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Juridique Article

Litiges internationaux : l'arbitrage depuis l'Espagne

Arbitrage international depuis l'Espagne : pourquoi l'arbitrage surpasse le contentieux judiciaire pour les litiges transfrontaliers, exécution au titre de la Convention de New York dans plus de 170 pays et prévention des clauses pathologiques.

8 min de lecture

L'arbitrage international constitue le mécanisme dominant de résolution des litiges commerciaux transfrontaliers dans le commerce et l'investissement mondiaux. Pour les entreprises espagnoles qui exportent, investissent à l'étranger ou participent à des coentreprises internationales, comprendre le fonctionnement de l'arbitrage et rédiger correctement la clause d'arbitrage revêt une importance commerciale comparable à la négociation du prix ou des conditions de paiement. Une clause mal rédigée — ou l'absence totale de clause — peut transformer un litige gérable en des années de contentieux juridictionnel avant même qu'un tribunal ne se prononce sur le fond.

Le cadre juridique espagnol : la Loi sur l’arbitrage de 2003

La législation espagnole principale en matière d’arbitrage est la Loi 60/2003 du 23 décembre (Ley de Arbitraje), modifiée en 2011 pour s’aligner sur les révisions de 2006 de la Loi type de la CNUDCI et mise à jour plus récemment en 2023 pour moderniser les procédures d’exécution des sentences étrangères. Cette loi suit fidèlement l’architecture de la Loi type de la CNUDCI et établit deux formes d’arbitrage : l’arbitraje de derecho (arbitrage en droit, où le tribunal applique le droit substantiel choisi par les parties) et l’arbitraje de equidad (arbitrage en équité, ex aequo et bono, disponible uniquement lorsque les parties en conviennent expressément).

La convention d’arbitrage (convenio arbitral) constitue le fondement du système. En vertu de l’article 9 de la Loi, la convention doit être établie par écrit, ce que la loi interprète largement pour inclure les communications électroniques et l’échange de mémoires en demande et en défense dans lesquels une partie invoque l’existence d’une convention d’arbitrage sans que l’autre ne la conteste — permettant ainsi des conventions d’arbitrage implicites dans la pratique commerciale.

Le choix de l’institution arbitrale : considérations stratégiques

Le choix de l’institution arbitrale détermine le coût, les délais, les règles de procédure et la crédibilité du processus aux yeux de la partie adverse. Les principales options pour les entreprises espagnoles sont les suivantes :

Chambre de commerce internationale (CCI, Paris) : l’institution la plus utilisée pour les litiges commerciaux internationaux complexes et de haute valeur. Le Règlement CCI de 2021 a introduit des innovations importantes, notamment la procédure d’arbitre d’urgence, la procédure accélérée pour les demandes inférieures à 3 millions USD et le contrôle renforcé des projets de sentences — un processus qui a historiquement réduit le taux d’annulation des sentences. L’arbitrage CCI est coûteux mais approprié pour les litiges d’une valeur supérieure à environ 2 millions d’euros.

Cour d’arbitrage de Madrid (CAM) : la principale institution arbitrale nationale espagnole, rattachée à la Chambre de commerce de Madrid. La CAM a élaboré un règlement de procédure moderne et dispose d’un bilan solide, ce qui en fait le choix naturel pour les litiges entre parties espagnoles ou lorsque l’espagnol est la langue procédurale convenue. Ses coûts sont nettement inférieurs à ceux de la CCI.

Cour espagnole d’arbitrage (CEA) : une autre institution nationale bien établie, axée sur les litiges commerciaux et sociétaires.

CIRDI (Centre international pour le règlement des différends relatifs aux investissements) : le forum affilié à la Banque mondiale pour les différends entre investisseurs étrangers et États dans le cadre de traités bilatéraux d’investissement (TBI) ou de chapitres multilatéraux sur l’investissement. L’Espagne a été partie à de nombreuses procédures CIRDI découlant des modifications réglementaires du régime d’incitation aux énergies renouvelables entre 2010 et 2014, notamment Antin c. Espagne (2018) et NextEra c. Espagne (2022) — illustrant la pertinence de ce forum pour les investisseurs étrangers dans les secteurs réglementés.

Règlement de la CNUDCI (arbitrage ad hoc) : pour les parties qui ne souhaitent pas être liées à une institution, le Règlement de la CNUDCI fournit un cadre procédural autonome. Cette option convient aux parties expérimentées recherchant la flexibilité, mais l’absence de supervision institutionnelle accroît le risque de difficultés procédurales.

La rédaction de la clause d’arbitrage : les écueils à éviter

Une clause d’arbitrage défectueuse peut engendrer des années de contentieux juridictionnel avant que le tribunal ne se prononce jamais sur le fond du litige. Les erreurs de rédaction les plus courantes sont les suivantes :

Les clauses pathologiques : des dispositions qui prétendent soumettre les litiges simultanément à l’arbitrage et aux juridictions étatiques sans règle de priorité claire, créant un conflit inconciliable entre les juridictions.

L’omission du nombre d’arbitres : ne pas préciser si un ou trois arbitres trancheront le litige entraîne fréquemment un désaccord entre les parties sur la constitution du tribunal, nécessitant l’intervention du juge.

