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Code pénal espagnol: guide de référence complet

Sujet: code pénal espagnol

CP espagnol LO 10/1995: Livre I général, Livre II infractions, art. 248 escroquerie, 252 abus de confiance, 390 faux, 31 bis et 310 bis compliance pénal. Guide BMC.

7 min de lecture

Le Code pénal est la norme qui définit les infractions et établit les peines en Espagne. Pour les entreprises, sa pertinence s'est accrue de manière exponentielle depuis que la LO 5/2010 a introduit la responsabilité pénale des personnes morales. Aujourd'hui, un dirigeant doit connaître le Code pénal non seulement pour éviter des responsabilités personnelles, mais aussi pour protéger l'entreprise de condamnations susceptibles de conduire à sa dissolution. Ce guide analyse la LO 10/1995 depuis la perspective pratique de celui qui gère une entreprise en Espagne.

Ce guide examine la Loi Organique 10/1995, du 23 novembre, dans son état en vigueur après la réforme de 2015, avec une attention particulière aux infractions économiques et aux implications du compliance pénal pour les personnes morales.

Qu’est-ce que le Code pénal et quelle est sa structure

La Loi Organique 10/1995, du 23 novembre, du Code pénal (CP), publiée au BOE du 24 novembre 1995, est entrée en vigueur le 24 mai 1996. Depuis lors, elle a été réformée à plus de quarante reprises. Les plus importantes pour le domaine des affaires ont été la LO 5/2010, qui a introduit la responsabilité pénale des personnes morales, et la LO 1/2015, qui l’a réformée en profondeur.

Le CP se structure en deux livres et un Titre Préliminaire:

Titre Préliminaire (art. 1-9). Garanties pénales fondamentales: principe de légalité, irrétractivité et interdiction d’analogie in malam partem.

Livre I: Dispositions générales (art. 10-137). La partie générale: théorie de l’infraction, causes d’exclusion de la responsabilité (art. 20 CP), circonstances modificatives (art. 21 et 22 CP), catalogue des peines et mesures de sûreté, causes d’extinction de la responsabilité criminelle (prescription, pardon, décès du prévenu).

Livre II: Infractions et leurs peines (art. 138-616 sexies). La partie spéciale: 26 titres avec les types d’infractions concrets. Il commence par les infractions contre la vie et l’intégrité physique et couvre les infractions économiques, fiscales, contre l’environnement, de corruption et contre la Constitution.

La responsabilité pénale des personnes morales: l’art. 31 bis CP

Le système à double voie

L’art. 31 bis CP établit un système à double voie de responsabilité. La personne morale répond pénalement lorsque l’infraction est commise par des personnes en position de direction (premier présupposé), ou lorsqu’elle est commise par des employés placés sous leur autorité et que le devoir de surveillance a été gravement méconnu (second présupposé). Dans les deux cas, l’infraction doit avoir été commise au nom et au bénéfice de la personne morale.

La responsabilité de la personne morale est autonome de celle des personnes physiques: une condamnation de l’entreprise peut intervenir même si la personne physique responsable n’a pas été identifiée ou jugée.

L’exonération par le compliance pénal (art. 31 bis.2 et.4 CP)

La personne morale est exonérée de responsabilité si, avant la commission de l’infraction, elle avait adopté et mis en œuvre efficacement des modèles d’organisation et de gestion idoines pour prévenir les infractions de même nature. Les conditions du modèle sont: identification des activités à risque pénal, protocoles de formation de la volonté et de prise de décision, gestion des ressources financières pour empêcher les actes illicites, canal d’alerte, système disciplinaire et vérification périodique.

La supervision du modèle doit être confiée à un organe autonome de surveillance et de contrôle — le Compliance Officer ou comité de compliance — avec des pouvoirs autonomes d’initiative et de contrôle (art. 31 bis.2.b CP).

Circonstances atténuantes spécifiques pour personnes morales (art. 31 quater CP)

Lorsque la personne morale ne peut bénéficier de l’exonération, l’art. 31 quater CP prévoit quatre atténuantes spécifiques réduisant la peine: avouer l’infraction aux autorités avant de savoir que la procédure la vise; collaborer avec l’enquête en apportant de nouvelles preuves décisives; réparer ou atténuer le préjudice avant le procès; et implanter, avant le procès, des mesures efficaces pour prévenir et détecter de futures infractions.

