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Succession d'entreprise familiale avec actionnaires internationaux

Analyse BMC : comment planifier la succession d'une entreprise familiale espagnole avec des actionnaires internationaux, des héritiers transfrontaliers et des partenaires étrangers. Règlement européen sur les successions, optimisation de l'ISD et protocole familial.

25 min de lecture

Les entreprises familiales représentent plus de 85 % du tissu entrepreneurial espagnol. Mais le profil de ces entreprises familiales a fondamentalement évolué au cours des deux dernières décennies. La mondialisation, la mobilité internationale des familles propriétaires d'entreprises, l'entrée de fonds de capital-investissement en tant qu'actionnaires minoritaires et l'implication de partenaires stratégiques étrangers ont transformé ce qui était autrefois un paysage essentiellement national en une réalité véritablement transfrontalière.

Il en résulte un vide de conseil que très peu de cabinets abordent de manière intégrée. Une entreprise familiale espagnole doit aujourd’hui planifier sa succession non seulement au regard du Code civil et des règles régionales de l’Impôt sur les Successions et Donations (Impuesto sobre Sucesiones y Donaciones, ISD), mais aussi en tenant compte du Règlement européen sur les successions 650/2012, des conventions fiscales bilatérales applicables à chaque héritier ou actionnaire selon son pays de résidence, et des dispositions du protocole familial qui devront être exécutoires devant des tribunaux ou des arbitres dans de multiples juridictions.

Cet article couvre les huit éléments essentiels de la succession d’une entreprise familiale à dimension internationale, avec des références spécifiques à la législation européenne et espagnole en vigueur.

1. Qu’est-ce qui rend une succession d’entreprise « internationale » ?

La dimension internationale peut survenir par de multiples voies, pas toujours évidentes au début du processus de planification :

Des héritiers ou actionnaires résidant à l’étranger. Un fils ou une fille ayant étudié à l’étranger, épousé un ressortissant étranger et s’y étant installé constitue le cas le plus fréquent. Leur résidence fiscale dans un autre État détermine la manière dont leur héritage y est imposé et peut créer une double imposition si aucune convention fiscale bilatérale (CFB) ne couvre la succession, ou si la convention applicable ne traite pas spécifiquement des droits de succession et de donation.

Des actionnaires non-résidents. L’entrée d’un fonds de capital-investissement européen ou nord-américain, d’un investisseur providentiel étranger, ou d’un partenaire industriel français ou allemand transforme toute succession de l’actionnaire majoritaire en un événement ayant des conséquences sur la structure sociétaire qui s’étendent bien au-delà du droit espagnol. Les droits de drag-along, tag-along et de liquidité préférentielle du fonds peuvent être déclenchés au moment de la succession s’ils n’ont pas été soigneusement encadrés dans le pacte d’actionnaires et le protocole familial.

Un fondateur ayant la double nationalité ou résidant à l’étranger. L’entrepreneur espagnol vivant et travaillant à Londres, Genève ou Miami présente une situation particulièrement complexe : sa résidence habituelle peut soumettre l’ensemble de la succession à un droit national différent, avec des conséquences sur la répartition du patrimoine entre le conjoint, les enfants et les autres héritiers.

Des actifs commerciaux dans plusieurs pays. Une société possédant des filiales au Portugal, au Mexique ou aux Émirats arabes unis ajoute la complexité de la transmission des participations dans des entités étrangères, chacune soumise au droit local du pays concerné.

2. Règlement européen sur les successions 650/2012 et choix de la loi applicable

Le Règlement (UE) 650/2012 du Parlement européen et du Conseil, du 4 juillet 2012, relatif à la compétence, la loi applicable, la reconnaissance et l’exécution des décisions, et l’acceptation et l’exécution des actes authentiques en matière de successions, constitue l’instrument de référence pour les successions transfrontalières au sein de l’UE depuis le 17 août 2015.

