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Juridique Analyse sectorielle

Secteur immobilier : Impact de la loi sur le logement

Impact de la Loi sur le logement 2023 (Loi 12/2023) sur le secteur immobilier espagnol : définition du grand propriétaire (10+ biens), plafonnement des loyers dans les zones tendues via l'indice IGC, risque de désignation de zone tendue pour les investisseurs, et implications sur la valorisation des SOCIMI.

7 min de lecture

L'adoption de la Loi sur le logement 2023 a généré un impact direct et immédiat sur le secteur immobilier espagnol, affectant à la fois les propriétaires individuels et les grands investisseurs institutionnels. Le marché locatif résidentiel, déjà sous pression en raison de la pénurie d'offre et d'une demande croissante, est entré dans une phase de plus grande incertitude réglementaire après l'entrée en vigueur de la Loi 12/2023.

Le nouveau cadre juridique : la Loi 12/2023

La Loi 12/2023 du 24 mai sur le droit au logement introduit des changements structurels qui vont bien au-delà de la réglementation des loyers. La loi modifie la Loi sur les Baux Urbains (LAU), la Loi de Procédure Civile (LEC) sur les procédures d’expulsion, la Loi Foncière et diverses dispositions fiscales, créant un système intégré de mesures affectant l’ensemble du cycle locatif résidentiel.

Parmi les changements les plus significatifs pour les opérateurs professionnels figure la redéfinition du concept de « grand propriétaire » : toute personne physique ou morale détenant plus de dix propriétés résidentielles urbaines, ou une surface habitable construite dépassant 1 500 mètres carrés, à l’exclusion des garages et boxes de rangement dans les deux cas. Cette désignation active un ensemble d’obligations supplémentaires qui ne s’appliquent pas aux petits propriétaires mais qui déterminent le cadre opérationnel pour tout investissement résidentiel institutionnel.

La loi est entrée en vigueur le 26 mai 2023, bien que certaines dispositions nécessitent un développement réglementaire ultérieur par les communautés autonomes avant de produire leur plein effet pratique.

Diminution de l’offre locative

Les analystes du marché ont signalé une réduction de l’offre locative dans les grandes villes dans les mois suivant l’adoption de la loi. Certains propriétaires ont choisi de retirer leurs biens du marché locatif face à l’incertitude sur les futures désignations de zones tendues et les restrictions de mise à jour des loyers.

Cet effet de contraction de l’offre n’est pas propre à l’Espagne. Les études sur les effets de la régulation des loyers à Berlin (2020), San Francisco (1994-1998) et New York montrent systématiquement le même schéma : l’introduction du contrôle des loyers réduit l’offre locative disponible de 15 à 25 % à moyen terme, car elle incite à la conversion des biens vers d’autres usages — vente, occupation par le propriétaire, location touristique — ou simplement au désinvestissement.

Dans le contexte espagnol, l’incertitude sur quelles municipalités seront déclarées zones tendues — un pouvoir dévolu aux communautés autonomes en vertu de l’article 18 de la Loi 12/2023 — produit un effet anticipatoire : les propriétaires dans les villes à forte pression immobilière révisent leurs décisions d’investissement avant même que des désignations formelles n’interviennent. Pour les investisseurs institutionnels, ce contexte renforce la nécessité de modéliser des scénarios réglementaires dans toute nouvelle analyse d’acquisition résidentielle.

Zones tendues : mécanisme et conséquences pratiques

Une zone de marché résidentiel tendu peut être déclarée par la communauté autonome concernée lorsqu’au moins l’un des deux critères est rempli : (i) le coût moyen d’un prêt immobilier ou d’un loyer plus les charges de base dépasse 30 % du revenu moyen des ménages dans la zone ; ou (ii) le prix d’achat ou de location a augmenté cumulativement sur les cinq années précédentes de plus de trois points de pourcentage au-dessus de la croissance cumulée de l’IPC de la communauté autonome.

Dans les zones tendues, les nouveaux contrats de bail résidentiel signés par les grands propriétaires ne peuvent pas fixer un loyer dépassant le loyer du contrat précédent mis à jour conformément à l’indice de garantie de compétitivité (IGC), ni dépasser le loyer maximum résultant de l’indice de référence des prix de location du ministère du Logement. Cet indice de référence — publié en 2024 — établit des loyers maximaux au mètre carré pour chaque zone de recensement en fonction des caractéristiques du bien. Son impact sur le rendement attendu des biens où les loyers du marché actuels dépassent substantiellement l’indice peut être significatif.

