L’action sociale en responsabilité en droit espagnol
L’action sociale en responsabilité (acción social de responsabilidad) prévue par l’article 238 de la Ley de Sociedades de Capital (LSC) est la pierre angulaire de la responsabilité des administrateurs en Espagne. Lorsque le comportement négligent ou illicite d’un administrateur cause un préjudice financier à la société, la loi prévoit un mécanisme permettant à la société — ou, à défaut, à ses actionnaires ou créanciers — de récupérer cette perte sur les biens personnels de l’administrateur.
Les trois conditions devant être prouvées sont : un manquement de l’administrateur (acte ou omission contraire à la loi, aux statuts ou au devoir de diligence) ; un dommage réel au patrimoine de la société ; et un lien de causalité entre le manquement et le dommage. Le niveau de diligence requis des administrateurs espagnols est celui d’un « entrepreneur ordonné » (ordenado empresario) et d’un « représentant loyal » (leal representante), tels que définis aux articles 225 et 226 de la LSC.
Qui exerce l’action — une cascade de demandeurs
Le droit espagnol crée un système à trois niveaux :
La société — exercée par résolution de l’assemblée des actionnaires. La même résolution peut simultanément révoquer l’administrateur, même si cette révocation ne figurait pas à l’ordre du jour, dès lors qu’elle est liée à la question de responsabilité.
Les actionnaires minoritaires — les actionnaires détenant au moins 5 % du capital (1 % dans les sociétés cotées) peuvent exercer l’action par voie dérivée, agissant dans l’intérêt de la société lorsque le conseil ou l’assemblée générale refuse d’agir. Cela protège les minoritaires contre les actionnaires de contrôle qui protègeraient des administrateurs négligents ou ayant des conflits d’intérêts.
Les créanciers — dans les cas où le patrimoine de la société est insuffisant pour satisfaire les créances, les créanciers peuvent exercer l’action subsidiairement et dans l’intérêt de la société.
Pertinence pratique pour les administrateurs
L’action sociale en responsabilité est le plus souvent déclenchée dans trois scénarios : (1) les procédures d’insolvabilité, où l’administrateur judiciaire analyse la gestion de la société et peut rendre des conclusions soutenant une qualification d’insolvabilité fautive ; (2) les situations d’oppression des minoritaires, où un actionnaire de contrôle a détourné des actifs de la société ; et (3) les litiges post-acquisition, où un acquéreur découvre une mauvaise gestion antérieure à la cession.
Les administrateurs doivent tenir des procès-verbaux de conseil documentant leur processus délibératif, éviter les conflits d’intérêts, et veiller à ce que les transactions importantes soient dûment autorisées — les outils que la règle du business judgment requiert pour invoquer la protection du port sûr de l’article 226 de la LSC.