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Juridique Article

Obligations de conformité du conseil d'administration en Espagne : devoirs légaux des administrateurs

Obligations de conformité du conseil d'administration en Espagne : devoirs des art. 225-232 LSC, responsabilité pénale en vertu de l'art. 31 bis du Code pénal, assurance D&O et protocoles de bonne gouvernance.

9 min de lecture

Le conseil d’administration comme premier garant de la conformité

La tendance réglementaire des dernières années est sans équivoque : les obligations de conformité ne relèvent pas exclusivement des services juridiques ou des unités de conformité. L'organe de direction — qu'il s'agisse d'un administrateur unique, d'un conseil d'administration ou d'un conseil avec des comités délégués — est le premier et dernier responsable de s'assurer que l'entreprise dispose d'une culture de conformité effective.

Cette responsabilité n’est pas seulement morale ou réputationnelle. Elle a des conséquences juridiques directes : responsabilité civile pour les dommages causés à l’entreprise et à des tiers (art. 236-241 bis LSC), responsabilité fiscale subsidiaire des administrateurs pour les dettes de la société (art. 43.1 LGT), et depuis la réforme du Code pénal de 2015, la responsabilité pénale potentielle de la personne morale qui peut impliquer ses administrateurs.


Le statut légal des administrateurs : art. 225-232 LSC

Devoir de diligence (art. 225 LSC)

Le standard de diligence requis des administrateurs est celui du « chef d’entreprise ordonné ». Il ne s’agit pas d’un standard de résultat — les administrateurs ne garantissent pas le succès de leurs décisions — mais d’un standard de processus : ils doivent agir avec une information adéquate, consacrer le temps nécessaire et suivre des procédures de délibération appropriées.

La loi introduit expressément la règle du jugement d’affaires à l’art. 226 : les décisions de gestion prises de bonne foi avec une information adéquate et en l’absence d’intérêt personnel dans l’affaire sont protégées du contrôle judiciaire ultérieur. Cette règle reconnaît que la gestion d’une entreprise implique nécessairement une prise de décision dans l’incertitude et que la responsabilité des administrateurs ne peut être transformée en garantie de résultats.

Devoir de loyauté (art. 227-232 LSC)

Le devoir de loyauté oblige les administrateurs à toujours agir dans le meilleur intérêt de la société, en subordonnant leurs intérêts personnels et ceux des parties liées. Les obligations découlant du devoir de loyauté comprennent :

  • Ne pas utiliser le nom de la société ni invoquer leur qualité pour réaliser des transactions pour leur propre compte.
  • Ne pas utiliser d’informations confidentielles obtenues dans l’exercice de leurs fonctions à des fins privées.
  • Ne pas s’approprier à leur profit les opportunités d’affaires appartenant à la société.
  • Éviter les conflits d’intérêts avec la société, y compris les transactions avec la société elle-même, avec des sociétés du groupe ou avec des parties liées.
  • Divulguer immédiatement tout conflit d’intérêts réel ou potentiel.

La violation du devoir de loyauté engage la responsabilité civile et oblige l’administrateur à restituer à la société tout enrichissement obtenu. Contrairement à la responsabilité pour violation du devoir de diligence, la responsabilité pour violation du devoir de loyauté ne peut pas être limitée par les statuts.


Responsabilité pénale des personnes morales : art. 31 bis du Code pénal

La réforme du Code pénal de 2015 a introduit en Espagne le modèle vicaire de responsabilité pénale des personnes morales, suivant les standards internationaux fixés par l’OCDE et le GAFI.

Le modèle de responsabilité vicaire

La personne morale est pénalement responsable lorsque l’infraction est commise :

  1. Par ses représentants légaux ou ses administrateurs de droit ou de fait, dans l’exercice de leurs fonctions et au nom et pour le bénéfice — direct ou indirect — de la société.
  2. Par des personnes soumises à l’autorité des précédents — salariés, agents — lorsque l’infraction a été rendue possible par l’absence de contrôles qui auraient prévenu sa commission.

Le modèle de conformité comme exonération

La clé du système réside dans le fait que la personne morale peut être exonérée de responsabilité pénale si, avant la commission de l’infraction, elle a adopté et effectivement mis en œuvre un modèle organisationnel et de gestion adapté à la prévention des infractions de même nature. Si l’infraction est commise par la direction elle-même (scénario 1), l’exonération requiert en outre que la supervision et le contrôle du modèle de conformité aient été délégués à un organe de conformité doté de pouvoirs autonomes d’initiative et de surveillance.

Le rôle du conseil

Le conseil d’administration a trois responsabilités non délégables en matière de conformité pénale :

  1. Promouvoir et approuver le modèle de prévention des infractions.
  2. Nommer et doter de ressources adéquates l’organe de conformité (responsable de la conformité ou comité de conformité).
  3. Superviser périodiquement l’efficacité du modèle et mettre à jour la cartographie des risques pénaux.

Déléguer la gestion quotidienne de la conformité au responsable de la conformité n’exonère pas le conseil de sa responsabilité de supervision. Un modèle de conformité qui existe sur le papier mais n’est pas effectivement mis en œuvre ou mis à jour ne produit aucun effet exculpatoire.


