Un mythe persistant circule en Espagne: la seconde chance serait une procédure réservée aux entrepreneurs et aux travailleurs indépendants qui ont coulé leur entreprise. Cette idée reçue prive de nombreux salariés surendettés d'une solution légale qui pourrait leur permettre d'obtenir la [décharge de leurs dettes](/fr/glossary/debt-discharge) et de repartir de zéro. Ce guide rétablit la réalité juridique et explique comment notre service de [loi sur la seconde chance](/fr/juridique/loi-seconde-chance/) accompagne les salariés surendettés.
La seconde chance s’adresse à toute personne physique
La Loi de seconde chance espagnole (Loi 25/2015, substantiellement réformée par la Loi 16/2022) ne contient aucune restriction liée au statut professionnel du débiteur. Elle s’applique à:
- Les travailleurs salariés (qu’ils travaillent à temps plein, à temps partiel ou qu’ils soient au chômage)
- Les travailleurs indépendants (actuels ou anciens)
- Les retraités et pensionnés
- Les personnes sans revenu (dans certaines conditions)
- Les anciens dirigeants de sociétés qui ont donné des cautions personnelles
La seule condition déterminante est la situation d’insolvabilité: l’incapacité à faire face régulièrement aux obligations de paiement. La loi n’exige pas que le débiteur ait géré une entreprise.
Les dettes les plus fréquentes chez les salariés
Les profils de dettes les plus courants parmi les salariés qui recourent à la seconde chance sont:
Cartes de crédit et prêts à la consommation. Les cartes revolving — avec leurs taux d’intérêt souvent compris entre 20 % et 30 % — peuvent générer des spirales de dettes incontrôlables. Ces dettes sont des créances ordinaires exonérables intégralement via l’EPI.
Prêts personnels pour acquisition de véhicule ou rénovation du logement. Ces dettes s’accumulent souvent avec les cartes et les découverts bancaires.
Cautions données pour l’entreprise d’un proche. Il est fréquent que des salariés aient signé en qualité de caution pour un prêt accordé à l’entreprise de leur conjoint, parent ou ami. Si l’entreprise a fait faillite et que la banque se retourne contre la caution, le salarié peut se retrouver avec une dette très importante.
Dettes de divorce. Les obligations financières résultant d’une séparation ou d’un divorce (partage de patrimoine déséquilibré, pension alimentaire en retard, coûts judiciaires) peuvent constituer une part importante de la dette d’un salarié.
Dettes locatives. Loyers impayés et charges réclamées par un bailleur peuvent générer des dettes significatives.
Le processus pour un salarié: plus simple qu’on ne le croit
La procédure de seconde chance pour un salarié sans activité professionnelle active est structurellement plus simple que pour un entrepreneur ou un indépendant, pour plusieurs raisons:
Pas d’inventaire complexe d’actifs professionnels. Un salarié ne dispose généralement pas de stocks, de matériel professionnel, de clientèle ou de fonds de commerce à liquider. La procédure se concentre sur ses dettes et sur ses actifs personnels (s’il en a).
Pas de cession d’activité à organiser. L’entrepreneur ou l’indépendant doit souvent gérer la cessation de son activité en parallèle à la procédure. Le salarié n’est pas concerné par cette complexité.
Délais généralement plus courts. En l’absence d’actifs professionnels complexes, la phase de liquidation (si elle est nécessaire) est souvent plus rapide.
Ce que la seconde chance peut effacer pour un salarié
Dettes exonérables sans limite: dettes de cartes de crédit, prêts à la consommation, prêts personnels, cautions pour des dettes de tiers, arriérés de loyer, factures impayées, dettes envers des particuliers.
Dettes exonérables avec plafonds: dettes envers l’administration fiscale (jusqu’à 10 000 euros de principal, créances subordinées sans limite) et envers la Sécurité sociale (jusqu’à 10 000 euros de principal, créances subordinées sans limite selon la jurisprudence de 2026).
Dettes non exonérables: pensions alimentaires fixées par décision judiciaire, dettes résultant de condamnations pénales pour des infractions intentionnelles, amendes pénales, et dettes contractées en fraude à la procédure après son ouverture.
La protection du salaire pendant la procédure
Une fois la procédure engagée, toutes les procédures d’exécution individuelle sont suspendues. Cela inclut les saisies sur salaire qui étaient en cours avant l’ouverture de la procédure. Pendant la procédure, le débiteur dispose d’un montant insaisissable correspondant au salaire minimum interprofessionnel (SMI) majoré en fonction de ses charges familiales.
Raúl Herrera García est avocat spécialisé en droit de l’insolvabilité (Barreau de Madrid,), Of Counsel de BMC. Il intervient dans les procédures de seconde chance pour les salariés comme pour les entrepreneurs.
