L’Impôt sur les Sociétés (IS) en Espagne est le tribut qui grève les revenus obtenus par les personnes morales résidentes en Espagne et par les établissements permanents d’entités non résidentes. Avec plus de 1,7 million de déclarations annuelles, c’est l’un des piliers du système fiscal espagnol et la principale obligation fiscale de toute entreprise. Ce guide explique, de manière claire et actualisée à 2026, tout ce qu’une entreprise en Espagne doit connaître : qui paie, comment se calcule la base imposable, quels taux s’appliquent, quelles déductions sont en vigueur et quels sont les délais imprescriptibles.
Pour les filiales et succursales de groupes français établies en Espagne, l’IS espagnol est distinct de l’IS français : la Convention fiscale France-Espagne du 10 octobre 1995 régit les situations de double imposition et détermine les droits de chaque État sur les bénéfices. L’article 7 de la Convention attribue le droit d’imposition des bénéfices des entreprises à l’État où elles sont résidentes ou disposent d’un établissement permanent.
Qui est assujetti à l’Impôt sur les Sociétés en Espagne ?
Sont contribuables de l’IS, selon l’article 7 de la Loi 27/2014 de l’Impôt sur les Sociétés (LIS), toutes les personnes morales résidentes en Espagne, quelle que soit leur forme juridique : sociétés anonymes, sociétés à responsabilité limitée, sociétés coopératives, associations, fondations et autres entités dotées de la personnalité juridique propre.
La résidence fiscale en Espagne est attribuée aux entités remplissant l’un de ces trois critères : constitution conformément à la loi espagnole, siège social en Espagne ou siège de direction effective en Espagne (art. 8 LIS).
Portée territoriale. L’IS s’applique à la totalité des revenus mondiaux des entités résidentes, quelle que soit leur origine géographique. Les revenus obtenus à l’étranger sont imposables en Espagne, avec droit à déduire l’impôt payé hors d’Espagne (méthode d’exonération ou d’imputation). Les Territoires foraux du Pays Basque et de Navarre ont leur propre régime (Concierto et Convenio Económico), coordonné avec la réglementation nationale.
Taux d’imposition en 2026
Le taux applicable dépend de la nature et de la taille de l’entité :
| Type d’entité | Taux d’imposition |
|---|---|
| Régime général | 25 % |
| Entités nouvellement créées (1er et 2e exercice avec base positive) | 15 % |
| Entités avec CA net < 1 M€ | 23 % |
| Coopératives fiscalement protégées (résultats coopératifs) | 20 % |
| Établissements de crédit et exploitation d’hydrocarbures | 30 % |
| SOCIMI | 0 % / 19 % selon distribution de dividendes |
| Groupes concernés par le Pillar Two (revenus ≥ 750 M€) | Taux effectif minimum 15 % |
Le taux de 23 % pour les microentreprises (CA net inférieur à 1 million d’euros, introduit par la Ley 31/2022) est maintenu en 2026 sans modifications.
Le Pillar Two — impôt complémentaire minimum mondial — s’applique aux groupes avec des revenus consolidés égaux ou supérieurs à 750 millions d’euros. Transposé via la Ley 7/2024, du 20 novembre, il est pleinement en vigueur pour les périodes débutant à partir du 31 décembre 2023.
Base imposable : du résultat comptable à la quote-part
La base imposable de l’IS n’est pas le bénéfice comptable. L’article 10 LIS établit qu’elle se calcule en corrigeant le résultat comptable par les ajustements extra-comptables prévus dans la LIS elle-même.
Ajustements permanents et temporaires
- Permanents : différences ne s’inversant pas dans les exercices futurs. Exemple : charges non déductibles (amendes, libéralités). Augmentent la base sans contrepartie future.
- Temporaires : différences qui s’inversent. Exemple : amortissement comptable supérieur à l’amortissement fiscal.