La règle par défaut : résidence habituelle à la date du décès

L’article 21 du Règlement établit que la loi applicable à l’ensemble de la succession est la loi de l’État dans lequel le défunt avait sa résidence habituelle à la date du décès. Ce principe d’unité de la succession représente une amélioration significative par rapport au système antérieur — qui scindait la succession entre la loi du domicile du défunt pour les biens mobiliers et la lex situs pour les biens immobiliers — mais introduit une nouvelle incertitude pour les entrepreneurs à résidence variable : si le fondateur d’une entreprise sévillane passe ses dernières années au Luxembourg pour des raisons professionnelles, la succession de ses parts dans la société espagnole peut relever du droit luxembourgeois.

Professio juris : choisir la loi applicable

L’article 22 du Règlement introduit l’un des mécanismes les plus précieux en matière de planification successorale internationale : la professio juris, ou le choix de la loi applicable. Une personne peut désigner, dans un testament ou dans une déclaration faite sous la forme d’une disposition à cause de mort, que la loi de l’État dont elle possède la nationalité au moment du choix ou au moment du décès régisse l’ensemble de sa succession.

Pour l’entrepreneur espagnol résidant à l’étranger, ce choix constitue souvent la décision la plus importante de sa planification successorale. Le droit espagnol peut être plus favorable à plusieurs égards : les règles de réserve héréditaire du Code civil (legítima) réservent les deux tiers du patrimoine aux héritiers réservataires (legitimarios), mais dans les régions disposant de leurs propres traditions de droit civil — Catalogne, Pays basque, Navarre, Aragon, Galice et Baléares — les pactes successoraux conclus du vivant du propriétaire (pactos sucesorios) offrent une flexibilité considérablement plus grande pour désigner un héritier spécifique. Un entrepreneur catalan résidant en Allemagne peut choisir que sa succession soit régie par le droit catalan, évitant ainsi les règles du Pflichtteil du BGB allemand, qui fonctionnent différemment de la legítima espagnole.

Le Règlement ne s’applique pas au Royaume-Uni ni au Danemark (clauses d’opt-out), ce qui introduit une complexité supplémentaire pour les familles d’entrepreneurs ayant des liens avec le Royaume-Uni après le Brexit. La succession d’un fondateur résidant en Espagne ayant des héritiers au Royaume-Uni nécessite d’analyser à la fois le Règlement — applicable du côté espagnol — et le droit international privé anglais, qui maintient la distinction entre les biens mobiliers (loi du domicile du défunt) et les biens immobiliers (loi du situs).

Le Certificat Successoral Européen

L’article 62 du Règlement crée le Certificat Successoral Européen : un document délivré par l’autorité de l’État membre compétent (en Espagne, le notaire) qui atteste de la qualité d’héritier, de légataire, d’exécuteur testamentaire ou d’administrateur de la succession, et qui produit des effets directs dans tous les États membres. Pour la succession de parts dans une entreprise familiale ayant des associés dans d’autres États de l’UE, le Certificat Successoral Européen simplifie la procédure de transfert devant le registre du commerce de chaque pays.

3. Impôt sur les successions et donations avec des héritiers non-résidents

Le traitement fiscal de la transmission d’une entreprise familiale espagnole varie de manière considérable selon que les héritiers sont résidents ou non-résidents en Espagne, et dans quelle communauté autonome la succession est imposée.

La carte régionale de l’ISD espagnol

L’ISD espagnol présente une fragmentation fiscale sans équivalent dans aucun autre impôt national. Les différences entre communautés autonomes sont extrêmes :

  • Madrid : abattement de 99 % sur l’impôt dû pour les acquisitions par le conjoint, les descendants et les ascendants. En pratique, la succession d’une entreprise familiale imposée à Madrid n’entraîne quasiment aucun coût pour l’héritier.
  • Andalousie : depuis 2019, abattement de 99 % pour les mêmes groupes familiaux, à l’identique de Madrid.
  • Murcie : abattement de 99 % pour les Groupes I et II.
  • Valence : abattement de 50 % pour le Groupe I (descendants de moins de 21 ans) et réductions variables pour les autres, avec des taux effectifs sensiblement plus élevés qu’à Madrid ou en Andalousie.
  • Catalogne : pas d’abattement régional général ; les taux effectifs varient de 7 % à 32 % en fonction du patrimoine propre de l’héritier.
  • Pays basque et Navarre : régimes foraux propres, avec des règles entièrement indépendantes.

