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Liquidation de société : fiscalité des associés en Espagne

Sujet: liquidation société fiscalité associés Espagne

Liquidation de SL/SA (arts. 360-396 LSC) et traitement fiscal des associés : IRPF art. 37.1.e, IS art. 21 LIS, TVA sur les biens adjugés, aspects intragroupe et combinaison avec le régime FEAC en Espagne.

9 min de lecture

La liquidation d’une société — le processus par lequel la personne morale s’éteint, les actifs sont réalisés, les dettes sont payées et le reliquat est distribué aux associés — a des conséquences fiscales qui concernent aussi bien la société en liquidation elle-même que, surtout, ses associés. Du point de vue de l’associé, la question centrale est de déterminer quand le boni de liquidation reçu génère un revenu imposable, quelle qualification a ce revenu et quels montants sont exonérés ou réduisent simplement la valeur d’acquisition. La réponse dépend de la qualité de l’associé (personne physique ou morale), du type d’actifs distribués lors de la liquidation et de l’existence de structures de groupe préalables susceptibles de donner lieu à des opérations entre parties liées.

Cadre légal

Droit des sociétés : arts. 360-396 LSC

La procédure de liquidation des sociétés de capitaux est régie par les arts. 360 à 396 du Décret législatif royal 1/2010 (LSC). Les phases essentielles sont :

  • Dissolution (arts. 360-370) : ouverture de la période de liquidation, soit pour cause légale (art. 363 LSC), soit par décision volontaire de l’assemblée générale (art. 368 LSC). Après la dissolution, la société conserve sa personnalité juridique mais son activité est limitée aux actes nécessaires à la liquidation.
  • Liquidation proprement dite (arts. 371-396) : les liquidateurs assument les fonctions de l’organe d’administration, procèdent à l’inventaire et au bilan de liquidation initial, paient les dettes sociales et recouvrent les créances en cours.
  • Quota de liquidation (art. 391 LSC) : après paiement de toutes les dettes, l’actif net (boni de liquidation) est distribué aux associés au prorata de leur participation, sauf si les statuts prévoient une autre règle.
  • Extinction (art. 395 LSC) : elle intervient avec l’inscription de l’acte d’extinction au Registre du Commerce, après publication du bilan final et ouverture du délai de contestation.

Régime fiscal : LIRPF et LIS

  • LIRPF (Loi 35/2006), art. 37.1.e : la plus-value ou moins-value de l’associé personne physique lors de la liquidation est calculée comme la différence entre la valeur du boni de liquidation reçu et le coût d’acquisition de la participation. La plus-value s’intègre dans la base imposable de l’épargne de l’IRPF et est imposée aux taux de 19–28 %.
  • LIS (Loi 27/2014), art. 21 : si l’associé personne morale détient une participation minimale de 5 % dans la société liquidée depuis au moins un an, il peut appliquer l’exonération de 95 % sur le revenu obtenu lors de la liquidation (les 5 % restants sont imposés au taux IS standard de 25 %, résultant en un taux effectif de 1,25 %).
  • LIS, art. 17 : les actifs distribués lors de la liquidation sont valorisés à la valeur de marché dans les comptes de la société en liquidation, indépendamment de leur valeur comptable. La différence entre la valeur de marché de l’actif distribué à l’associé et sa valeur comptable génère un produit dans la société en liquidation qui doit être imposé à l’IS du dernier exercice.

Traitement en IRPF (associé personne physique)

L’art. 37.1.e LIRPF établit le calcul de la plus-value ou moins-value de l’associé personne physique comme suit :

Boni de liquidation reçuCoût d’acquisition de la participation = Plus-value ou moins-value

Le coût d’acquisition comprend :

  • Le prix original d’acquisition des parts sociales.
  • Les augmentations de capital souscrites au fil du temps.
  • Les corrections résultant de réductions de capital antérieures avec restitution d’apports (qui auront réduit le coût conformément à l’art. 37.1.e lui-même).

Le boni de liquidation peut être constitué de :

  • Espèces : valorisation directe.
  • Actifs en nature (immeubles, participations dans d’autres entités, etc.) : valorisés à la valeur de marché du bien distribué au moment de la liquidation.

Le revenu résultant s’intègre dans la base de l’épargne et est imposé aux taux applicables aux plus-values (19 %, 21 %, 23 %, 27 % ou 28 % selon les tranches).

Traitement en IS (associé personne morale)

Lorsque l’associé est une entité assujettie à l’IS, le boni de liquidation reçu est comptabilisé comme produit. Le montant du produit est la différence entre la valeur de marché des actifs reçus et la valeur comptable de la participation dans la société liquidée.

Exonération art. 21 LIS : si l’entité associée remplit les conditions de participation minimale (5 % du capital ou prix d’acquisition supérieur à 20 M€) et d’ancienneté minimale (un an de détention ininterrompue), elle peut appliquer l’exonération de 95 % sur le revenu obtenu lors de la liquidation.

L’exonération ne s’applique pas lorsque la société liquidée détient principalement des actifs immobiliers sans exercer d’activité économique, dans certains scénarios liés aux règles anti-abus de l’art. 21.10 LIS.

Traitement en TVA pour les biens distribués

La distribution d’actifs lors de la liquidation peut constituer une livraison de biens soumise à la TVA, notamment si :

  • La société en liquidation était un assujetti à la TVA et distribue des actifs affectés à son activité professionnelle.
  • Il s’agit d’immeubles dont la cession est soumise et non exonérée de TVA (première ou second cycle immobilier avec renonciation à l’exonération).

