L'Espagne entre en 2026 sans budget propre pour la huitième année consécutive. La Loi de finances générale de l'État en vigueur est celle de 2022 — en pratique une prorogation du budget 2018 avec des ajustements ciblés — et le gouvernement Sánchez n'a pas présenté de nouveau budget depuis que le Parlement a rejeté le projet 2019, déclenchant des élections anticipées. Cette prorogation budgétaire indéfinie a des conséquences tangibles pour les entreprises et pour l'économie espagnole, même si l'impact réel diffère significativement de ce que suggèrent les analyses superficielles.
Ce que signifie concrètement une prorogation budgétaire
La prorogation automatique des budgets, établie par l’article 134.4 de la Constitution espagnole (Constitución Española), ne signifie pas que l’État s’arrête. Les obligations constitutionnelles — retraites, allocations chômage, traitements de la fonction publique, service de la dette — se poursuivent sans interruption. Les véritables conséquences de la prorogation sont plus spécifiques :
Ce qui peut être fait sans nouveau budget :
- Exécuter les lignes de dépenses ordinaires du budget prorogé.
- Gérer les crédits extraordinaires via des Décrets-lois royaux pour les dépenses urgentes et imprévues.
- Déployer les fonds du Plan de relance européen (PRTR — Plan de Recuperación, Transformación y Resiliencia) déjà engagés, qui sont indépendants du budget national.
- Modifier les taux de l’IBI (taxe foncière) et d’autres taxes locales (compétence des collectivités locales).
Ce qui ne peut pas être fait sans nouveau budget :
- Ouvrir de nouvelles lignes de subventions directes non incluses dans le budget prorogé.
- Augmenter significativement les effectifs du secteur public ou créer de nouveaux organismes.
- Lancer de grands programmes de travaux publics ou des marchés pluriannuels dépassant les crédits disponibles.
- Modifier les taux des principales taxes d’État (impôt sur le revenu, impôt sur les sociétés, TVA) sans approbation parlementaire — bien que ceux-ci puissent être modifiés par voie législative ordinaire.
Recettes fiscales et horizon de réforme
Le gouvernement a maintenu des recettes fiscales record ces dernières années sans avoir besoin d’un nouveau budget : les recettes totales de l’État en 2024 ont dépassé 300 milliards d’euros pour la première fois, portées par l’inflation qui élève les assiettes fiscales nominales, des chiffres d’emploi solides stimulant les cotisations sociales et les recettes de l’impôt sur le revenu, et une activité touristique record. Néanmoins, le déficit structurel de l’Espagne persiste et la Commission européenne continue d’exercer une pression pour un ajustement budgétaire.
Le scénario le plus probable pour 2026 est que le gouvernement tente de faire passer des mesures fiscales ciblées par voie législative ordinaire ou par Décret-loi royal. Les réformes les plus débattées susceptibles de se concrétiser comprennent :
Impôt sur les Sociétés (Impuesto de Sociedades) : Le gouvernement a signalé son intention de relever le taux effectif minimum pour les grandes entreprises à 15 %, en alignement avec l’accord mondial OCDE/G20 (Pilier Deux, déjà transposé en tant que Directive UE 2022/2523). Pour les groupes multinationaux avec des opérations en Espagne payant un taux effectif inférieur à 15 %, l’impact pourrait être significatif. Pour les PME imposées au taux général de 25 %, le changement serait neutre.
Nouveaux prélèvements sur les patrimoines élevés : L’Impôt temporaire de solidarité sur les grandes fortunes (Impuesto Temporal de Solidaridad de las Grandes Fortunas, ITSGF), introduit par la Loi 38/2022 à titre « temporaire », a été prorogé indéfiniment. Le débat sur sa pérennisation et l’éventuel élargissement de sa base se poursuit.