Les infractions économiques les plus impactantes pour les entreprises

Escroquerie (art. 248-251 bis CP)

L’escroquerie (art. 248 CP) est l’infraction patrimoniale la plus fréquente dans le milieu des affaires. Ses cinq éléments sont le mensonge suffisant (engaño bastante), l’erreur induite chez la victime, l’acte de disposition patrimoniale, le préjudice et le dol de l’auteur. L’art. 250 CP régit les types aggravés. Le dépassement du seuil de 50 000 euros de préjudice est la circonstance aggravatrice la plus fréquente en litige commercial.

Abus de confiance (art. 252 CP)

L’art. 252 CP régit l’abus de confiance (apropiación indebida): celui qui, ayant l’obligation de remettre ou de restituer de l’argent, des valeurs ou d’autres choses fongibles, les utilise à des fins propres ou étrangères sans le consentement du propriétaire, causant un préjudice. Dans le domaine des affaires, ce type apparaît lorsqu’un dirigeant ou mandataire utilise des fonds de l’entreprise à des fins personnelles.

Gestion déloyale (art. 252 CP, second alinéa)

La réforme de 2015 a intégré dans l’art. 252 CP la gestion déloyale (administración desleal), auparavant à l’art. 295 CP. Ce type pénal est particulièrement pertinent pour les administrateurs sociétaires: décisions en conflit d’intérêt, opérations liées non déclarées pénalisant la société, détournement de ressources corporatives vers des entreprises de l’administrateur.

Blanchiment de capitaux (art. 301-304 CP)

L’art. 301 CP régit le blanchiment de capitaux en termes larges. Le blanchiment imprudent (art. 301.3 CP) sanctionne le défaut de diligence dans la vérification de l’origine des fonds, avec peine d’amende. Les personnes morales répondent pénalement du blanchiment (art. 302.2 CP), avec des peines pouvant inclure la dissolution.

Infractions contre la Trésorerie publique (art. 305-310 bis CP)

L’art. 305 CP incrimine l’infraction fiscale: la défraudation de la Trésorerie publique en éludant le paiement de tributs lorsque la quote défraudée dépasse 120 000 euros. L’art. 310 bis CP régit la responsabilité pénale des personnes morales pour ces infractions.

Faux documentaire (art. 390-399 CP)

Les art. 390 et 392 CP régissent le faux documentaire. Dans le domaine des affaires, il apparaît fréquemment accompagnant d’autres infractions: falsification de factures (infraction fiscale), manipulation de contrats pour obtenir un financement (escroquerie), ou faux comptable pour présenter des états financiers fictifs.

Le compliance pénal comme outil de gestion du risque

Un programme de compliance pénal efficace n’est pas un document dans un tiroir. Selon la Circulaire 1/2016 du Parquet Général de l’État et la jurisprudence de la Chambre Pénale du Tribunal Suprême — notamment la STS 154/2016, du 29 février —, le modèle de conformité doit être réel, opérationnel, vérifiable et adapté aux risques concrets de l’entreprise.

La certification du modèle de compliance selon la norme UNE 19601 ou ISO 37301 génère une présomption favorable, bien que les tribunaux la considèrent comme un indice pertinent mais insuffisant en soi.

Implications pour les entreprises françaises opérant en Espagne

Pour les entreprises françaises avec des filiales ou opérations en Espagne, le risque pénal présente deux dimensions particulières:

  1. Responsabilité de la filiale espagnole: si la filiale espagnole commet une infraction (fraude fiscale, blanchiment), la personne morale espagnole peut être condamnée; la société mère française peut être exposée si elle a participé ou bénéficié de l’infraction.
  2. Programme de compliance consolidé: les groupes français soumis à la Loi Sapin II (Loi -1691) doivent inclure leurs filiales espagnoles dans leurs cartographies des risques de corruption. Les exigences de Sapin II et celles de l’art. 31 bis CP espagnol sont largement compatibles.

Orientation BMC pour les entreprises

En BMC, l’équipe dirigée par Raúl Herrera García (colegiado de l’ICAM de Madrid) conseille les entreprises dans la conception et la mise en œuvre de programmes de compliance pénal, dans la réponse aux enquêtes pénales affectant des personnes morales et dans la défense de dirigeants mis en cause pour infractions économiques: blanchiment de capitaux, infractions fiscales, escroquerie, gestion déloyale.

L’intervention précoce au stade de l’instruction, avant que les thèses de l’accusation ne se consolident, est la décision ayant le plus d’impact sur le résultat final du processus.


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