La Catalogne, les Baléares et le Pays basque figurent parmi les premières communautés autonomes à avoir engagé des procédures de désignation de zones tendues après l’entrée en vigueur de la loi. Les propriétaires et gestionnaires disposant d’actifs dans ces régions doivent surveiller activement l’état d’avancement des procédures de désignation, car la publication au journal officiel active immédiatement les restrictions de loyer.

Impact sur les valorisations d’actifs

Pour les fonds immobiliers et les SOCIMI, la loi a introduit de nouvelles variables dans les modèles de valorisation. La réduction potentielle des loyers futurs dans les zones tendues affecte le rendement et la valeur de capitalisation des actifs résidentiels. Les portefeuilles les plus exposés à la location résidentielle dans les grandes villes ont révisé leurs méthodologies de valorisation.

En pratique, un actif résidentiel dans une zone tendue déclarée où le loyer du marché dépasse l’indice de référence de 15 % verra son loyer réalisable réduit au niveau de l’indice. Si le modèle de valorisation était fondé sur les loyers du marché actuels ou projetés, l’impact sur la valeur de l’actif peut être significatif. Les valorisations préparées selon les normes RICS ou les règles ECO 805/2003 doivent intégrer ce facteur de risque réglementaire explicitement et avec une documentation complète.

Pour les SOCIMIs spécifiquement, la Loi sur le logement a introduit une modification fiscale pertinente : les SOCIMIs détenant des biens résidentiels dans des zones tendues qui augmentent les loyers au-delà des limites légales deviennent soumises à une taxe spéciale de 3 % sur les revenus bruts de la location de ces biens, en vertu de la nouvelle Dix-septième Disposition Additionnelle de la Loi 11/2009 régissant les SOCIMIs.

Nouvelles stratégies des investisseurs

Face au nouveau cadre réglementaire, les investisseurs institutionnels ont réorienté leur intérêt vers les locations saisonnières, le coliving et les actifs logistiques ou de bureaux. Les locations touristiques, malgré leurs propres restrictions municipales, ont gagné un attrait comparatif par rapport à la location résidentielle à long terme.

La location saisonnière — régie par l’article 3.2 de la LAU comme une location à des fins autres que la résidence permanente — n’est pas soumise aux plafonds de loyer de la Loi 12/2023, bien que certaines municipalités examinent des mécanismes pour étendre les restrictions à cette catégorie. La frontière juridique entre une location saisonnière légitime et un bail résidentiel permanent déguisé est mince et a déjà généré des décisions judiciaires que les opérateurs doivent comprendre avant d’adopter cette structure.

Dans le segment du build-to-rent (BTR), les promoteurs construisant spécifiquement pour louer dans des zones tendues bénéficient d’incitations spécifiques en vertu de la loi : la possibilité d’une majoration de 10 % au-dessus du loyer du contrat précédent si le bien a été réhabilité dans les deux années précédentes à un coût dépassant 10 % de son prix d’acquisition. Cette incitation peut rendre certains projets BTR financièrement viables dans les zones tendues, bien que son application nécessite une analyse juridique et fiscale approfondie.

Perspectives pour l’investissement immobilier

Le secteur immobilier espagnol conserve des fondamentaux solides malgré un environnement réglementaire plus exigeant : un déficit structurel d’offre, une demande soutenue portée par les flux migratoires et la croissance démographique dans les grandes villes, et une attractivité continue pour les investisseurs internationaux dans un contexte de taux d’intérêt plus stable. Cependant, le rendement corrigé du risque des investissements résidentiels dans les grandes villes a diminué, réorientant les capitaux vers des actifs alternatifs — logistique, data centres, logements étudiants — et vers des marchés secondaires et tertiaires non affectés par les désignations de zones tendues.

Chez BMC, nous conseillons les fonds et investisseurs sur l’adaptation stratégique aux évolutions réglementaires du secteur immobilier. Découvrez nos services de conseil en restructuration et immobilier.

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