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Reporting ESG et CSRD : comment se préparer

Comment se préparer au reporting ESG dans le cadre de la CSRD (Directive 2022/2464) : seuils pour les entreprises de plus de 250 salariés, normes ESRS, analyse de double matérialité et échéances 2025/2026.

7 min de lecture

La directive européenne sur la publication d'informations en matière de durabilité des entreprises (CSRD), publiée au Journal officiel de l'UE en décembre 2022, oblige des milliers d'entreprises européennes à communiquer des informations extra-financières conformément aux normes européennes de reporting en matière de durabilité (ESRS). La première période d'application a débuté le 1er janvier 2024 pour les grandes sociétés cotées comptant plus de 500 salariés.

Qui doit publier un rapport et quand

La CSRD élargit considérablement l’univers des entreprises concernées par rapport à l’ancienne NFRD. Les grandes entreprises non cotées comptant plus de 250 salariés ou réalisant un chiffre d’affaires supérieur à 40 millions d’euros doivent commencer à publier leurs rapports pour l’exercice 2025, avec une publication en 2026. Les PME cotées sur des marchés réglementés disposent d’un délai jusqu’à l’exercice 2026.

Il convient de souligner que la directive produit également un effet indirect sur les PME non directement concernées : si elles font partie de la chaîne de valeur d’une grande entreprise soumise à la CSRD, elles peuvent recevoir des demandes d’informations sur leur empreinte environnementale, leurs conditions de travail ou leurs pratiques de gouvernance. Une préparation proactive, même en l’absence d’obligation, peut constituer un avantage concurrentiel pour maintenir les contrats avec les grands donneurs d’ordre.

Les normes ESRS

Les normes ESRS couvrent les questions environnementales (E1-E5, avec un accent particulier sur le changement climatique dans la norme E1), les questions sociales (S1-S4) et la gouvernance (G1). La double matérialité — l’impact de l’entreprise sur le monde et le risque que le monde fait peser sur l’entreprise — est le concept central de l’analyse préliminaire.

Les normes environnementales comprennent le changement climatique (E1), la pollution (E2), les ressources en eau et marines (E3), la biodiversité et les écosystèmes (E4) ainsi que l’utilisation des ressources et l’économie circulaire (E5). La norme E1 est la plus exigeante et requiert la publication des émissions de scope 1, 2 et 3, ainsi que l’alignement sur les objectifs de l’Accord de Paris. Les normes sociales couvrent les effectifs propres de l’entreprise (S1), les travailleurs de la chaîne de valeur (S2), les communautés affectées (S3) et les consommateurs et utilisateurs finaux (S4).

Analyse de double matérialité : le point de départ

L’analyse de double matérialité constitue la première étape incontournable de tout processus de préparation à la CSRD. Elle consiste à identifier quels enjeux de durabilité sont significatifs selon une double perspective : la matérialité d’impact (comment l’entreprise affecte l’environnement et la société) et la matérialité financière (comment les facteurs ESG affectent la situation financière de l’entreprise).

Cette analyse n’est pas un exercice bureaucratique mais une réflexion stratégique sur le modèle d’affaires et ses interdépendances avec l’environnement. Elle implique la consultation des parties prenantes concernées (salariés, clients, investisseurs, communautés locales), l’examen des risques spécifiques au secteur et la cartographie des impacts de l’activité économique tout au long de la chaîne de valeur.

Les résultats de l’analyse déterminent quelles normes ESRS sont applicables à l’entreprise (elles ne sont pas toutes obligatoires si elles ne sont pas matérielles) et, par conséquent, quels indicateurs doivent être collectés et publiés.

Comment se préparer : un plan d’action en quatre étapes

Les entreprises qui devront publier un rapport en 2025 ou 2026 disposent d’un temps limité pour construire les systèmes de données, les processus internes et les structures de gouvernance nécessaires. La première étape consiste à réaliser l’analyse de double matérialité, suivie d’une analyse des écarts entre les informations actuellement disponibles et les exigences des normes ESRS.