Cette concurrence régionale crée des incitations à planifier la résidence fiscale du fondateur : un déménagement à Madrid ou en Andalousie avant le décès peut réduire substantiellement la charge fiscale pesant sur les héritiers. Toutefois, l’AEAT et les tribunaux ont commencé à examiner avec attention les changements de résidence effectués dans les dernières années de vie sans motivation réelle.

L’arrêt Welte et la Loi 26/2014

L’arrêt de la Cour de justice de l’Union européenne dans l’affaire Welte (affaire C-181/12, 17 octobre 2013) a constitué un tournant décisif. La CJUE a déclaré incompatibles avec la libre circulation des capitaux (article 63 TFUE) les règles espagnoles qui refusaient aux non-résidents en Espagne le droit d’appliquer les règles régionales les plus favorables en matière d’ISD, les contraignant à acquitter l’impôt selon le barème national — avec des taux pouvant atteindre 34 % — sans accès aux abattements régionaux.

La Loi 26/2014, du 27 novembre, a modifié la Loi sur l’ISD en conséquence. Depuis lors, les non-résidents en Espagne résidant dans l’UE ou l’EEE ont le droit d’appliquer les règles régionales de la communauté autonome concernée. Et, conformément à la jurisprudence ultérieure — notamment l’arrêt de la CJUE dans l’affaire Feilen (affaire C-123/15) — et aux résolutions du TEAC, ce droit a été étendu aux résidents hors de l’UE et de l’EEE, bien qu’avec d’importantes nuances procédurales.

En pratique : un héritier résidant à New York ou à São Paulo peut bénéficier de l’abattement de 99 % disponible à Madrid ou en Andalousie, même si la succession est déposée auprès de l’AEAT centrale. Ce droit n’est pas automatique — il nécessite une gestion active auprès de l’Administration fiscale, incluant souvent des recours administratifs ou des réclamations devant le Tribunal Económico-Administrativo Central (TEAC).

L’abattement de 95 % pour les entreprises familiales

La réduction de 95 % sur la valeur imposable de l’entreprise familiale transmise par voie successorale — prévue à l’article 20.6 de la Loi 29/1987 (Loi ISD), avec des améliorations supplémentaires dans plusieurs communautés autonomes — constitue la pierre angulaire fiscale de toute succession d’entreprise familiale espagnole. Ses conditions essentielles sont les suivantes :

  1. Le défunt devait exercer des fonctions de direction effective dans l’entreprise, rémunérées à un niveau représentant plus de 50 % de ses revenus nets du travail et des activités économiques au cours de l’année du décès.
  2. L’entreprise ne doit pas avoir pour activité principale la gestion d’un portefeuille de valeurs mobilières ou immobilières (une sociedad de cartera au sens de l’article 4.Huit de la Loi sur l’Impôt sur la Fortune).
  3. Les acquéreurs doivent conserver les actifs hérités pendant au moins dix ans, sauf en cas de décès.

Pour l’entrepreneur résidant à l’étranger, satisfaire la première condition peut s’avérer problématique : si les fonctions de direction sont exercées à distance ou par l’intermédiaire d’un directeur général délégué, l’AEAT peut contester le fait que le fondateur « exerce effectivement des fonctions de direction » au sens de la disposition. Une planification anticipée — documentant de manière rigoureuse l’exercice effectif des fonctions de direction — est essentielle.