Assurance D&O : couverture, exclusions et limites

Ce qu’elle couvre

L’assurance de responsabilité civile des administrateurs et dirigeants (D&O) est l’outil de transfert de risque spécifiquement conçu pour protéger le patrimoine personnel des administrateurs contre les réclamations en responsabilité civile. Une police D&O correctement structurée couvre :

  • Défense juridique : honoraires d’avocats et frais d’expertise dès la première réclamation, sans preuve préalable de responsabilité.
  • Indemnités : paiement des jugements ou accords de règlement amiable dont la société ou les administrateurs eux-mêmes doivent répondre.
  • Extension subsidiaire : couverture automatique pour les administrateurs des filiales du groupe.
  • Frais d’enquête : dépenses générées par les inspections administratives ou les enquêtes pénales préalables aux procédures formelles.

Ce qu’elle ne couvre pas

Les exclusions standard D&O comprennent :

  • Les fautes intentionnelles ou frauduleuses prouvées par jugement définitif.
  • Les amendes et sanctions de nature pénale ou quasi-pénale.
  • Les réclamations entre assurés (sauf accord contraire spécifique).
  • La responsabilité pour contamination environnementale (couverte par des polices environnementales spécifiques).
  • Les dommages corporels et matériels (couverts par l’assurance responsabilité civile générale).

Montant assuré et sous-limites

Le dimensionnement de la police D&O doit prendre en compte la taille de l’entreprise, son secteur d’activité et son exposition réglementaire. Pour les entreprises de taille intermédiaire dans des secteurs réglementés, des montants assurés entre 5 et 20 millions d’euros sont courants. Le renouvellement annuel de la police devrait s’accompagner d’une révision de la cartographie des risques des administrateurs.


Procès-verbaux du conseil : la mémoire juridique de l’organe de direction

Les procès-verbaux du conseil constituent la première ligne de défense des administrateurs dans toute réclamation en responsabilité. Une bonne pratique est que les procès-verbaux reflètent non seulement les décisions adoptées, mais aussi le processus de délibération qui y a conduit.

Contenu minimal recommandé

  • Identification complète des présents et de ceux représentés par procuration.
  • Déclaration expresse des conflits d’intérêts et des abstentions en résultant.
  • Résumé suffisant des informations présentées (rapports, expertises, documents).
  • Votes pour, contre et abstentions, identifiés par nom d’administrateur.
  • Votes dissidents des administrateurs opposants (essentiels pour l’exonération individuelle).
  • Référence aux documents incorporés comme annexes au procès-verbal.

Signature et conservation

Les procès-verbaux doivent être signés par le secrétaire et contresignés par le président, et transcrits dans le registre des délibérations du conseil, qui doit être légalisé auprès du Registre du commerce. La garde du registre incombe au secrétaire du conseil.


Obligations d’information du conseil

Les administrateurs sont soumis à de multiples obligations de reporting envers les actionnaires, les créanciers, l’administration et, pour les sociétés cotées, le marché :

  • Envers les actionnaires : comptes annuels, rapport de gestion, proposition de distribution des bénéfices et, pour les sociétés cotées, le rapport annuel de gouvernance d’entreprise et le rapport sur la rémunération des administrateurs.
  • Envers l’AEAT : déclarations fiscales, réponses aux demandes d’information et, pour les groupes de sociétés, documentation des prix de transfert.
  • Envers la Banco de España / CNMV / CNMC : selon le secteur réglementé, reporting périodique et ad hoc sur les événements pertinents.
  • Envers le marché (sociétés cotées) : informations privilégiées, faits pertinents, participations significatives, transactions des personnes exerçant des responsabilités dirigeantes.

Le non-respect des obligations d’information ne donne pas seulement lieu à des sanctions administratives mais peut également servir de base à une réclamation en responsabilité civile si les destinataires de l’information l’ont utilisée pour prendre des décisions d’investissement ou de crédit.


Protocole de gestion des conflits d’intérêts

Identification et déclaration

Chaque administrateur doit compléter une déclaration annuelle d’intérêts identifiant ses participations dans d’autres sociétés, ses mandats d’administrateur, ses relations familiales avec des fournisseurs ou des clients, et toute autre circonstance pouvant donner lieu à un conflit d’intérêts réel ou potentiel. Cette déclaration doit être mise à jour à chaque changement significatif.

Gestion du conflit au niveau du conseil

Lorsqu’un point de l’ordre du jour affecte les intérêts personnels d’un administrateur :

  1. L’administrateur déclare le conflit au début de la réunion ou avant que le point soit discuté.
  2. La déclaration est expressément consignée dans le procès-verbal.
  3. L’administrateur quitte la salle lors des délibérations et du vote sur le point (dans les cas à risque plus élevé) ou s’abstient au minimum de voter.
  4. Les autres membres du conseil délibèrent et votent sans l’administrateur concerné.

Pour les transactions plus significatives avec des parties liées, l’approbation peut nécessiter un avis de la commission d’audit et, dans certains cas, l’autorisation de l’assemblée générale.


Conclusion : conformité et responsabilité comme avantage concurrentiel

Un conseil qui remplit ses obligations légales avec rigueur et les documente correctement ne réduit pas seulement le risque de responsabilité personnelle pour ses membres : il génère de la confiance auprès des investisseurs, des institutions financières et des partenaires stratégiques, et facilite les transactions d’entreprise (due diligence, financement, introduction en bourse).

Chez BMC, nous conseillons les conseils d’administration dans la conception de leur architecture de conformité, la mise en œuvre du modèle de prévention pénale, la révision de l’assurance D&O et la formalisation des transactions avec des parties liées et des protocoles de gestion des conflits d’intérêts.

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