La désignation incorrecte de l’institution : les références à des institutions inexistantes (la CCI est parfois erronément appelée « Cour internationale d’arbitrage commercial » ou des variantes similaires) peuvent rendre la clause nulle pour incertitude.

L’incompatibilité entre le siège et le droit procédural : choisir un siège dans un pays et un droit procédural d’un autre peut créer une incohérence, car le droit du siège régit généralement les questions procédurales, y compris les motifs de recours contre la sentence.

L’absence de clause linguistique : ne pas préciser la langue de la procédure ouvre la porte à des contestations coûteuses sur la langue applicable, ce qui est particulièrement problématique lorsque les documents d’une partie sont rédigés dans une autre langue.

L’approche la plus sûre consiste à utiliser la clause type publiée par l’institution choisie (CCI, CAM ou CNUDCI) comme point de départ et à ne modifier que les éléments — siège, droit applicable, nombre d’arbitres, langue — que la transaction spécifique justifie.

Reconnaissance et exécution des sentences étrangères : la Convention de New York

La Convention pour la reconnaissance et l’exécution des sentences arbitrales étrangères, adoptée à New York en 1958 (la Convention de New York), est le traité multilatéral le plus abouti du droit commercial international. Avec plus de 170 États contractants, elle fournit l’infrastructure qui rend l’arbitrage international opérationnel : une sentence arbitrale unique peut, en principe, être exécutée dans toute juridiction signataire.

L’Espagne a ratifié la Convention en 1977 avec la réserve de réciprocité (sentences provenant uniquement d’autres États contractants) et la réserve commerciale (litiges commerciaux uniquement). L’exécution d’une sentence arbitrale étrangère en Espagne est traitée devant la Chambre civile de la Cour suprême (Tribunal Supremo), qui dispose d’une compétence exclusive pour la reconnaissance des sentences arbitrales étrangères en vertu de l’article 46 de la Loi sur l’arbitrage.

La reconnaissance ne peut être refusée que sur les motifs limitativement énumérés à l’article V de la Convention : incapacité d’une partie ; nullité de la convention d’arbitrage ; irrégularité procédurale privant une partie de la possibilité de faire valoir ses moyens ; sentence excédant les termes du compromis ; constitution irrégulière du tribunal ; sentence non obligatoire ou annulée ; matière non susceptible d’arbitrage selon le droit de l’État requis ; ou contrariété à l’ordre public (ordre public).

Le motif d’ordre public est interprété restrictivement en Espagne, conformément à la pratique européenne et internationale. Les juridictions espagnoles ont constamment jugé que l’exécution ne saurait être refusée au seul motif que la sentence aboutit à un résultat différent de celui qu’un tribunal espagnol aurait retenu sur le fond.

Évolutions récentes : l’arbitrage d’investissement après Achmea et le Traité sur la Charte de l’énergie

Deux évolutions ont profondément reconfiguré le paysage de l’arbitrage d’investissement pour les entreprises espagnoles :

L’arrêt Achmea (CJUE, C-284/16) : la Cour de justice de l’Union européenne a jugé en 2018 que les clauses d’arbitrage investisseur-État contenues dans les traités bilatéraux d’investissement (TBI) intra-UE sont incompatibles avec le droit de l’Union, en ce qu’elles portent atteinte à l’autonomie et à l’effectivité de l’ordre juridique européen. Cet arrêt a progressivement fermé la voie de l’arbitrage d’investissement intra-UE — avec des conséquences importantes pour les investisseurs européens en Espagne (notamment dans le secteur des énergies renouvelables) et pour les investisseurs espagnols dans d’autres États membres de l’UE.

La réforme du Traité sur la Charte de l’énergie (TCE) : les négociations sur un TCE modernisé ont abouti en 2022, mais la ratification par l’UE et les États membres demeure en suspens. Dans l’intervalle, l’UE a déclaré que le TCE ne peut être appliqué entre États membres de l’UE dans les procédures arbitrales, créant une incertitude pour les investisseurs du secteur énergétique bénéficiant d’une protection existante au titre du TCE.

Ces évolutions signifient que la voie principale de l’arbitrage d’investissement pour les investisseurs établis dans l’UE passe désormais par des cadres conclus avec des pays tiers — soit au travers de TBI avec des États non membres de l’UE, soit au travers des chapitres sur l’investissement des accords de libre-échange tels que le CETA (Canada-UE), qui comportent des dispositions relatives au règlement des différends investisseur-État.

Étapes pratiques pour les entreprises espagnoles concluant des contrats internationaux

Pour les entreprises espagnoles actives dans le commerce et l’investissement internationaux, les mesures de précaution minimales avant la signature de tout contrat transfrontalier d’une valeur significative sont les suivantes : (1) convenir par écrit du mécanisme de résolution des litiges, en utilisant une clause institutionnelle éprouvée plutôt qu’une rédaction de novo ; (2) spécifier le siège de l’arbitrage dans une juridiction dotée d’un cadre arbitral solide (Suisse, Angleterre, France, Singapour ou l’Espagne elle-même pour les contreparties ibéro-américaines) ; (3) convenir du droit applicable indépendamment du siège ; (4) préciser le nombre d’arbitres et la langue ; et (5) faire examiner la clause par un spécialiste de l’arbitrage international avant la signature.

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