L'exercice fiscal 2023 s'est ouvert avec un ensemble significatif de réformes fiscales affectant tant les personnes physiques que les personnes morales. La conversion du Real Decreto-Ley 18/2022 en loi permanente a introduit le nouvel Impôt temporaire de Solidarité sur les Grandes Fortunes, des modifications de l'Impôt sur les Sociétés pour le secteur bancaire et un prélèvement sur les entreprises du secteur énergétique.
Impôt sur les Sociétés : nouveaux taux pour les secteurs bancaire et énergétique
Les établissements de crédit et les groupes exerçant des activités d’exploration, d’extraction ou de production de pétrole et de gaz ont été soumis à des taux majorés d’Impôt sur les Sociétés au cours des exercices 2023 et 2024. Les entités financières ont vu le nouveau prélèvement temporaire s’appliquer à hauteur de 4,8 % sur leurs revenus d’intérêts et de commissions, en sus de leur imposition ordinaire.
Pour les entreprises du secteur énergétique, le prélèvement de 1,2 % sur le chiffre d’affaires a constitué une charge extraordinaire que nombre d’entre elles ont intégrée dans leurs structures de coûts et leur planification fiscale à moyen terme.
Ces deux prélèvements — régis par la Ley 38/2022 du 27 décembre — sont de nature temporaire (prévus pour les exercices 2022 et 2023), bien que leur éventuelle prorogation ait fait l’objet de débats politiques tout au long de l’année. Les entreprises concernées ont dû réviser leurs modèles de prévision de trésorerie afin d’intégrer l’impact de ces paiements supplémentaires.
Impôt de Solidarité sur les Grandes Fortunes
Entré en vigueur le 29 décembre 2022, cet impôt s’applique aux patrimoines nets excédant trois millions d’euros, à des taux compris entre 1,7 % et 3,5 %. Sa nature temporaire — initialement prévue pour deux ans — et sa potentielle inconstitutionnalité pour empiètement sur les compétences régionales ont suscité un vif débat.
Le barème applicable est le suivant : 0 % sur les actifs jusqu’à 3 millions d’euros ; 1,7 % entre 3 et 5,3 millions ; 2,1 % entre 5,3 et 10,7 millions ; et 3,5 % au-delà de 10,7 millions d’euros. Un abattement de 100 % était prévu pour les résidents des communautés autonomes ayant déjà intégralement bonifié l’Impôt sur la Fortune (comme Madrid), bien que ce point ait été initialement contesté.
Chez BMC, nous recommandons aux clients dont le patrimoine est concerné de réviser les déclarations d’Impôt sur la Fortune précédemment déposées, d’envisager de contester les avis d’imposition et d’analyser la structure de leur patrimoine afin d’optimiser la charge fiscale combinée.
Retenues à la source et acomptes
Le taux de retenue sur certains revenus du capital est demeuré à 19 %, mais les obligations d’acomptes au titre de l’Impôt sur les Sociétés ont été ajustées pour les groupes dont le chiffre d’affaires excède dix millions d’euros, lesquels doivent désormais calculer leur acompte sur la base imposable de l’exercice en cours.
Ce changement de méthode de calcul pour les grandes entreprises (article 40.3 de la Ley del Impuesto sobre Sociedades) signifie que l’acompte d’avril est calculé sur la base imposable réelle cumulée au 31 mars, en appliquant le taux correspondant. Pour les groupes présentant des résultats variables ou saisonniers, cela peut engendrer des tensions de trésorerie plus importantes au premier trimestre par rapport à la méthode fondée sur l’exercice précédent.
Modifications de l’IRPF pour les travailleurs indépendants et les professionnels
L’introduction du nouveau système de cotisations sociales pour les travailleurs indépendants fondé sur les revenus réels — mis en œuvre progressivement jusqu’en 2031 — a entraîné des modifications quant à la déductibilité des cotisations de Sécurité sociale dans les déclarations d’IRPF. Le nouveau système impose aux travailleurs indépendants de projeter leurs revenus annuels et d’ajuster leur cotisation mensuelle en fonction du barème de tranches de revenus établi par le Real Decreto 504/2022.
Par ailleurs, les avantages fiscaux pour les travailleurs relevant du régime d’estimation directe simplifiée ont été maintenus, avec la réduction de 7 % au titre des dépenses difficilement justifiables pour les indépendants sous le régime d’estimation directe normale.
Modifications des déductions et abattements au titre de l’Impôt sur les Sociétés
La réforme a renforcé les déductions pour R&D&i (articles 35 et 36 de la Ley del Impuesto sobre Sociedades), en élargissant les pourcentages applicables aux projets comportant une composante numérique ou d’intelligence artificielle. La déduction pour investissement dans les productions cinématographiques et audiovisuelles a également atteint jusqu’à 25 % des coûts de production pour le producteur et jusqu’à 20 % pour le coproducteur financier.
Pour les PME, la réserve d’égalisation (article 105 de la Ley del Impuesto sobre Sociedades) a continué de constituer un outil efficace pour anticiper la compensation d’éventuelles pertes futures, avec une limite de 10 % de la base imposable positive dans la limite d’un million d’euros par exercice.
Recommandations pour 2023
- Réviser les structures de groupes d’entreprises afin d’identifier les impacts des nouveaux prélèvements.
- Coordonner la planification de l’Impôt sur les Sociétés avec la clôture du premier trimestre.
- Analyser la déductibilité des charges financières au regard des nouvelles règles.
- Évaluer la possibilité de contester l’Impôt de Solidarité si le patrimoine excède le seuil applicable.
- Vérifier la base de calcul des acomptes si le chiffre d’affaires dépasse dix millions d’euros.
- Mettre à jour les modèles de prévision de trésorerie afin d’intégrer les nouveaux prélèvements.
Chez BMC, nous accompagnons nos clients à chaque étape de l’adaptation réglementaire. Découvrez nos services de planification fiscale pour concevoir une stratégie fiscale optimale pour l’exercice.