4. Le protocole familial à dimension internationale

Le protocole familial est le document central de gouvernance de toute entreprise familiale. Lorsque l’entreprise compte des actionnaires ou des héritiers internationaux, sa rédaction acquiert une complexité qualitative qui va bien au-delà de la production de versions en plusieurs langues.

Loi applicable au protocole et aux pactes parasociaux

Le protocole familial, en tant que contrat entre les membres de la famille et la société, est soumis à la loi choisie par les parties en vertu du Règlement Rome I (Règlement CE 593/2008 sur la loi applicable aux obligations contractuelles). Dans le contexte d’une entreprise familiale espagnole ayant des actionnaires étrangers, le choix standard et recommandé est le droit espagnol, directement lié au siège social de la société et à son registre du commerce.

Toutefois, le choix du droit espagnol n’élimine pas la possibilité qu’un actionnaire étranger invoque les règles d’ordre public de son pays de résidence lorsqu’il cherche à faire exécuter le protocole dans ce pays. C’est pourquoi les dispositions du protocole doivent être rédigées avec une robustesse permettant leur exécution devant des tribunaux ou des arbitres dans différentes juridictions.

Mécanismes de résolution des litiges

Le choix du mécanisme de résolution des litiges constitue une décision stratégique de premier ordre en présence d’actionnaires étrangers. Les tribunaux espagnols ordinaires — avec les juzgados de lo mercantil comme juridiction naturelle pour les litiges sociétaires — présentent l’inconvénient que leurs jugements, bien que reconnus au sein de l’UE en vertu du Règlement Bruxelles I bis (Règlement 1215/2012), sont plus difficiles à exécuter en dehors de l’Europe.

L’arbitrage international — avec siège à Madrid (Corte Española de Arbitraje, CEA ; Corte Civil y Mercantil de Arbitraje, CIMA) ou selon les règles de la Chambre de Commerce Internationale (CCI) — offre des avantages évidents : une sentence arbitrale est exécutoire dans plus de 160 pays en vertu de la Convention de New York de 1958, la procédure peut se dérouler en plusieurs langues, et l’arbitre peut être sélectionné pour son expertise en droit des sociétés espagnol et international. Pour les protocoles familiaux comportant des actionnaires au Royaume-Uni, en Amérique latine ou en Asie, une clause d’arbitrage CCI avec siège à Madrid et procédure en espagnol et en anglais constitue le standard professionnel.

Droits de tag-along et de drag-along avec des actionnaires internationaux

Les droits de tag-along (l’actionnaire minoritaire peut vendre aux mêmes conditions que le majoritaire) et de drag-along (l’actionnaire majoritaire peut contraindre le minoritaire à vendre au même acquéreur au même prix) sont standards dans toute société comptant des investisseurs financiers.

Leur interaction avec la succession de l’entreprise est critique : si le fondateur décède et que les héritiers ne remplissent pas les fonctions de direction exigées par le fonds, ou si la succession crée un blocage au sein de l’organe de direction, les dispositions de drag-along du fonds peuvent être déclenchées et forcer une vente totale de l’entreprise au pire moment.

La planification préventive doit inclure :

  • Des clauses de step-in pour le successeur désigné, établissant sa position de contrôle avant le décès du fondateur par le biais d’une donation progressive de parts.
  • Des engagements de lock-up restreignant temporairement l’exercice des droits de drag-along en cas de décès de l’actionnaire de référence, accordant au successeur le temps de consolider son rôle.
  • Des mécanismes d’évaluation par un tiers pour les événements de tag-along, utilisant des méthodologies préalablement convenues (multiple d’EBITDA, DCF avec des paramètres prédéterminés) qui évitent les litiges sur le prix au moment de la succession.

