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Du freelance italien à la résidence fiscale espagnole : structure fiscale optimale 2026

Comment un freelance italien qui a dépassé le seuil du régime forfettario (85 000 €) peut structurer une transition fiscalement efficace vers l'Espagne : SRL italienne avant la relocalisation, exit tax art. 166 TUIR, Convention Italie-Espagne 1977, et régime Beckham appliqué à ce profil — avec des chiffres 2026 vérifiés.

8 min de lecture

Sujet: du freelance italien à la résidence fiscale espagnole

Un freelance IT italien de 38 ans, gagnant 112 000 € en 2025 en facturant des services de conseil logiciel à des clients milanais et à une entreprise SaaS allemande, a dépassé le seuil de 100 000 € en automne, déclenchant une uscita immediata du forfettario. Un calcul rapide a révélé une charge fiscale effective légèrement supérieure à 53% pour l'exercice. La question posée à BMC n'était pas « comment payer moins ? » mais « quelle est la bonne structure pour la prochaine phase de ma carrière, et l'Espagne joue-t-elle un rôle ? » Ce guide fournit le cadre technique pour répondre à cette question.

Sortie du forfettario : pourquoi vous partez et ce qui s’ouvre

Le régime forfettario, régi par la L. 197/2022, est un régime fiscal à taux unique substitutif disponible pour les travailleurs indépendants italiens. Il applique un taux fixe — 15% en règle générale, réduit à 5% pour les nouvelles entreprises dans leurs cinq premières années — non sur le bénéfice net mais sur un revenu notionnel calculé en multipliant le chiffre d’affaires brut par un coefficiente di redditività spécifique au code ATECO. Pour les prestations informatiques et les professions libérales, ce coefficient est généralement de 78%.

Le régime a deux seuils de sortie :

  • Sortie ordinaire : le chiffre d’affaires annuel dépasse 85 000 € mais reste en dessous de 100 000 €. Le contribuable reste dans le forfettario pour l’exercice en cours mais est assujetti au régime ordinaire à partir de l’exercice suivant.
  • Sortie immédiate : le chiffre d’affaires dépasse 100 000 €. La sortie opère à compter de la transaction spécifique qui provoque le franchissement.

Hors forfettario, l’IRPF est progressif : 23% jusqu’à 28 000 €, 35% de 28 000 € à 50 000 €, et 43% au-delà de 50 000 €. L’INPS Gestione Artigiani s’applique à environ 24% du revenu imposable. La charge globale effective pour un freelance IT italien gagnant 150 000 € de bénéfice net atteint régulièrement 50-55%.

Incorporation d’une SRL italienne avant la relocalisation

La réponse standard à la sortie du forfettario à des niveaux de revenus supérieurs à 80 000-100 000 € de bénéfice net est l’incorporation d’une società a responsabilità limitata (SRL) italienne. La SRL italienne paie l’IRES à 24% sur le revenu imposable. L’IRAP, au taux de base de 3,9%, s’applique à la valeur nette de production. La charge IRES+IRAP effective combinée est d’environ 27,9% pour une SRL de services — avant toute déduction disponible au niveau corporate.

La structure fonctionne par une répartition délibérée entre deux flux de revenus :

  • Le directeur-actionnaire reçoit un compenso amministratore (rémunération de l’administrateur), déductible pour la SRL et imposable pour l’individu au barème ordinaire de l’IRPF.
  • Les bénéfices restants sont retenus dans la SRL au taux de 27,9%, puis distribués sous forme de dividendes soumis à la retenue définitive de 26% (art. 27 DPR 600/1973).

Pour le freelance italien envisageant l’Espagne, incorporer la SRL avant le déménagement est important car elle continue d’opérer en Italie après le départ de l’individu — gérant les clients italiens, les contrats et les relations TVA — tandis que la résidence personnelle fiscale migre vers l’Espagne.

L’exit tax italienne art. 166 TUIR

L’article 166 TUIR impose une exit tax sur les plus-values latentes incluses dans les participations significatives lorsqu’un individu transfère sa résidence fiscale hors d’Italie. La base imposable est la différence entre la valeur de marché de la participation à la date du transfert et son coût fiscal.

Sous la Directive ATAD I (Directive (UE) 2016/1164), dont l’Italie a transposé les dispositions, lorsque le pays de destination est un État membre de l’UE comme l’Espagne, le contribuable peut choisir de payer l’exit tax en cinq versements annuels égaux sans fournir de garanties bancaires. Ce mécanisme de report rend la taxe gérable en termes de trésorerie.

Exemple concret : un freelance dont la SRL italienne a été incorporée avec 1 € de capital et a atteint une valeur de marché de 400 000 € fait face à une plus-value notionnelle d’environ 400 000 €. Au taux marginal de 43%, la charge IRPF brute serait d’environ 172 000 €. Répartis sur cinq versements, cela donne environ 34 400 € par an — gérable dans le contexte de revenus de conseil en cours.