Cadre réglementaire de la procédure de seconde chance pour les salariés
La procédure de seconde chance est encadrée par un empilement normatif composé de la directive européenne, du texte refondant espagnol et des réformes successives qui en ont substantiellement modifié la portée.
Directive (UE) 2019/1023 du 20 juin 2019 relative aux cadres de restructuration préventive, à la remise de dettes et aux déchéances, et aux mesures à prendre pour augmenter l’efficacité des procédures en matière de restructuration, d’insolvabilité et de remise de dettes: Cette directive a profondément réformé le cadre européen du traitement de l’insolvabilité des personnes physiques. Son article 23 impose aux États membres de garantir aux personnes physiques insolvables l’accès à la remise de dettes après un délai maximum de trois ans — un principe que la réforme espagnole de 2022 a intégré en réduisant le délai de bonne conduite de cinq à trois ans dans certains cas. La directive reconnaît explicitement que l’accès à la remise de dettes bénéficie non seulement aux débiteurs mais aussi à l’économie dans son ensemble en permettant la réinsertion productive des personnes surendettées.
Real Decreto Legislativo 1/2020, de 5 de mayo, por el que se aprueba el texto refundido de la Ley Concursal (TRLC): Le TRLC est le texte de référence qui consolide le droit espagnol de l’insolvabilité. Les articles 486 à 502 régissent le Beneficio de Exoneración del Pasivo Insatisfecho (BEPI). L’article 487 définit les conditions de « bonne foi » que le débiteur doit satisfaire pour accéder à l’exonération du passif insatisfait: n’avoir pas été condamné pour certaines infractions, ne pas avoir obtenu le BEPI au cours des dix années précédentes, avoir tenté un accord de paiement extrajudiciaire, et avoir satisfait aux obligations déclaratives. L’article 489 TRLC, tel que modifié par la Loi 16/2022, régit le régime d’exonération partielle des dettes publiques.
Loi 16/2022, du 5 septembre, portant réforme du texte refondant de la loi sur l’insolvabilité: Cette réforme, qui a transposé la Directive 2019/1023, constitue la modification la plus substantielle du régime espagnol depuis la Loi 25/2015. Ses apports essentiels pour les salariés: l’introduction de l’exonération partielle des dettes fiscales et sociales (art. 489 TRLC modifié); la création d’une procédure spéciale simplifiée pour les débiteurs sans actifs (concurso express para personas físicas sin masa activa) permettant d’obtenir le BEPI plus rapidement; et la réduction du délai de surveillance post-BEPI en cas de retour à meilleure fortune. La réforme a également clarifié que le BEPI peut être obtenu même en cas de dettes hypothécaires, avec exonération du solde restant après vente du bien hypothéqué.
Erreurs fréquentes des salariés dans la procédure de seconde chance
Erreur 1: Attendre d’être à court de toutes les ressources avant d’ouvrir la procédure. La procédure de seconde chance est conçue pour les débiteurs en situation d’insolvabilité actuelle ou imminente — non pas uniquement ceux qui ont déjà tout perdu. Attendre que la situation devienne catastrophique réduit les options disponibles et peut compromettre les conditions de bonne foi requises par l’article 487 TRLC (notamment si des paiements préférentiels à certains créanciers sont effectués dans les deux années précédentes). Un avis juridique précoce, dès les premiers signes de surendettement chronique, permet d’accéder à la procédure dans de meilleures conditions.
Erreur 2: Croire que la résidence principale est nécessairement perdue. Beaucoup de salariés renoncent à la procédure de seconde chance par crainte de perdre leur logement. La réalité est plus nuancée: si le bien hypothéqué a une valeur suffisante pour rembourser intégralement le crédit hypothécaire, il peut être conservé en dehors de la liquidation. De plus, la procédure sans liquidation (voie du plan de paiement sur 5 ans, art. 488 TRLC) permet de conserver tous les actifs en échange d’un engagement de remboursement partiel. Pour les locataires sans propriété immobilière, la question ne se pose pas.
Erreur 3: Omettre de déclarer certaines dettes ou certains créanciers dans la liste de passif. Le BEPI n’exonère que les dettes déclarées dans la procédure. Des dettes oubliées ou intentionnellement omises restent exigibles après la clôture. Par ailleurs, une déclaration incomplète peut remettre en cause la bonne foi du débiteur et entraîner la révocation du BEPI pendant la période de surveillance (art. 498 TRLC). Une déclaration complète et précise de l’ensemble du passif — y compris les dettes envers des proches, les arriérés de loyer, les amendes et les dettes fiscales — est une condition indispensable à la sécurité juridique de la procédure.