Charges non déductibles (art. 15 LIS)
Les principales charges non déductibles sont :
- Rémunération des capitaux propres (dividendes versés aux associés)
- Amendes, sanctions pénales ou administratives
- Libéralités et attentions aux clients ou fournisseurs dépassant 1 % du CA
- Charges financières dépassant la limite de 30 % de l’EBITDA ajusté (avec un minimum de 1 million d’euros déductible)
Amortissements
La LIS autorise plusieurs méthodes : linéaire selon les tables officielles, pourcentage constant, somme des chiffres et plans d’amortissement approuvés. L’amortissement accéléré pour les éléments neufs de l’immobilisation corporelle et incorporelle dans les PME (CA < 10 M€) permet de doubler le coefficient maximum des tables (art. 103 LIS), générant un ajustement négatif qui reporte l’impôt.
Compensation des bases imposables négatives (BIN)
L’article 26 LIS régit la compensation des BIN générées dans les exercices précédents :
- Sans limite temporelle : les BIN peuvent être compensées dans les exercices futurs sans délai maximum.
- Limite quantitative : lorsque la base imposable avant compensation dépasse 1 million d’euros, le montant compensable ne peut pas excéder 70 % de cette base. Les 30 % restants sont imposés cette année et génèrent de nouvelles BIN non compensées qui se reportent.
- Exception pour les entités nouvellement créées : la limite de 70 % ne leur est pas applicable dans les trois premiers exercices avec base imposable positive.
Déductions en vigueur en 2026
Les déductions réduisent directement la quote-part nette (pas la base imposable). Les principales en vigueur en 2026 :
Recherche, Développement et Innovation technologique (R&D+i)
- R&D (art. 35.1 LIS) : déduction de 25 % des dépenses de l’exercice, portée à 42 % si les dépenses dépassent la moyenne des deux années précédentes.
- Innovation technologique (art. 35.2 LIS) : déduction de 12 % des dépenses dans des projets qualifiés d’innovation (non de R&D).
- Limite : l’ensemble des déductions incitatives ne peut pas dépasser 25 % de la quote-part nette (ou 50 % si la déduction R&D dépasse 10 % de la quote-part).
Création d’emploi
- Par chaque salarié handicapé : entre 9 000 € et 12 000 € de déduction selon le degré de handicap (art. 38 LIS).
Dons et mécénat (Ley 49/2002)
Déduction de 40 % de la base de la déduction (dons aux entités sans but lucratif relevant de la Ley 49/2002), portée à 50 % si le montant donné en 2026 est égal ou supérieur à celui de 2025 (fidélisation). Limite : 15 % de la base imposable.
Productions cinématographiques et audiovisuelles
- 20 % du coût de production pour les producteurs (jusqu’à 3 millions d’euros de déduction).
- 30 % pour les producteurs finançant des œuvres d’un autre producteur (coproduction financière).
Réserve de capitalisation et réserve de nivellement
- Réserve de capitalisation (art. 25 LIS) : réduction de 10 % de l’augmentation nette des fonds propres, sous réserve du maintien d’une réserve indisponible pendant cinq ans. Disponible pour toutes les entités soumises au taux général ou réduit.
- Réserve de nivellement (art. 105 LIS) : exclusive des entités de taille réduite (CA < 10 M€). Permet de réduire la base imposable jusqu’à 10 % (maximum 1 million d’euros) pour constituer une réserve compensant des BIN futures ou imposée cinq ans après si elles ne surgissent pas.
Acomptes provisionnels : formulaire 202
Les entités contribuables de l’IS doivent effectuer trois versements à valoir sur la déclaration annuelle, présentés et payés via le formulaire 202.
Modalités de calcul
Il existe deux méthodes :
-
Modalité standard (art. 40.2 LIS) : application de 18 % sur la quote-part nette du dernier exercice dont le délai de déclaration était échu le 1er du mois du versement, diminuée des déductions et des retenues à la source. C’est la méthode par défaut pour les entités avec un CA < 6 millions d’euros.
-
Modalité de la base de la période en cours (art. 40.3 LIS) : obligatoire pour les entités avec un CA ≥ 6 millions d’euros l’année précédente ; volontaire pour les autres. Application d’un pourcentage sur la base imposable cumulée depuis le début de l’exercice jusqu’aux mois de mars, septembre et novembre. Pour le taux général (25 %), il en résulte un taux de 17 %.
