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Opérations Analyse sectorielle

Secteur logistique : Chaîne d'approvisionnement et conformité 2024

Secteur logistique espagnol 2024 : 104 milliards € de chiffre d'affaires (7,8 % du PIB), obligations d'audit de la chaîne d'approvisionnement CSDDD pour les grands opérateurs, Règlements UE sur les batteries et les emballages ajoutant des obligations de traçabilité pour les prestataires logistiques.

6 min de lecture

Le secteur logistique espagnol a clôturé 2024 avec un chiffre d'affaires d'environ 104 milliards d'euros, représentant 7,8 % du PIB national. La transformation en cours — portée simultanément par la digitalisation, la pression pour décarboner les chaînes de transport et un cadre réglementaire européen profondément révisé — crée un paysage d'opportunités et de risques que les opérateurs de toutes tailles doivent gérer avec rigueur.

Le nouveau cadre réglementaire européen : la CSDDD et ses implications

La Directive (UE) 2024/1760 sur le devoir de vigilance des entreprises en matière de durabilité (CSDDD) est sans doute la norme ayant le plus grand impact structurel sur les chaînes d’approvisionnement européennes depuis la création du marché unique. Adoptée en juin 2024, elle oblige les grandes entreprises à identifier, prévenir, atténuer et remédier aux incidences négatives réelles et potentielles de leurs opérations et chaînes de valeur sur les droits de l’homme et l’environnement.

Pour le secteur logistique, l’impact est bidirectionnel : les grands opérateurs logistiques sont des sujets directs de la norme lorsqu’ils dépassent les seuils (1 000 salariés et 450 millions d’euros de chiffre d’affaires à partir de 2027), mais ils sont également des sujets indirects en tant que fournisseurs dans les chaînes d’approvisionnement d’entreprises industrielles déjà soumises à l’obligation. Les implications pratiques comprennent :

  • Cartographie de la chaîne d’approvisionnement : identification de tous les fournisseurs de premier et deuxième rang, avec des évaluations des risques liés aux droits du travail, à l’impact environnemental et à la gouvernance.
  • Contrats avec clauses de diligence raisonnable : les contrats avec les sous-traitants de transport, d’entreposage et de distribution doivent intégrer des clauses exigeant le respect des normes ESG et permettant un audit.
  • Système de gestion des plaintes : les entreprises soumises à l’obligation doivent établir un mécanisme permettant aux parties affectées par les opérations de soumettre des plaintes. Ce mécanisme peut se superposer au canal d’alerte requis par la Loi espagnole 2/2023, s’il est correctement conçu.

Décarbonation du transport : Fit for 55 et mécanisme d’ajustement carbone aux frontières

Le paquet législatif européen Fit for 55 — visant une réduction de 55 % des émissions de GES d’ici 2030 par rapport à 1990 — comprend des mesures à impact direct sur le transport de fret :

Extension du SEQE au transport routier. À partir de 2027, le SEQE2 (Système d’Échange de Quotas d’Émissions pour les bâtiments et le transport routier) entrera en vigueur, plaçant un prix sur les émissions liées au diesel routier. Le secteur du transport routier, qui représente 27 % des émissions de CO2 du transport en Espagne, verra ses coûts d’exploitation augmenter proportionnellement au prix des quotas d’émission.

Normes d’émissions pour les véhicules lourds. Le Règlement (UE) 2019/1242, renforcé en 2023, établit que les constructeurs de camions doivent réduire les émissions moyennes de CO2 de leurs flottes de 45 % d’ici 2030 et de 90 % d’ici 2040. Cela accélère la transition vers les véhicules à zéro émission (électriques ou hydrogène) dans les flottes de transport urbain et de courte distance.

Mécanisme d’Ajustement Carbone aux Frontières (MACF). Le Règlement (UE) 2023/956 établit une taxe sur les importations de certains produits (acier, aluminium, ciment, engrais, hydrogène, électricité) sur la base de leur empreinte carbone. Les opérateurs logistiques gérant les importations de ces produits doivent adapter leurs systèmes d’information pour saisir et déclarer les données d’émissions incorporées nécessaires aux calculs MACF.

