement. L’AEAT dispose de trois mois pour statuer ; le silence vaut rejet.
Phase 4 : début de l’activité. Une fois inscrite, l’entité doit démarrer son activité aux Canaries dans l’année suivant l’inscription et satisfaire aux exigences en matière d’emploi et d’investissement au cours de cette première année d’exploitation.
ZEC et Pilier Deux : sont-ils compatibles ?
Une question fréquemment posée par les groupes internationaux est celle de la compatibilité du taux ZEC de 4 % avec l’impôt minimum mondial du Pilier Deux (transposé en Espagne par la Loi 7/2024). La réponse est que les groupes multinationaux dont le chiffre d’affaires dépasse 750 millions d’euros et qui opèrent par l’intermédiaire d’une entité ZEC à 4 % génèreront un écart par rapport au minimum mondial de 15 %. Cet écart devra être acquitté sous forme de Top-Up Tax au niveau de la société mère, qu’elle soit espagnole ou étrangère.
Pour les groupes en dessous du seuil du Pilier Deux, la ZEC conserve l’intégralité de son avantage fiscal. Pour les grands groupes, le bénéfice est réduit mais non supprimé : la ZEC génère des économies sur l’impôt espagnol d’origine tandis que le Pilier Deux impose un complément d’impôt au niveau de la société mère. L’analyse coûts-bénéfices demeure favorable dans la plupart des cas, bien qu’elle nécessite une modélisation spécifique à chaque groupe.
Ce qu’il convient de faire avant la clôture de l’échéance
Les entreprises envisageant la ZEC doivent engager le processus sans tarder. La date limite d’inscription du 31 décembre 2026 n’admet aucune prolongation, et l’ensemble de la procédure, de la première consultation à l’inscription effective, prend généralement entre quatre et six mois. Attendre le second semestre 2026 crée un risque réel de ne pas mener la procédure à terme dans les délais impartis.
Les secteurs enregistrant la plus forte adhésion au régime sont la technologie, la logistique internationale, les services professionnels destinés à des clients hors des Canaries et les activités environnementales liées à la transition énergétique — autant de domaines pour lesquels la ZEC constitue un avantage concurrentiel difficilement égalable ailleurs dans l’UE.
Chez BMC, notre équipe fiscale spécialisée accompagne les entreprises dans l’analyse d’éligibilité à la ZEC, la structuration du projet et la procédure d’inscription auprès du Consortium. Découvrez nos services de planification fiscale internationale.