Langue et documentation

Un point pratique fréquemment négligé : dans une entreprise familiale comptant des actionnaires britanniques, allemands ou latino-américains, la langue des documents sociaux peut créer de véritables difficultés. Les procès-verbaux du conseil d’administration, les pactes parasociaux et le protocole familial doivent être disponibles dans les langues pertinentes, la version espagnole faisant référence officielle aux fins du registre du commerce et de l’exécution notariale.

5. Gouvernance d’entreprise pour les entreprises familiales mixtes

La présence d’actionnaires internationaux — qu’il s’agisse de membres de la famille non-résidents ou d’investisseurs financiers extérieurs — crée des exigences de gouvernance qu’une entreprise familiale purement nationale a rarement besoin de satisfaire.

Composition du conseil d’administration

Le conseil d’administration d’une entreprise familiale comptant des actionnaires internationaux doit refléter cette diversité. L’inclusion d’administrateurs indépendants — des personnes sans liens familiaux ni financiers avec les principaux actionnaires, sélectionnées pour leur expertise sectorielle ou internationale — constitue une exigence standard des fonds de capital-investissement et des partenaires industriels étrangers détenant des participations significatives.

La Loi espagnole sur les Sociétés de Capitaux (Real Decreto Legislativo 1/2010, modifié en 2014 et 2021) réglemente les devoirs des administrateurs avec une rigueur particulière : le devoir de loyauté, le devoir de diligence et l’interdiction des conflits d’intérêts. Dans un contexte international, les administrateurs indépendants jouent également un rôle de garants de la neutralité dans le processus de succession, apportant une assurance aux actionnaires minoritaires étrangers qui pourraient autrement soupçonner que les décisions successorales ont été prises exclusivement dans l’intérêt des héritiers du fondateur.

Conseil de famille et conseil d’administration : séparer les sphères

Dans les entreprises familiales comptant des actionnaires non familiaux — qu’il s’agisse de fonds, de partenaires industriels ou d’investisseurs providentiels — la distinction entre le Conseil de famille (organe délibératif interne à la famille, sans statut juridique sociétaire) et le Conseil d’administration (organe de gouvernance de la société, doté de responsabilités juridiques) dépasse la simple bonne pratique de gouvernance : c’est une exigence des investisseurs.

Un fonds de capital-investissement ou un partenaire industriel souhaite interagir avec le Conseil d’administration, au sein duquel ses représentants disposent d’une voix et d’un droit de vote. Il ne souhaite pas être entraîné dans les décisions internes à la famille. Cette séparation, formalisée dans le protocole familial, protège à la fois la famille (qui conserve son espace de délibération interne) et l’investisseur extérieur (qui opère dans le cadre juridique sociétaire standard).

Normes de reporting pour les investisseurs internationaux

Les fonds de capital-investissement et les actionnaires industriels étrangers exigent généralement une information financière périodique conforme aux normes internationales — IFRS ou, dans le cas de fonds américains, US GAAP — et en anglais. Cela peut créer une tension avec l’obligation de tenir les comptes selon le Plan General Contable (PGC) espagnol, qui constitue la base des déclarations fiscales auprès de l’AEAT.

La solution standard consiste à maintenir les comptes selon le PGC (obligation légale) et à préparer en complément un rapport de gestion selon les normes IFRS ou US GAAP pour les investisseurs internationaux. Cette double couche de reporting a un coût, mais c’est le prix de l’accès au capital international.

6. Structuration fiscale pour la succession avec des actionnaires internationaux

La planification fiscale de la succession d’une entreprise familiale comptant des actionnaires internationaux fait converger le droit fiscal espagnol, les conventions fiscales bilatérales et les règles fiscales nationales des pays où chaque actionnaire ou héritier réside.

