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Stratégie Actualité

Élections européennes 2024 : Impact sur l'agenda des entreprises

Élections au Parlement européen de juin 2024 : virage vers la droite (gains du PPE, pertes des Verts), paquet Omnibus reportant la CSRD et la CS3D pour les PME, et pourquoi les projets de conformité ESG doivent se poursuivre malgré l'incertitude réglementaire.

6 min de lecture

Les élections au Parlement européen tenues du 6 au 9 juin 2024 ont produit le résultat prévu par les sondages : un virage dans le rapport de forces vers le centre-droit et la droite conservatrice, avec des gains pour le Parti Populaire Européen (PPE), les Conservateurs et Réformistes Européens (CRE, le groupe de Giorgia Meloni) et Identité et Démocratie (ID). La gauche et les Verts ont perdu des sièges, bien que la coalition pro-UE (PPE + S&D + Renew) conserve la majorité nécessaire pour réélire Ursula von der Leyen pour un second mandat à la tête de la Commission.

Le nouvel équilibre politique et ses implications réglementaires

Le résultat électoral ouvre une nouvelle phase dans la politique réglementaire européenne caractérisée par une tension entre les engagements existants — le Pacte vert, la réglementation numérique, l’agenda social — et la pression d’une majorité parlementaire plus sceptique quant au rythme et à l’intensité de la réglementation. Les implications pour les entreprises se cristallisent dans plusieurs domaines.

Agenda vert : décélération, non inversion

La nouvelle Commission Von der Leyen II a maintenu les objectifs climatiques du Pacte vert (réduction des émissions de 55 % d’ici 2030, neutralité climatique d’ici 2050) mais a incorporé la « compétitivité » comme cinquième objectif transversal aux côtés de la décarbonation, de la biodiversité, de l’économie circulaire et de l’alimentation durable.

L’illustration la plus claire de ce changement a été le paquet de simplification Omnibus présenté en février 2025, qui propose de reporter de deux ans l’application de la CSRD pour les deuxième et troisième groupes d’entreprises (de 2025 à 2027 et de 2026 à 2028 respectivement) et de relever les seuils d’application de la CSRD pour exclure les PME cotées. Il propose également de réduire significativement le champ de la CS3D (Directive sur le devoir de vigilance des entreprises en matière de durabilité), limitant l’obligation de diligence raisonnable dans la chaîne de valeur aux seuls fournisseurs directs de premier rang.

Réglementation numérique : l’AI Act et le Data Act inchangés

L’agenda numérique — l’AI Act (Règlement 2024/1689), le Data Act (Règlement 2023/2854), le Digital Markets Act (DMA) et le Digital Services Act (DSA) — maintient ses délais sans modification. Le nouveau Parlement n’a pas remis en cause ces instruments, qui bénéficient d’un large consensus politique transpartisan. Pour les entreprises, cela signifie que les délais de l’AI Act restent opérationnels et que l’investissement dans la conformité numérique est irréversible.

Politique commerciale : protectionnisme sélectif

La nouvelle composition du Parlement favorise une politique commerciale plus défensive vis-à-vis de la Chine et, dans une moindre mesure, des États-Unis. Le Mécanisme d’Ajustement Carbone aux Frontières (CBAM), entré dans sa phase transitoire en octobre 2023, maintient son calendrier pour une application complète à partir de 2026, imposant un prix du carbone sur les importations d’acier, de ciment, d’aluminium, d’engrais, d’électricité et d’hydrogène en provenance de pays sans prix équivalent du carbone. Pour les entreprises important ces produits, l’impact économique du CBAM est significatif à partir de 2026.

Le rapport Draghi et la réponse de la Commission

En septembre 2024, Mario Draghi a présenté à la Commission le rapport « L’avenir de la compétitivité européenne », commandé par Von der Leyen. Le rapport diagnostique un écart de productivité croissant entre l’Europe et les États-Unis et la Chine, identifiant comme causes la fragmentation du marché unique, la rareté du financement privé pour l’innovation et le poids réglementaire accumulé.

Parmi ses recommandations à l’impact le plus élevé pour les entreprises figurent : la nécessité d’une véritable Union des marchés de capitaux pour mobiliser l’épargne privée européenne vers l’investissement dans l’innovation, une réduction des coûts énergétiques industriels (estimés au double ou au triple du niveau américain), et la simplification du cadre réglementaire (le rapport estime que la charge réglementaire coûte à l’économie européenne 2-3 % de PIB annuellement).

La Commission a répondu avec la Boussole de compétitivité, publiée en février 2025, qui articule les priorités de la nouvelle Commission autour de la réduction de la dépendance énergétique, du renforcement de la base industrielle européenne dans les secteurs stratégiques (semi-conducteurs, défense, industrie à forte intensité énergétique) et de la simplification de la réglementation des entreprises.

Implications pour la stratégie M&A et d’investissement

L’environnement politique et réglementaire post-électoral en 2025 a des implications directes pour les décisions d’investissement et M&A des entreprises espagnoles :

Marchés de capitaux : l’agenda de l’Union des marchés de capitaux reprend de l’élan avec le soutien de la Commission Von der Leyen II, ce qui pourrait faciliter l’accès des entreprises européennes de taille intermédiaire aux marchés de capitaux dans les années à venir et réduire la dépendance au financement bancaire.

Aides d’État et fonds européens : l’approbation de cadres d’aides d’État plus flexibles (NZIA, Net-Zero Industry Act) et le déploiement continu des fonds NextGenerationEU jusqu’en 2026 maintiennent ouverts des canaux de financement public significatifs pour les projets industriels, numériques et énergétiques en Espagne.

Politique de concurrence : la nouvelle Commission a signalé qu’elle réviserait les lignes directrices sur les fusions pour permettre la création de champions européens dans les secteurs stratégiques. Cela pourrait assouplir le contrôle antitrust de certaines transactions M&A transfrontalières que la Commission précédente avait bloquées.

Ce que les entreprises doivent surveiller en 2025-2026

Les dossiers réglementaires que les entreprises doivent suivre attentivement au cours de 2025-2026 sont :

  1. Paquet Omnibus : la simplification proposée de la CSRD et de la CS3D est en cours d’approbation législative. La position définitive du Conseil et du Parlement déterminera les délais définitifs pour les deux directives.
  2. Révision du SEQE (Système d’Échange de Quotas d’Émission) : la nouvelle phase du système européen d’échange de quotas d’émission, avec la suppression progressive des quotas gratuits pour l’industrie, a un impact direct sur les coûts pour les entreprises disposant d’installations émettant du CO2.
  3. Règlement sur les emballages et les déchets d’emballages (PPWR) : affecte toutes les entreprises mettant des produits emballés sur le marché, avec des obligations sur la recyclabilité, le contenu recyclé et la réutilisation.
  4. Directive sur le devoir de vigilance des entreprises en matière de durabilité (CS3D) : en attente d’adoption définitive, elle établira des obligations de diligence raisonnable en matière de droits humains et d’environnement pour les entreprises de plus de 1 000 salariés et 450 millions d’euros de chiffre d’affaires.

Chez BMC, nous analysons l’impact des changements réglementaires européens sur la stratégie des entreprises. Découvrez nos services de conseil aux entreprises.

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