La société en liquidation qui effectue la distribution agit en tant qu’assujetti à la TVA pour cette livraison. L’associé adjudicataire supporte la TVA correspondante.

Si la cession est exonérée de TVA (immeubles de seconde main sans renonciation), elle sera soumise à l’ITP dans la modalité Transmissions Patrimoniales Onéreuses, aux taux applicables dans la communauté autonome concernée.

Aspects intragroupe et opérations entre parties liées

Dans la liquidation de sociétés faisant partie d’un groupe d’entreprises, les aspects liés aux opérations entre parties liées sont particulièrement pertinents :

  • Valorisation des actifs distribués : les actifs transférés à l’associé personne morale lors de la liquidation doivent être valorisés à la valeur de marché (art. 17 LIS). Une valorisation inférieure peut générer un produit dans la société en liquidation et, corrélativement, un produit inférieur à ce que l’associé devrait comptabiliser.
  • Créances intragroupe en cours : si la société en liquidation a des créances ou des dettes envers d’autres entités du groupe, leur annulation ou leur exécution préalable à la distribution du boni de liquidation a ses propres effets fiscaux.

Combinaison avec le régime FEAC dans les liquidations-fusions

Dans certains cas, la liquidation d’une société peut être canalisée par une fusion par absorption avec une autre entité du groupe, sous le régime de neutralité fiscale FEAC (Fusions, Scissions, Apports d’actifs et Échanges de valeurs) régi par les arts. 76 et suivants de la LIS.

Cette combinaison permet de différer l’imposition des plus-values latentes de la société liquidée au moment de la cession future des participations ou actifs absorbés par l’entité successeure. Toutefois, elle requiert :

  • Que l’opération soit motivée par des raisons économiques valides (art. 89.2 LIS), documentées avant son exécution.
  • La notification à l’AEAT dans les trois mois suivant l’inscription de la fusion au Registre du Commerce.
  • Que l’obtention d’un avantage fiscal ne soit pas le seul motif — critère de vérification appliqué par l’AEAT dans les contrôles FEAC.

Cas typiques

Société patrimoniale avec associé unique personne physique : la société a accumulé des réserves et des actifs (immeubles, portefeuille d’investissements). Lors de la liquidation, l’associé reçoit la valeur nette des actifs. La plus-value de l’associé personne physique est calculée comme la différence entre ce montant et le coût d’acquisition de ses parts sociales. Si la société avait des plus-values latentes sur les actifs distribués, elle est imposée à l’IS à hauteur de ces plus-values avant de distribuer le boni.

Filiale opérationnelle dans un groupe : une filiale d’un groupe cesse son activité et est liquidée. L’associé personne morale (la société mère) reçoit le boni de liquidation. Si la mère détient une participation minimale de 5 % depuis plus d’un an, elle applique l’exonération de l’art. 21 LIS sur le revenu de liquidation.

Liquidation pour supprimer une entité dans une restructuration : dans le cadre d’une réorganisation de groupe, il est décidé de simplifier la structure en éliminant des entités intermédiaires par voie de liquidation. L’analyse compare le coût fiscal de la liquidation (IS dans la filiale, revenu éventuel dans la mère) par rapport à celui d’une fusion par absorption sous le régime FEAC.

Erreurs courantes relevées par l’AEAT

  1. Ne pas valoriser les actifs distribués à la valeur de marché : distribuer les actifs à la valeur comptable au lieu de la valeur de marché. La société en liquidation doit comptabiliser la différence comme produit dans sa déclaration IS de la période de liquidation.

  2. Omettre de déclarer la plus-value de l’associé au titre du boni de liquidation : confondre la liquidation avec une réduction de capital ou une restitution de prime d’émission. Chaque opération dispose d’un régime propre et elles ne sont pas équivalentes en matière d’IRPF.

  3. Ne pas vérifier le respect des conditions de l’art. 21 LIS avant d’appliquer l’exonération : l’exonération pour l’associé personne morale exige que les conditions de participation minimale, d’ancienneté et les autres conditions soient simultanément remplies.

  4. Omettre les obligations fiscales de la période de liquidation : la société en liquidation doit déposer ses déclarations IS, TVA et retenues à la source correspondant à la période de liquidation. L’inscription de la radiation au registre n’éteint pas automatiquement les obligations fiscales en cours.

  5. Ne pas documenter le motif économique valide dans les combinaisons liquidation-FEAC : dans les fusions par absorption se substituant à une liquidation, l’AEAT examine si le motif économique valide existe ou si l’opération est structurée uniquement pour différer l’imposition. La documentation préalable est essentielle.

Conclusion

La liquidation d’une société n’est pas uniquement un processus de clôture sociale : elle a des conséquences fiscales pertinentes pour la société qui s’éteint et pour les associés qui reçoivent le boni de liquidation. L’associé personne physique est imposé sur la plus-value au titre de l’art. 37.1.e LIRPF ; l’associé personne morale peut appliquer l’exonération de l’art. 21 LIS si les conditions sont remplies, avec une imposition effective réduite. La distribution d’actifs non monétaires génère des obligations supplémentaires en TVA ou ITP. Et la combinaison avec le régime FEAC offre la possibilité de différer l’imposition lorsque l’opération est motivée par des raisons économiques valides. Une planification détaillée en amont de la procédure de liquidation détermine quelle voie disponible minimise le coût fiscal total.

Service lié : Planification fiscale chez BMC | Dissolution et liquidation de sociétés

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