La société holding et le régime ETVE

L’Entidad de Tenencia de Valores Extranjeros (ETVE) est un régime fiscal espagnol — régi par l’article 107 de la Loi sur l’Impôt sur les Sociétés (LIS) — conçu spécifiquement pour la détention de participations dans des entités non-résidentes. Ses principaux avantages sont :

  • Les dividendes et plus-values provenant de participations dans des entités non-résidentes sont exonérés d’IS espagnol au sein de l’ETVE (article 21 LIS), sous réserve que les conditions de participation minimale (5 %) et de durée de détention (un an) soient remplies.
  • Les dividendes distribués par l’ETVE à ses actionnaires non-résidents sont exonérés de retenue à la source en Espagne, à condition que les actionnaires résident dans un pays non considéré comme un paradis fiscal (article 107.2 LIS).

Pour l’entreprise familiale espagnole possédant des filiales à l’étranger et des actionnaires partiellement non-résidents, l’ETVE constitue le véhicule holding le plus efficient. Dans le contexte de la succession, la concentration de toutes les participations au sein de l’ETVE espagnole simplifie le processus : la succession porte sur les parts espagnoles de l’ETVE, soumises aux règles espagnoles de l’ISD, plutôt que d’affecter séparément les participations dans chaque filiale étrangère selon le droit de chaque pays.

L’exemption de participation (article 21 LIS) et la planification des dividendes

L’article 21 de la LIS, dans sa version actuelle issue de la Loi 40/2015 et de ses modifications ultérieures, prévoit une exemption de 95 % (réduite de 100 % après la réforme de 2021) sur les dividendes et plus-values de source étrangère. Cette exemption constitue l’épine dorsale de la planification fiscale des groupes d’entreprises espagnols ayant des opérations internationales.

Dans le contexte de la succession, l’exemption de participation remplit un double objectif : (1) elle permet le rapatriement des bénéfices des filiales étrangères vers la holding espagnole à coût fiscal réduit avant la succession, accumulant des liquidités pour couvrir l’ISD ; et (2) elle facilite l’évaluation de l’entreprise à des fins successorales, en documentant de manière cohérente la capacité du groupe à générer des dividendes.

Retenue à la source sur les dividendes versés aux non-résidents : conventions fiscales bilatérales

Lorsque l’entreprise familiale distribue des dividendes à des actionnaires non-résidents — qu’il s’agisse d’héritiers vivant à l’étranger ou de fonds domiciliés au Luxembourg ou en Irlande — la retenue à la source constitue la première considération fiscale. L’Espagne a conclu des conventions fiscales bilatérales avec plus de 90 pays, qui réduisent généralement le taux de retenue sur les dividendes à 5-15 % (contre le taux général de 19 % prévu par la Loi sur l’Impôt sur le Revenu des Non-Résidents).

Les situations les plus fréquentes dans l’entreprise familiale internationale :

  • Héritier résidant au Royaume-Uni : la CFB Espagne-Royaume-Uni limite la retenue à 10-15 % selon la participation.
  • Héritier résidant aux États-Unis : la CFB Espagne-États-Unis (1990, avec le Protocole de 2013) limite la retenue à 5 % si la participation excède 25 %, et à 10 % dans les autres cas.
  • Fonds domicilié au Luxembourg : CFB Espagne-Luxembourg, 5 % de retenue si la participation excède 10 %.
  • Héritier résidant au Mexique : CFB Espagne-Mexique (1994), 10 % de retenue.

L’événement successoral constitue une opportunité de réviser et d’optimiser la structure de détention en fonction des conventions applicables aux nouveaux actionnaires-héritiers, dont la résidence peut différer de celle du fondateur décédé.

Éviter la double imposition internationale sur les successions

De nombreux pays imposent les successions de leurs résidents sur les actifs situés à l’étranger, ce qui peut créer une double imposition lorsque l’Espagne taxe également la même succession. L’Espagne dispose de conventions bilatérales couvrant spécifiquement l’ISD avec la France, la Grèce et la Suède — laissant la plupart des situations les plus courantes sans couverture conventionnelle (héritiers au Royaume-Uni, en Allemagne ou aux États-Unis).

