Le paysage fiscal espagnol pour 2026 apporte des changements significatifs que toute entreprise en croissance doit comprendre et anticiper. Des modifications des taux d'imposition aux nouvelles incitations à l'internationalisation, la planification fiscale est plus que jamais un outil stratégique essentiel.
Changements clés pour l’exercice fiscal 2026
La réforme fiscale adoptée fin 2025 introduit des ajustements pertinents en matière d’impôt sur les sociétés. Les entreprises dont le chiffre d’affaires est inférieur à dix millions d’euros bénéficieront d’un taux réduit élargi, sous réserve de remplir certaines conditions relatives à la création d’emplois et au réinvestissement des bénéfices. En outre, les déductions pour la recherche, le développement et l’innovation technologique sont renforcées, avec des pourcentages plus généreux pour les projets intégrant l’intelligence artificielle et les technologies durables.
Pour les PME imposées au taux standard de 25 %, la combinaison du taux réduit avec la réserve de capitalisation et la réserve de nivellement peut se traduire par une imposition effective nettement inférieure. La réserve de nivellement permet de réduire l’assiette imposable jusqu’à 10 % (avec un maximum d’un million d’euros par période), avec pour effet d’anticiper la compensation de pertes futures ou de différer l’impôt pour une durée maximale de cinq exercices.
Déductions R&D&i avec composante intelligence artificielle
Le renforcement des déductions R&D&i constitue l’une des évolutions les plus significatives de 2026. Les projets intégrant des composantes d’intelligence artificielle, d’apprentissage automatique ou de traitement de données massives peuvent bénéficier de pourcentages de déduction majorés : jusqu’à 30 % des dépenses de recherche et développement engagées au cours de la période, et jusqu’à 50 % de l’excédent par rapport à la moyenne des deux périodes précédentes.
Pour accéder à ces déductions en toute sécurité, il est recommandé d’obtenir un rapport motivé du ministère de la Science et de l’Innovation certifiant la nature de R&D ou d’innovation technologique du projet. Ce rapport lie l’AEAT quant à la classification du projet, mais non quant au montant de la déduction applicable.
Les entreprises dont la charge fiscale est insuffisante pour appliquer la déduction au cours de la période peuvent en demander le remboursement dans la déclaration annuelle d’IS ou la reporter sur les dix-huit exercices suivants, ce qui en fait un instrument précieux même pour les entreprises en phase d’investissement ou présentant des résultats temporairement négatifs.
Impact sur les entreprises en expansion
Pour les entreprises en phase de croissance, la planification fiscale revêt une dimension particulièrement critique. L’expansion vers de nouveaux marchés, le recrutement de talents internationaux et l’investissement dans des actifs productifs génèrent des opportunités fiscales qui, bien gérées, peuvent aboutir à des économies significatives. Cependant, ils accroissent également la complexité de la conformité réglementaire.
Il est essentiel de revoir la structure sociétaire et les flux de trésorerie afin de s’assurer que la charge fiscale est optimisée dans le cadre légal. La coordination entre la fiscalité nationale et internationale est particulièrement pertinente dans les opérations transfrontalières, où les conventions de double imposition et les directives européennes offrent des mécanismes d’efficacité fiscale qui ne doivent pas être négligés.
Les entreprises opérant dans plusieurs pays de l’UE doivent accorder une attention particulière aux implications du cadre Pilier Deux de l’OCDE (taux minimum mondial de 15 %), qui concerne les groupes multinationaux dont le chiffre d’affaires consolidé dépasse 750 millions d’euros. Si les PME n’atteignent pas ce seuil, leur appartenance à des groupes plus importants peut les placer dans le champ d’application de la règle.
Incitations à l’internationalisation
Le régime fiscal applicable aux entreprises franchissant le pas de l’international est particulièrement favorable en Espagne. L’exemption de participation pour les dividendes et plus-values de source étrangère (article 21 de la Loi sur l’IS) permet d’imposer à 0 % les dividendes reçus de filiales étrangères, sous réserve de certaines conditions de participation et d’activité. Pour les entreprises en cours d’internationalisation, structurer correctement la détention des participations étrangères dès le départ peut représenter une économie de plusieurs millions d’euros en imposition effective.
Le régime spécial de la Zone Spéciale des Canaries (ZEC) offre un taux d’IS de 4 % pour les activités exercées matériellement aux Canaries, avec un plafond d’assiette imposable variable selon le nombre d’employés. Pour les entreprises technologiques ou de services numériques pouvant établir des opérations dans les îles, la ZEC peut représenter un avantage fiscal très significatif avant l’expiration de la date limite d’inscription en décembre 2026.
Stratégies recommandées
Chez BMC, nous recommandons à nos clients d’adopter une approche proactive. Cela implique de réaliser un examen fiscal complet avant la fin du premier trimestre, d’identifier les déductions et abattements applicables, et d’établir un calendrier des obligations fiscales afin d’éviter les surprises. La numérisation des processus comptables et l’intégration d’outils de reporting fiscal en temps réel sont des investissements qui s’amortissent rapidement.
Les principales actions de planification pour 2026 sont :
- Vérifier si l’entreprise remplit les conditions d’application du taux réduit d’IS et, le cas échéant, gérer la création d’emplois et le réinvestissement nécessaires.
- Identifier et documenter les projets de R&D&i afin de maximiser les déductions fiscales, en sollicitant un rapport motivé le cas échéant.
- Analyser la structure de détention des participations étrangères avant de percevoir des dividendes ou de réaliser des plus-values.
- Évaluer si l’adhésion au régime ZEC est viable pour les activités de l’entreprise.
- Mettre à jour le calendrier des obligations fiscales afin d’intégrer les nouvelles échéances issues de la réforme.
Perspectives
L’environnement fiscal continuera d’évoluer avec la mise en œuvre progressive du cadre Pilier Deux de l’OCDE et les nouvelles obligations de transparence fiscale. Les entreprises qui intègrent la planification fiscale dans leur stratégie d’entreprise seront mieux positionnées pour croître de manière durable et compétitive.
Chez BMC, notre équipe fiscale travaille en étroite collaboration avec ses clients pour transformer la complexité réglementaire en avantage concurrentiel. Si vous avez besoin de conseils sur l’impact de ces changements sur votre activité, n’hésitez pas à nous contacter.