La deuxième étape est la construction des systèmes de collecte de données. De nombreuses entreprises découvrent à ce stade qu’elles ne disposent pas de systèmes automatisés pour collecter des indicateurs tels que la consommation énergétique par site, les émissions de scope 3 issues de la chaîne d’approvisionnement, les heures de formation par salarié ou les incidents de sécurité. La mise en place de ces systèmes peut nécessiter des investissements en logiciels, en formation et des modifications des processus opérationnels.

La troisième étape est l’intégration du reporting de durabilité dans la gouvernance d’entreprise. La CSRD exige que le rapport de durabilité fasse partie intégrante du rapport de gestion (et non un document séparé) et qu’il soit soumis à une assurance externe limitée par un auditeur. Le conseil d’administration assume des responsabilités explicites en matière d’approbation et de supervision des informations relatives à la durabilité.

La quatrième étape est la vérification et l’amélioration continue. Le premier rapport sera rarement parfait ; les entreprises qui se préparent en amont peuvent entreprendre un reporting volontaire avant l’obligation légale afin de tester et d’améliorer leurs systèmes avant que l’assurance externe ne soit requise.

Implications pour les investisseurs et le financement

Le reporting CSRD n’est pas une simple obligation réglementaire — il a également des implications directes sur l’accès au financement. Les banques européennes intègrent les critères ESG dans leurs modèles d’évaluation du risque de crédit. Le règlement sur la taxonomie de l’UE oblige les émetteurs d’instruments financiers à déclarer quel pourcentage de leurs investissements est « aligné » sur la taxonomie verte. Les entreprises présentant de faibles scores ESG ou un reporting de durabilité déficient font face à des coûts de financement plus élevés et à un univers réduit d’investisseurs institutionnels.

Les marchés des obligations vertes et des prêts liés à la durabilité en Espagne et en Europe ont connu une croissance significative ces dernières années. Les entreprises capables de démontrer une stratégie ESG crédible et vérifiée — étayée par un reporting conforme à la CSRD — sont mieux positionnées pour accéder à ces instruments à des taux compétitifs. À l’inverse, les entreprises présentant un risque de transition élevé (forte empreinte carbone, mauvaises pratiques sociales, gouvernance faible) peuvent constater que leur coût du capital augmente à mesure que les prêteurs intègrent le filtrage ESG dans leurs processus standard d’évaluation du crédit.

Erreurs courantes à éviter

Plusieurs schémas reviennent de manière récurrente parmi les entreprises qui éprouvent des difficultés dans leur préparation à la CSRD. Le premier consiste à traiter le sujet comme un exercice de conformité plutôt que comme un exercice stratégique — en le confiant exclusivement à l’équipe juridique ou développement durable sans implication de la direction générale. La CSRD attribue une responsabilité explicite au conseil d’administration concernant le rapport de durabilité : l’engagement de la gouvernance dès le départ est donc non négociable.

Le deuxième écueil est de sous-estimer la complexité des données. Les entreprises découvrent souvent que des indicateurs de base — consommation énergétique totale, taux de rotation du personnel par genre, taux de couverture des audits fournisseurs — ne sont pas collectés de manière systématique ou sont dispersés dans plusieurs systèmes déconnectés. Un examen de l’architecture des données, coordonné avec les services informatiques et opérationnels, est généralement nécessaire avant de pouvoir engager tout reporting significatif.

Le troisième écueil est d’ignorer la dimension de la chaîne d’approvisionnement. Les normes ESRS, en particulier concernant les émissions de scope 3 et les conditions de travail dans la chaîne de valeur, exigent des informations que les entreprises doivent solliciter auprès de leurs fournisseurs. La mise en place du processus d’engagement des fournisseurs demande du temps et peut nécessiter des ajustements contractuels avec les prestataires clés.

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