En l’absence de convention, la Loi ISD prévoit un crédit d’impôt unilatéral pour impôt étranger (article 23 de la Loi 29/1987) : l’héritier peut déduire de l’impôt espagnol le montant acquitté à l’étranger sur les mêmes actifs, dans la limite de l’impôt espagnol attribuable à ces actifs. Ce crédit n’élimine pas entièrement la double imposition mais l’atténue.

Une solution structurelle préalable — la création de la holding espagnole comme véhicule de détention de l’ensemble des actifs — peut réduire substantiellement ce problème, en convertissant la succession d’actifs répartis dans plusieurs pays en une succession de participations dans une seule entité espagnole, imposée principalement en Espagne.

7. Trois scénarios courants

Scénario A : fondateur sévillan, trois enfants — l’un à Londres, l’autre à Houston, le troisième à Séville

Le fondateur a 72 ans, réside à Séville et est propriétaire unique d’une entreprise de services logistiques réalisant 35 millions d’euros de chiffre d’affaires. Il a trois enfants : María, résidant à Séville et directrice des opérations de l’entreprise ; Carlos, résidant à Houston, Texas, depuis douze ans, possédant la double nationalité hispano-américaine ; et Paloma, résidant à Londres depuis 2015, mariée à un citoyen britannique.

Sans planification, la succession attirerait l’ISD en Andalousie (abattement de 99 %, coût quasiment nul) pour María, mais les considérations liées à l’estate tax du Texas pour Carlos et l’exposition potentielle à l’Inheritance Tax britannique pour Paloma (selon leur statut de domicile en droit anglais) compliquent la situation. La solution : une donation entre vifs de la majorité des parts à María — qui assume le contrôle opérationnel — en utilisant l’abattement de 99 % de l’Andalousie, avec une évaluation professionnelle indépendante de l’entreprise pour fixer la base imposable. Pour Carlos et Paloma, la structure de détention est redessinée pour verser des dividendes soumis à une retenue réduite au titre des CFB Espagne-États-Unis et Espagne-Royaume-Uni.

Scénario B : entreprise catalane avec un partenaire industriel allemand cherchant à se retirer

Une entreprise de technologie industrielle catalane, avec un partenaire industriel allemand de type Mittelstand détenant 30 % depuis huit ans, et un fondateur de 65 ans ayant trois enfants. Le partenaire allemand dispose de droits de tag-along au titre du pacte d’actionnaires et souhaite des liquidités sous trois ans. Si la succession du fondateur survient pendant la période d’incertitude, elle peut déclencher le drag-along du partenaire allemand.

La solution : un protocole familial renégocié intégrant une clause de step-in pour le fils aîné (introduit dans la direction avec des pouvoirs délégués deux ans auparavant), un lock-up de trois ans sur l’exercice des droits de drag-along en cas de décès du fondateur, et un processus parallèle pour trouver un acquéreur de la participation du partenaire allemand par le biais d’un rachat secondaire partiel avant le départ en retraite du fondateur.

Scénario C : la génération suivante revenant de l’étranger

Le fils d’un entrepreneur valencien, ayant passé dix ans à Singapour et revenant à Valence pour reprendre l’entreprise familiale de distribution pharmaceutique (60 millions d’euros de chiffre d’affaires), illustre une complication fréquente : durant dix années à Singapour, le fils a constitué un patrimoine personnel et établi une résidence fiscale hors d’Espagne. Son retour en Espagne peut déclencher des obligations fiscales espagnoles dès le premier jour, incluant la déclaration des actifs détenus à l’étranger (Modelo 720, restructuré après l’arrêt de la CJUE de 2022), et une analyse visant à déterminer si sa situation antérieure lui permet de bénéficier du régime de la Ley Beckham pour les premières années de son retour.

La planification dans ce cas exige de coordonner le conseil fiscal à Singapour (pour la clôture ordonnée de sa résidence fiscale dans ce pays) avec le conseil en Espagne (pour l’optimisation du retour, l’analyse du régime Beckham et la conception de la structure successorale du père).