Révision des avantages fiscaux aux entreprises : Plusieurs rapports d’organismes tels que l’AIReF (Autorité indépendante de responsabilité fiscale) et la Banque d’Espagne ont noté que les dépenses fiscales dépassent 40 milliards d’euros annuels en recettes non perçues, avec une justification économique discutable pour certaines. La révision des déductions de l’Impôt sur les Sociétés (R&D, internationalisation, régime PME) représente un risque réglementaire à l’horizon.
Déploiement des fonds de relance européens en 2026
Le Plan de relance et de résilience (PRTR) d’une valeur de 163 milliards d’euros pour l’Espagne (dont 77,2 milliards de transferts directs et le reste de prêts disponibles) est le principal catalyseur de l’investissement public sur la période 2021-2026.
L’exécution a été plus lente que prévu initialement mais s’est accélérée de manière significative en 2024 et 2025. Les flux d’investissement les plus pertinents pour les entreprises en 2026 sont concentrés dans :
- Numérisation et IA : appels à projets du CDTI et de Red.es pour la numérisation des entreprises, les projets d’IA et de cybersécurité, avec une allocation restante estimée à plus de 3 milliards d’euros jusqu’en 2026.
- Énergie renouvelable et efficacité énergétique : le PERTE pour les Énergies renouvelables, l’Hydrogène renouvelable et le Stockage (ERHA) avec 16 milliards d’euros engagés.
- Mobilité durable : le PERTE Véhicule électrique et les subventions MOVES III pour l’électrification des flottes d’entreprise.
- Agroalimentaire et biotechnologie : le PERTE Agroalimentaire avec des investissements dans la modernisation agricole et le développement de la chaîne de valeur.
Pour les entreprises, l’exécution des fonds PRTR en 2026 représente une opportunité de financement significative qui compense partiellement la réduction de l’activité de commande publique découlant de la prorogation du budget ordinaire.
Principaux chiffres des dépenses publiques pour 2026
Malgré la prorogation, l’État espagnol exécutera des dépenses consolidées estimées à environ 660-680 milliards d’euros en 2026 (y compris la Sécurité sociale et les administrations régionales et locales), soit environ 48-49 % du PIB. Les lignes de dépenses les plus pertinentes pour le monde des affaires sont :
- Commande publique : le secteur public demeure le plus grand acheteur de biens et services en Espagne, avec un portefeuille de contrats actifs dépassant 80 milliards d’euros par an. La Plateforme de contrats du secteur public (PLACSP) est la source d’information la plus à jour pour les entreprises identifiant des opportunités d’appels d’offres.
- Recherche, Développement et Innovation : les dépenses publiques de R&D restent à environ 0,7 % du PIB, bien en dessous de l’objectif de 3 % de la Stratégie de Lisbonne. Les déductions fiscales R&D de l’Impôt sur les Sociétés en vertu de l’article 35 de la LIS (jusqu’à 42 % des dépenses de R&D en déduction) restent l’instrument le plus pertinent pour les entreprises innovantes.
Recommandations pratiques de planification pour 2026
L’incertitude budgétaire ne doit pas paralyser la planification des entreprises. Recommandations pratiques :
- Capturer les fonds PRTR disponibles avant la fermeture de la fenêtre d’exécution. Les appels à projets PERTE ont des délais stricts et la concurrence pour le financement est intense.
- Modéliser votre position fiscale dans les scénarios de référence et de réforme : quantifier l’impact d’un taux effectif minimum d’Impôt sur les Sociétés de 15 % et de l’élimination de déductions spécifiques.
- Surveiller l’agenda de la commande publique sur la plateforme PLACSP pour anticiper les opportunités d’appels d’offres dans les secteurs pertinents.
- Évaluer l’accès aux financements ICO et IGAPE pour les projets d’investissement, ces ressources étant indépendantes de l’approbation d’un nouveau budget.
Chez BMC, nos équipes fiscale et stratégique analysent l’impact budgétaire et économique des politiques publiques pour aider les entreprises à planifier avec plus de certitude. Découvrez nos services de planification fiscale.