Le BOE du 4 mars 2026 publie le **Real Decreto-ley 6/2026, du 3 mars**, modifiant la **Loi 20/2022, du 19 octobre, de Mémoire Démocratique** (*Ley de Memoria Democrática*), relative à la reconnaissance en faveur des personnes décédées ou ayant subi des préjudices incapacitants lors de leur activité de défense et de revendication de la démocratie en Espagne.
Objet de la réforme
Le RDL 6/2026 introduit un nouveau régime de compensations économiques pour les personnes — ou leurs proches — qui ont subi des dommages personnels graves (décès ou préjudices ayant entraîné une incapacité) à la suite de leur activité de défense des libertés démocratiques pendant la dictature et la transition espagnoles.
Bénéficiaires
Peuvent solliciter les compensations :
- Personnes avec préjudices incapacitants qui établissent que ces préjudices résultent directement d’actes de répression ou de violence institutionnelle au cours de la période couverte par la Loi de Mémoire Démocratique.
- Proches de personnes décédées dans les mêmes circonstances, selon l’ordre de priorité suivant :
- Conjoint ou partenaire de vie survivant.
- Enfants.
- Parents.
- Frères et sœurs.
Procédure
Les demandes sont déposées auprès de la Dirección General de Asistencia a las Víctimas (Direction Générale d’Assistance aux Victimes) du Ministère de la Politique Territoriale et de la Mémoire Démocratique, accompagnées de :
- Pièces d’identité du demandeur et, le cas échéant, justificatifs du lien de parenté avec la personne décédée.
- Documents justifiant les faits (jugements, décisions administratives, rapports historiques, certificats des Archives Historiques Nationales).
- Rapport médical attestant des préjudices incapacitants, le cas échéant.
Le versement des compensations s’effectue par virement bancaire sur le compte indiqué dans la demande, dans un délai raisonnable à compter de la décision favorable.
Exonération fiscale
Les compensations économiques reconnues au titre de cette norme sont exonérées d’imposition en IRPF (Impuesto sobre la Renta de las Personas Físicas), conformément aux critères de la Dirección General de Tributos pour les indemnités au titre de la responsabilité patrimoniale des administrations publiques — fondés sur l’Art. 7.1.b) de la Loi 35/2006.
Pour les bénéficiaires résidant en France : conformément à l’Art. 22 de la Convention fiscale France-Espagne du 10 octobre 1995 (clause de revenus résiduels), les compensations qui ne s’inscrivent pas expressément dans une catégorie spécifique de la Convention peuvent être imposables dans l’État de résidence du bénéficiaire. Une consultation préalable avec un conseiller fiscal est recommandée.
Correction d’erreurs
Le BOE a publié ultérieurement une correction d’erreurs du RDL 6/2026 ; il convient donc de consulter le texte consolidé pour vérifier les montants et conditions définitifs.
Exemple pratique : famille avec bénéficiaires concurrents
Cas : M. Antonio F., décédé en 1976 lors d’une manifestation pro-démocratie. Il laisse un conjoint survivant (Mme Carmen, 82 ans) et un fils (Miguel, 54 ans). La Direction Générale d’Assistance aux Victimes reconnaît une compensation totale de 48 000 €.
Répartition (selon la correction d’erreurs du BOE du 12 mars 2026) :
| Bénéficiaire | Pourcentage | Montant |
|---|---|---|
| Conjoint (Mme Carmen) | 50 % | 24 000 € |
| Fils (Miguel) | 50 % | 24 000 € |
Traitement fiscal : les deux montants sont exonérés d’IRPF conformément à l’Art. 7.1.b) de la Loi 35/2006. Ils doivent être déclarés dans la case des revenus exonérés (casilla 0001) pour éviter des discordances lorsque l’AEAT (Agencia Tributaria) reçoit l’information du Ministère.
Documentation nécessaire : acte de décès, livret de famille attestant du lien de parenté, rapport des Archives Historiques Nationales ou de la Comisaría General de Información attestant de l’activité démocratique, et certificat de domiciliation en Espagne des demandeurs.
Erreurs fréquentes que BMC corrige
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Appliquer l’ordre de priorité du texte original du RDL au lieu de la correction d’erreurs. Le texte qui excluait le conjoint en présence d’enfants a été corrigé le 12 mars 2026.
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Omettre la compensation dans la déclaration IRPF. L’exonération n’est pas automatique et ne dispense pas de déclarer : si l’AEAT reçoit des données du Ministère sur le versement et que le contribuable ne le déclare pas comme revenu exonéré, un courrier d’éclaircissement est généré.
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Ne pas solliciter les certificats des Archives Historiques Nationales suffisamment à l’avance. Le délai d’émission peut dépasser trois mois.
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Confondre la compensation avec la pension de grâce reconnue par le RDL 43/1978 d’amnistie. Ces deux dispositifs sont compatibles et cumulables.
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Ne pas désigner de représentant légal lorsque le bénéficiaire réside hors d’Espagne. La demande requiert un représentant sur le territoire espagnol avec pouvoir notarié.
Prochaines étapes
- Vérifier que le proche décédé ou présentant des préjudices incapacitants s’inscrit dans le champ temporel de la Loi 20/2022 (dictature et transition, jusqu’en 1983 selon la doctrine majoritaire)
- Solliciter les certificats aux Archives Historiques Nationales et au Centre Documentaire de la Mémoire Historique (Salamanque) le plus tôt possible
- Consulter la correction d’erreurs du RDL 6/2026 publiée au BOE du 12 mars 2026 avant de préparer la demande
- Déposer la demande auprès de la Direction Générale d’Assistance aux Victimes par voie électronique (siège électronique du Ministère de la Politique Territoriale)
- Conserver la décision favorable pour justifier l’exonération IRPF en cas de demande de clarification de l’AEAT
- Vérifier la compatibilité avec d’autres pensions ou compensations perçues (pension de grâce RDL 43/1978, pensions de Classes Passives)
En BMC, nous accompagnons les familles et associations dans la constitution de ces demandes de compensation et dans la gestion fiscale des sommes perçues. Découvrez nos services de conseil fiscal et juridique.