Digitalisation obligatoire : eCMR et traçabilité électronique

L’Espagne a ratifié en 2023 le Protocole additionnel à la Convention CMR sur la Lettre de Voiture Électronique (eCMR). L’adoption de l’eCMR élimine la documentation papier dans le transport routier international de marchandises et facilite la conformité aux exigences de traçabilité de la CSDDD et du MACF. Cependant, l’interopérabilité entre les systèmes des différentes parties de la chaîne de transport (chargeur, transporteur, destinataire, autorités douanières) reste le principal obstacle à l’adoption de masse.

Le Sistema de Suministro Inmediato de Información (SII) de l’AEAT, obligatoire pour les entreprises dont le chiffre d’affaires dépasse 6 millions d’euros, exige déjà la déclaration immédiate (dans les quatre jours) des factures émises et reçues. Pour les opérateurs logistiques gérant des milliers de factures mensuelles avec des clients et fournisseurs multi-pays, l’intégration du SII avec les Systèmes de Gestion du Transport (TMS) est une exigence opérationnelle incontournable.

Marchés publics et logistique verte

La Loi 9/2017 sur les Contrats du Secteur Public et les directives européennes sur les marchés publics intègrent des critères de durabilité environnementale qui favorisent les opérateurs logistiques disposant de flottes à faibles émissions, d’une certification ISO 14001 ou d’une gestion des déchets accréditée. La Directive (UE) 2019/1161 sur la promotion des véhicules propres fixe des objectifs minimaux d’achat de véhicules à faibles ou zéro émissions que les organismes publics espagnols doivent atteindre dans les appels d’offres de transport.

Pour les opérateurs logistiques travaillant avec l’administration publique — transport d’approvisionnement de santé, distribution postale, logistique militaire — l’adaptation à ces exigences est déjà une condition d’accès aux contrats, et non une option.

Impact sur le reporting financier

Le poids croissant des obligations ESG se reflète également dans l’information financière. Le Règlement sur la Taxonomie de l’UE (Règlement 2020/852) classe les activités économiques selon leur contribution aux objectifs environnementaux européens. Les activités de transport et de stockage ont leurs propres catégories de Taxonomie, et les entreprises soumises au reporting de durabilité (CSRD) doivent calculer et publier quel pourcentage de leur chiffre d’affaires, capex et opex provient d’activités alignées sur la Taxonomie.

Pour les opérateurs logistiques faisant partie de la chaîne de valeur de grands groupes industriels, la pression pour calculer et communiquer l’empreinte carbone de leurs services (émissions Scope 3 pour le chargeur) est déjà une réalité contractuelle qui anticipe l’obligation réglementaire.

Recommandations pour les opérateurs logistiques en 2025

L’adaptation au nouvel environnement réglementaire et concurrentiel nécessite des actions concrètes sur plusieurs fronts :

  1. Cartographie des risques de la chaîne d’approvisionnement : identifier les fournisseurs présentant la plus grande exposition aux risques ESG (pays à fort risque de travail forcé, fournisseurs sans certifications environnementales) et établir un plan d’amélioration ou de substitution.
  2. Digitalisation de la documentation : mettre en œuvre l’eCMR et connecter les systèmes TMS avec le SII pour réduire le travail manuel et les erreurs de réconciliation.
  3. Stratégie de décarbonation de la flotte : évaluer l’électrification des routes urbaines et de courte distance comme mesure combinant la réduction des coûts d’exploitation (prix de l’électricité par rapport au diesel) et la préparation au SEQE2.
  4. Révision des contrats avec clients et fournisseurs : intégrer des clauses de diligence raisonnable, des engagements de réduction des émissions et des droits d’audit alignés sur les exigences de la CSDDD.
  5. Mise à jour du reporting financier : commencer à calculer les indicateurs de Taxonomie de l’UE et l’empreinte carbone des services (Scope 1, 2 et 3) pour être prêt lorsque les clients l’exigent contractuellement.

Chez BMC, notre équipe opérationnelle aide les entreprises logistiques à naviguer la conformité ESG, la diligence raisonnable de la chaîne d’approvisionnement et les obligations de reporting financier. Découvrez nos services aux entreprises.

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