Délais de présentation
| Période | Date limite |
|---|---|
| 1er versement | 1er–20 avril |
| 2e versement | 1er–20 octobre |
| 3e versement | 1er–20 décembre |
Déclaration annuelle : formulaire 200
La déclaration de l’IS est présentée via le formulaire 200, qui doit être accompagné des comptes annuels déposés au Registro Mercantil.
Délai
L’article 124 LIS fixe le délai à 25 jours naturels suivant les six mois après la fin de la période imposable. Pour les exercices coïncidant avec l’année civile (clôture au 31 décembre), le délai s’étend du 1er au 25 juillet de l’année suivante.
Autoliquidation
L’IS est un impôt d’autoliquidation : l’entreprise calcule la quote-part, la soustrait des acomptes provisionnels et retenues subies, et paie la différence (ou demande remboursement si le résultat est négatif).
Principales nouveautés en 2026
Pillar Two : pleine entrée en vigueur
La Ley 7/2024 transpose la Directive (UE) 2022/2523 sur l’impôt minimum mondial. Les groupes avec des revenus consolidés ≥ 750 M€ dans au moins deux des quatre exercices précédents doivent calculer le taux effectif par juridiction (GloBE ETR). Si celui-ci est inférieur à 15 %, un impôt complémentaire est généré. Le premier exercice applicable est celui débutant à partir du 31 décembre 2023.
Mesures fiscales du RDL 7/2026
Le Real Decreto-ley 7/2026 modifie transitoirement certains coefficients d’amortissement applicables à certains actifs énergétiques et proroge la déduction pour investissements dans des installations d’énergies renouvelables pour les entreprises industrielles.
DAC8 et transparence fiscale
Bien que la DAC8 concerne principalement les cryptoactifs, le plus grand échange automatique d’informations entre États membres accroît le risque de détection de structures d’IS non correctement documentées. Les entreprises avec des opérations transfrontalières doivent revoir leur documentation de prix de transfert et l’application de l’exonération de l’article 21 LIS.
Erreurs fréquentes et conséquences
L’AEAT détecte systématiquement les irrégularités suivantes dans l’IS :
- Dépenses personnelles imputées comme dépenses d’entreprise (véhicules, voyages, fournitures domestiques sans lien prouvé) : ajustement positif et infraction grave.
- Amortissement d’incorporels sans durée d’utilité définie à un rythme supérieur au permis sans plan approuvé.
- Rémunération des administrateurs non prévue dans les statuts ni justifiée par un accord de l’Assemblée : dépense non déductible considérée comme libéralité.
- Opérations liées sans documentation de prix de transfert : pénalité spécifique de 15 % sur l’ajustement (art. 18.13 LIS).
- Non-présentation du formulaire 202 lorsqu’il existe une obligation : majoration de 5 % à 20 % selon le retard.
Comment BMC peut vous aider
L’Impôt sur les Sociétés concentre la majorité des contingences fiscales de toute entreprise espagnole. Une planification correcte de la clôture fiscale, l’application systématique de toutes les déductions disponibles et le respect rigoureux des délais du formulaire 202 et du formulaire 200 font la différence entre payer ce qui est juste et payer trop — ou, à l’inverse, assumer des risques inutiles.
Chez BMC, nous accompagnons les entreprises dans tous les aspects de l’IS : de la révision de la réconciliation comptable-fiscale avant la clôture à la présentation de la déclaration, en passant par la défense lors des contrôles de l’AEAT et l’analyse de l’impact du Pillar Two dans les groupes multinationaux.
Avez-vous besoin de réviser votre déclaration d’IS 2025 ou de planifier les acomptes provisionnels de 2026 ? Consultez nos conseillers fiscaux — première consultation sans frais.
Références normatives : Ley 27/2014, du 27 novembre, de l’Impôt sur les Sociétés (BOE) ; Ley 7/2024, du 20 novembre, établissant un impôt complémentaire pour garantir un niveau minimum d’imposition mondial pour les groupes multinationaux ; instructions du formulaire 200 et formulaire 202 (AEAT) ; Pillar Two — OCDE.