BMC coordonne l’évaluation au titre de l’art. 166 TUIR et la procédure de notification avec des conseils fiscaux italiens comme partie intégrante du processus de planification de la relocalisation.

Convention Italie-Espagne 1977 : clauses clés pour ce profil

La Convention de double imposition entre l’Italie et l’Espagne, signée à Rome le 8 septembre 1977 et publiée au BOE espagnol le 22 décembre 1977, constitue le cadre conventionnel régissant l’ensemble de cette structure.

Dividendes (art. 10) : la retenue italienne sur les dividendes distribués par une SRL italienne à un actionnaire individuel résident fiscal espagnol est plafonnée à 15% en général, réduite à 5% si la société bénéficiaire espagnole détient au moins 25% de la société distributrice italienne. En Espagne, les dividendes sont inclus dans la base d’épargne et imposés à 19-28% selon le montant. La retenue italienne est créditée contre la charge espagnole.

Plus-values sur cessions de parts (art. 13) : les gains sur la cession de parts d’une société italienne par un résident fiscal espagnol sont, dans le cas général, imposables exclusivement en Espagne — non en Italie (sous réserve de l’exit tax traité séparément). L’Italie conserve des droits d’imposition uniquement pour les sociétés à prédominance immobilière.

Travail indépendant (art. 14) : les revenus provenant de services professionnels ou d’activités de caractère indépendant sont imposés dans l’État de résidence, sauf si l’individu maintient une base fixe dans l’État source. Un freelance résident en Espagne qui sert des clients italiens à distance, sans maintenir de bureau dédié en Italie, est imposable sur ces honoraires exclusivement en Espagne.

Arrivée en Espagne : régime Beckham appliqué au profil ex-freelance

Le régime Beckham espagnol (art. 93 LIRPF) applique un taux fixe de 24% sur les revenus espagnols jusqu’à 600 000 €, pour l’année d’arrivée et les cinq années suivantes. Les revenus de source étrangère échappent à l’IRPF et sont évalués selon les règles de l’IRNR.

Cependant, le régime ne s’applique pas directement à un freelance arrivant en Espagne et continuant à opérer en indépendant. L’article 93 LIRPF requiert soit (a) un contrat de travail, soit (b) la nomination en tant qu’administrateur d’une société espagnole avec une participation inférieure à 25%.

La solution type pour ce profil : incorporer une SL espagnole, prendre la fonction d’administrateur unique avec un contrat de rémunération documenté, confirmer que la participation est inférieure à 25% (en structurant via une couche holding si nécessaire), et déposer le Formulaire 149 auprès de l’AEAT dans les 6 mois suivant l’inscription à la Sécurité Sociale espagnole.

Comparaison de la charge fiscale effective : 4 scénarios

Scénario A : ForfettarioScénario B : SRL italienne seuleScénario C : SRL italienne + Holding (PEX)Scénario D : SRL italienne + Beckham espagnol
Bénéfice de 100 000 €
IRES + IRAP sur bénéfice société~27 900 €~27 900 €~27 900 €
IRPF / Beckham sur rémunération~15 000 € (15% flat)~11 500 € (sur 60k€)~11 500 €~14 400 € (24% Beckham)
Retenue sur dividendes~10 400 € (26% art. 27)— (PEX élimine)~3 040 € (IRNR 19% net)
Cotisations INPS~16 000 €~4 800 €~4 800 €~4 000 €
Charge effective totale~31 000 € (~31%)~54 600 € (~55%)~44 200 € (~44%)~49 340 € (~49%)
Bénéfice de 500 000 €
IRES + IRAP sur bénéfice société~139 500 €~139 500 €~139 500 €
IRPF / Beckham sur rémunération~193 750 € (43%)~11 500 €~11 500 €~14 400 €
Retenue sur dividendes~114 400 € (26%)— (PEX)~48 450 € (IRNR 19% net)
Cotisations INPS~68 000 €~4 800 €~4 800 €~4 000 €
Charge effective totale~261 750 € (~52%)~270 200 € (~54%)~155 800 € (~31%)~206 350 € (~41%)

Le tableau révèle plusieurs résultats non évidents. La SRL italienne seule (Scénario B) n’est pas uniformément supérieure au forfettario — à des niveaux de revenus plus faibles, la combinaison IRES+IRAP+retenue sur dividendes est comparable ou pire. La SRL italienne avec holding et PEX (Scénario C) produit l’outcome le plus convaincant à hauts revenus — 31% de charge effective à 500 000 € — mais requiert une conformité sur une période de détention multi-annuelle. Le scénario Beckham espagnol (Scénario D) offre un résultat matériellement meilleur que le Scénario B à tous les niveaux de revenus.

BMC accompagne les freelances et consultants italiens dans l’analyse complète de leur situation — de l’évaluation exit tax au dépôt du Formulaire 149 — en coordonnant avec des conseils fiscaux italiens et espagnols spécialisés.

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