8. Le calendrier de succession sur trois ans

La succession d’une entreprise familiale internationale n’est pas un projet de six mois. L’expérience de BMC dans ce type de missions indique que trois ans constituent l’horizon réaliste, structuré en quatre phases :

Année 1 — Diagnostic et gouvernance

La première année est consacrée à un diagnostic complet : inventaire des actifs dans tous les pays, analyse de la structure actionnariale et des conventions existantes, évaluation de la situation fiscale de chaque membre de la famille dans sa juridiction de résidence, et conception de l’architecture de gouvernance future. Au cours de cette phase, le ou les successeurs sont identifiés, le modèle du Conseil d’administration post-succession est défini, et les premières décisions relatives à la structure de détention sont prises.

Années 1-2 — Protocole familial et pactes parasociaux

La négociation et la formalisation du protocole familial constituent le cœur du processus. Avec des actionnaires internationaux, cette phase inclut nécessairement la négociation des clauses de tag-along, drag-along et de liquidité avec les actionnaires non familiaux. Le protocole doit être signé devant notaire espagnol, traduit dans toutes les langues pertinentes, et apostillé le cas échéant pour être opposable dans les pays de résidence des actionnaires étrangers.

Années 2-3 — Structuration fiscale

La création ou la réorganisation de la société holding, la mise en place du régime ETVE le cas échéant, la révision des CFB applicables à chaque actionnaire, et une évaluation indépendante actualisée de l’entreprise pour fixer le prix de référence des donations progressives entre vifs. Cette phase comprend également la souscription de contrats d’assurance-vie dimensionnés pour fournir les liquidités nécessaires au paiement de l’ISD par les héritiers ne disposant pas de ressources personnelles suffisantes.

Année 3 — Exécution et transfert progressif

Le transfert progressif du contrôle — par le biais de donations de parts, de délégations de pouvoirs et de modifications de l’organe de direction — s’achève au cours de la troisième année, le successeur étant établi dans ses fonctions avant le retrait définitif du fondateur.

9. L’approche intégrée de BMC

La succession d’une entreprise familiale à dimension internationale ne peut être traitée de manière fragmentée. Séparer l’avocat qui rédige le protocole du conseiller fiscal qui gère l’ISD et du consultant qui conçoit la structure holding constitue, dans ce type de mission, le principal facteur de risque.

BMC propose une approche intégrée articulée autour de trois disciplines :

Juridique : Rédaction et négociation d’un protocole familial comportant des clauses exécutoires dans de multiples juridictions, pactes parasociaux adaptés à la position de chaque actionnaire, analyse de l’élection de la professio juris au titre du Règlement (UE) 650/2012, et — lorsque des procédures d’insolvabilité concernant un actionnaire ou la société l’exigent — un conseil spécialisé en droit des procédures collectives assuré par Raúl Herrera García, avocat spécialisé en droit de l’insolvabilité, inscrit au ICAM (n° 79 836).

Fiscal : Optimisation de l’ISD pour les héritiers résidents et non-résidents — en appliquant la jurisprudence Welte et le régime régional le plus favorable —, analyse des CFB applicables à chaque actionnaire, structuration holding ETVE, planification des donations entre vifs et gestion de la double imposition internationale.

Corporate : Refonte de la gouvernance pour la phase post-succession : composition du nouveau Conseil d’administration, intégration d’administrateurs indépendants répondant aux attentes des actionnaires internationaux, conception du cadre du Conseil de famille, et infrastructure de reporting pour les investisseurs étrangers.

Si votre entreprise familiale compte des actionnaires ou des héritiers résidant à l’étranger, ou si vous envisagez l’entrée d’un partenaire international avant d’entamer le processus de succession, l’équipe BMC peut vous aider à concevoir une feuille de route prenant en compte l’ensemble des variables pertinentes : juridiques, fiscales et de gouvernance.

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